Le ministère de la Défense continue de faire face à des interrogations concernant le financement de son plan de 1,5 milliard de livres pour la construction de six nouvelles usines de munitions et d’énergétiques, les réponses écrites au Parlement apportant peu de précisions sur la part réelle des investissements qui sera dédiée à l’industrie britannique.
Par ailleurs, les documents de planification mis en lumière par des reportages précédents indiquent que les sites envisagés devraient s’appuyer largement sur une clientèle étrangère plutôt que sur une demande constante du Royaume-Uni.
Lors d’une série de questions écrites posées le 25 novembre, le député conservateur James Cartlidge a demandé si les 1,5 milliard de livres attribués au programme représentent un nouveau financement et quelle part serait attribuée aux entreprises nationales, tant pour les 250 millions initiaux que pour l’ensemble de l’enveloppe. Le ministre de la Défense, Luke Pollard, a répondu par la même formule à chaque question.
Pollard a affirmé que le gouvernement reste « engagé à faire de l’industrie de la Défense un moteur de croissance grâce à des relations industrielles renforcées et à l’investissement national », tout en précisant qu’il est « prématuré de commenter des propositions spécifiques » tant que les travaux préparatoires ne sont pas terminés. Il a souligné à plusieurs reprises l’importance des 6 milliards de livres prévus pour les munitions durant ce mandat parlementaire ainsi que l’engagement de la Revue stratégique de défense à établir une base de production permanente « toujours active ».
Les questions du député conservateur Andrew Snowden portaient sur la contribution potentielle des clusters de production de défense existants dans le Nord-Ouest de l’Angleterre. Pollard a détaillé les montants des dépenses régionales et rappelé l’engagement du gouvernement en matière d’investissement dans les munitions. Il a également confirmé que le ministère a déjà identifié au moins 13 emplacements potentiels pour ces usines et a invité les industriels à soumettre leurs propositions. La construction des premières installations devrait débuter en 2026.
Des informations plus détaillées sur le programme et les hypothèses intégrées dans ses documents de planification avaient déjà été publiées par des sources spécialisées.
La note d’information destinée à l’industrie demande aux soumissionnaires de prévoir un avenir dans lequel la demande centrale du ministère de la Défense fluctue fortement et ne peut être considérée comme stable, sauf en cas de montée en puissance liée à une crise. Elle indique que « les propositions doivent prendre en compte plusieurs scénarios, tels que des pics de demande ou une demande réduite voire minimale du MOD britannique », et précise que « d’autres débouchés, comme les exportations et les marchés civils, doivent être considérés et devraient constituer la majorité de la demande ».
Les indications financières vont encore plus loin. Il est précisé que « les propositions doivent être économiquement viables car aucun soutien financier supplémentaire pour les installations n’est envisagé », et que « il est attendu que le financement du ministère de la Défense ne constitue pas la majorité des financements des propositions ». En d’autres termes, les entreprises devront s’appuyer sur des capitaux privés, des investisseurs et des commandes internationales pour pouvoir construire et maintenir ces lignes de production. Le document souligne également que UK Defence Exports accompagnera les entreprises dans leurs campagnes de vente à l’étranger, ce qui témoigne de la dimension résolument tournée vers l’export du programme.
En résumé, les réponses parlementaires et la note d’information dessinent une politique de modernisation ambitieuse, qui dépend fortement de l’investissement privé et de la demande extérieure. Reste à savoir quelle part des financements promis sera réellement allouée aux entreprises britanniques.
Luke Pollard a indiqué que des détails supplémentaires seront communiqués une fois les évaluations techniques et commerciales terminées. En attendant, ces nouvelles usines constituent un programme phare, doté d’un objectif stratégique clair et de sommes importantes, mais avec plusieurs points d’interrogation encore non résolus.