Le développement de l’écosystème indigène indien de radars embarqués fait un bond en avant avec la préparation des essais au sol du radar à antenne active à balayage électronique (AESA) Uttam Mk2. Ce dernier sera le capteur principal du futur chasseur Tejas Mk2, dont le premier vol est prévu en 2027.
Selon des informations obtenues, l’Uttam Mk2 entre désormais en phase de tests au sol, marquant une étape clé dans les efforts de l’Inde pour équiper sa flotte de chasseurs avec une technologie radar de nouvelle génération, conçue localement.
L’Uttam Mk2 intègre environ 980 modules d’émission/réception (TRM) en nitrure de gallium (GaN), une configuration identique à celle prévue pour la version améliorée du radar qui équipera les 97 Tejas Mk1A récemment commandés par l’Indian Air Force (IAF). Cette décision stratégique fait suite au succès des essais en vol d’une version antérieure comportant environ 912 TRM en arsenure de gallium (GaAs) : l’IAF et le DRDO ont choisi de standardiser la technologie GaN à haute densité, permettant une portée accrue, une meilleure résistance au brouillage et une flexibilité multi-rôle sur les deux plateformes.
Un haut responsable de l’Etablissement de développement électronique et radar (LRDE) a déclaré : « La version à moins de TRM était une preuve de concept solide, mais l’ensemble de 980 TRM en GaN nous offre l’avantage indispensable pour évoluer dans un espace aérien contesté. Comme les processeurs, les algorithmes de traitement du signal et l’électronique de base restent largement inchangés – seule l’antenne et les modules frontaux sont améliorés – nous évitons un cycle complet de requalification. Les essais au sol portent actuellement sur la gestion thermique et la puissance de sortie. »
L’approbation en 2025 par le Comité de sécurité du Cabinet indien (CCS) de la commande de 97 appareils supplémentaires Tejas Mk1A, d’une valeur de 48 000 crores de roupies (environ 5,8 milliards d’euros), a accéléré la transition vers la technologie GaN. Les 83 premiers appareils seront équipés du radar AESA israélien EL/M-2052 pour une mise en service rapide, tandis qu’à partir du 84e avion (livraisons attendues entre 2027 et 2028), ce sera l’Uttam indigène avec 980 TRM GaN qui prendra le relais. Cette évolution, confirmée par le président de HAL, DK Sunil, lors d’une interview récente, permet une portée de détection accrue à plus de 200-250 km pour des cibles de la taille d’un chasseur (section radar de 2 m²), la surveillance simultanée de 64 cibles, et le guidage de jusqu’à six missiles à autodirecteur radar actif comme l’Astra Mk2.
Pour le Tejas Mk2, une plateforme plus grande et plus performante de génération 4,5 avec un premier vol programmé pour 2027, l’Uttam Mk2 constitue le radar de base dès le premier exemplaire de série (LSP). Son design avec plateau oscillant (swashplate) permet de repositionner physiquement l’antenne, offrant un champ de vision supérieur à 100 degrés, étendu jusqu’à 140 degrés, éliminant ainsi le besoin de manœuvres agressives en combat rapproché. Chaque module GaN délivre entre 10 et 15 watts avec une efficacité et une dissipation thermique 40 à 50 % supérieures à celles des modules GaAs, assurant des performances soutenues même dans les environnements chauds et en haute altitude typiques de l’Inde.
Les essais au sol actuellement menés dans les locaux du LRDE à Bengaluru valident la précision de formation du faisceau de la nouvelle antenne ainsi que la fiabilité des modules GaN sous charges simulées de combats. « Comme le traitement en aval est commun, nous nous appuyons sur des données en vol déjà validées, sans repartir de zéro », précise le responsable. Des essais captifs sur un Tejas modifié ou un banc d’essai Hawk sont prévus fin 2026, pour préparer le premier vol du prototype PV-1 au premier trimestre 2027.
Cette convergence des calendriers Mk1A et Mk2 reflète la philosophie modulaire du DRDO : le même cœur GaN de 980 TRM sera évolutif vers des variantes pour les modernisations du Su-30MKI (plus de 2400 TRM) et pour l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) avec 1400 TRM et plus. Avec un contenu local de 90 %, l’Uttam réduit les coûts de 30 à 40 % par rapport aux importations comme l’EL/M-2052, s’inscrivant pleinement dans l’initiative Atmanirbhar Bharat visant la souveraineté technologique.