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Les dirigeants du monde entier se sont réunis en Afrique du Sud les 22 et 23 novembre pour le sommet du G20 — une première pour un pays africain. La majorité des États membres du G20 étaient représentés par leur chef d’État. Bien que plusieurs leaders majeurs, dont Xi Jinping et Vladimir Poutine, aient été absents, ils ont tout de même dépêché des délégations de haut niveau. Seule exception notable, les États-Unis ont boycotté la rencontre. L’Afrique du Sud, en tant que pays hôte, avait choisi pour thème « Solidarité, Égalité, Durabilité », une ligne directrice reflétée dans la déclaration finale des dirigeants, qui mettait notamment l’accent sur les impacts du changement climatique, la soutenabilité de la dette, les « transitions énergétiques justes », les inégalités économiques et le partage équitable des avancées liées à l’intelligence artificielle.

Quatre experts ont été sollicités pour analyser les résultats clés du sommet du point de vue de certains membres essentiels du G20 — l’Afrique du Sud, l’Europe, la Chine et l’Inde — ainsi que l’impact du boycott américain.

Zainab Usman
Économiste indépendante

Les tensions entre l’administration Trump et le gouvernement sud-africain ont conduit Washington à se retirer officiellement du sommet de Johannesburg. Toutefois, la présidence sud-africaine du G20 a produit des résultats concrets, renforçant non seulement la stature internationale du pays, mais aussi la pertinence du G20 dans l’économie mondiale. Parvenir à un consensus entre 18 États membres et deux organisations régionales pour une déclaration commune — malgré l’absence de la plus grande économie mondiale — constitue un succès notable. Le sommet a traité des enjeux cruciaux tels que la viabilité de la dette, le financement de la transition énergétique, les minerais stratégiques, la gouvernance de l’IA et la coopération fiscale internationale. Sous la houlette de l’Afrique du Sud, l’agenda a particulièrement valorisé les priorités des économies africaines, même si aucun résultat décisif n’a été obtenu sur la soutenabilité de la dette.

Ce sommet reflète l’émergence d’un ordre multipolaire en pleine évolution. Alors que les blocages politiques et administratifs paralysent plusieurs processus des Nations unies, la demande croissante s’oriente vers des forums agiles comme le G20. L’engagement imprévisible des États-Unis au sein des instances multilatérales tend à réduire leur influence dans l’élaboration des normes internationales. En l’absence d’un leader global alternatif capable d’instaurer de nouvelles règles et institutions, les autres pays encouragent toujours la participation américaine, tout en naviguant prudemment dans un paysage international où la domination américaine n’est plus garantie.

Gesine Weber
Chercheuse principale en sécurité globale, Centre d’études de sécurité, ETH Zurich

Le sommet du G20 a démontré que la coopération multilatérale efficace ne dépend pas entièrement du soutien de Washington. Les États participants ont convenu d’un vaste agenda de collaboration sur des sujets importants pour le Sud global et l’Europe, incluant la transition énergétique, la viabilité de la dette, la gouvernance de l’IA et les minerais critiques. Ce rassemblement a offert à l’Europe une plateforme pour dialoguer avec ses partenaires, écouter leurs priorités et s’affirmer en partenaire fiable et prévisible. Les échanges économiques, notamment dans les technologies vertes et propres européennes, peuvent renforcer la sécurité économique de l’Europe, et les normes européennes suscitent un intérêt certain. L’Europe doit maintenant concrétiser les priorités du sommet et solidifier ses partenariats avec les autres membres du G20, notamment via des formats plus ciblés et des coalitions thématiques ambitieuses. Cette démarche est un levier efficace pour promouvoir le multilatéralisme et avancer vers un système multipolaire — objectifs cruciaux pour l’Europe — dans le contexte des jeux de pouvoir américains.

Henrietta Levin
Chercheuse senior, titulaire de la chaire Freeman en études chinoises, Center for Strategic and International Studies

Le boycott américain a offert à la Chine une tribune incontestée pour s’imposer en leader sur des questions internationales clés, telles que le changement climatique, la sécurité alimentaire et la gouvernance de l’intelligence artificielle. Cependant, la Chine n’a pas réussi à faire retirer du communiqué final une légère critique portant sur ses restrictions à l’exportation de minerais stratégiques, ce qui révèle une inquiétude manifeste, non seulement dans les capitales du G7, mais aussi au sein d’une partie du Sud global, face à l’instrumentalisation par Pékin des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques et terres rares. Par ailleurs, la Chine a annoncé le lancement d’une « initiative internationale de coopération économique et commerciale sur les minerais verts », en partenariat avec des pays en développement et l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel, une mesure qui apparaît davantage comme un coup de déminage que comme un plan abouti.

Il est notable que Xi Jinping ait délégué sa participation au Premier ministre Li Qiang, un proche collaborateur soigneusement choisi et exécutant fidèle. Li a clairement laissé entendre qu’il était le représentant de Xi plutôt qu’une autorité indépendante. Par exemple, lors de sa rencontre avec le président sud-africain Cyril Ramaphosa, il a commencé par transmettre « les salutations cordiales du président Xi Jinping ».

Tanvi Madan
Chercheuse senior au Centre d’études sur la politique asiatique du Brookings Institution

La présence du Premier ministre indien Narendra Modi au sommet a été une manière d’affirmer son soutien au multilatéralisme tout en réitérant l’appel de New Delhi à un « multilatéralisme réformé ». Face au boycott américain et à l’absence des chefs d’État chinois, mexicain et argentin, la participation de Modi a incarné une forme de solidarité avec l’Afrique du Sud et a témoigné du soutien à ce premier sommet du G20 organisé par un pays africain. Cela a également permis de mettre en avant l’Inde comme « voix du Sud global » et de souligner son rôle de « pont » entre membres occidentaux et non occidentaux. Modi a pu exposer l’approche de l’Inde sur plusieurs sujets prioritaires, parmi lesquels le climat, la transition énergétique, la sécurité alimentaire, l’intelligence artificielle et la résilience des chaînes d’approvisionnement.

Le sommet a aussi donné à Modi l’opportunité d’élargir le portefeuille diversifié des partenaires stratégiques de l’Inde, un enjeu d’importance dans un contexte de récentes tensions avec les États-Unis. En plus des traditionnels échanges informels, le Premier ministre a eu des entretiens bilatéraux avec le président hôte ainsi que les dirigeants australien, canadien, italien et japonais. Enfin, la position d’équilibre de l’Inde s’est illustrée dans deux rencontres trilatérales : le dialogue India-Brésil-Afrique du Sud, d’une part, et le nouveau partenariat technologique et d’innovation Australie-Canada-Inde, d’autre part — ce dernier témoignant également des efforts pour apaiser les relations entre Ottawa et New Delhi.