Le Pakistan Aeronautical Complex (PAC) connaît une interruption de production inédite dans l’histoire du programme du chasseur JF-17 Thunder, n’ayant pas livré un seul appareil en 2025. Ce fait constitue un revers majeur pour un projet que le Pakistan présente depuis longtemps comme un symbole de son autonomie en aéronautique et un pilier essentiel de l’armée de l’air pakistanaise (PAF).
Le site de production de Kamra, qui produit habituellement plusieurs JF-17 chaque année en fonction des besoins de la PAF et des commandes à l’export, n’a pas livré de nouvel avion depuis près d’un an. Ce délai est sans précédent depuis le lancement de la production à grande échelle du chasseur.
Cette pause a ravivé les interrogations sur la chaîne d’approvisionnement du JF-17, en particulier sa forte dépendance à des composants étrangers critiques.
Plusieurs experts en défense estiment que la Russie n’a pas repris les livraisons des moteurs à double flux RD-93, qui équipent toutes les variantes opérationnelles du JF-17. Ce moteur, dérivé du RD-33 utilisé sur le MiG-29, est exclusivement fourni par la Russie et constitue un goulot d’étranglement pour le Pakistan en raison des contraintes géopolitiques.
Si Moscou n’a pas officiellement confirmé une suspension de ses exportations, les analystes soulignent que le recentrage des exportations russes, combiné à l’incapacité de la Chine à fournir une alternative éprouvée, pourrait affecter la production du chasseur pakistanais.
Les récents transferts de JF-17 en surplus à destination de l’Azerbaïdjan, en provenance des stocks internes de la PAF — comprenant notamment des moteurs — renforcent cette hypothèse. Ces appareils issus de l’inventaire existant ont été livrés sans recourir à une nouvelle production du PAC.
Présentée comme une preuve de l’attrait à l’export du JF-17, cette opération illustre plutôt une difficulté à maintenir la chaîne de production. Le programme a déjà subi des critiques portant sur la fatigue structurelle, la charge utile limitée et les performances réduites face aux systèmes de guerre électronique et de défense aérienne avancés. Un arrêt prolongé de la production compromettrait davantage sa crédibilité.
La Chine tente depuis longtemps de remplacer les moteurs russes avec son programme WS-13, annoncé comme futur propulseur du JF-17. Néanmoins, ce moteur n’a pas encore atteint la maturité nécessaire pour être certifié sur des chasseurs de première ligne, ce qui maintient le Pakistan dans une dépendance aux moteurs russes.
Ni le PAC ni la PAF n’ont communiqué officiellement sur l’état de la production. Historiquement, ces institutions évitent de reconnaître publiquement les problèmes d’approvisionnement ou les retards impliquant des partenaires étrangers. Pourtant, l’absence de cérémonie de livraison — un événement habituellement largement médiatisé au Pakistan — renforce la conviction d’un arrêt de la production.
Dans un contexte géopolitique de plus en plus complexe, la forte dépendance du programme JF-17 aux moteurs russes et à la technologie chinoise met en lumière sa vulnérabilité. Si les livraisons de moteurs ne reprennent pas rapidement, le PAC pourrait être confronté à sa crise de production la plus grave à ce jour.