Article de 820 mots ⏱️ 4 min de lecture

La Force aérienne indienne (IAF) dispose d’équipes de démonstration reconnues comme Sarang pour les hélicoptères et Surya Kiran pour la voltige aérienne. Cependant, lorsqu’un Tejas réalise une montée verticale ou une passe à faible vitesse lors d’événements à Dubaï, Bahreïn ou Langkawi, le pilote aux commandes est un pilote d’essai ou un commandant d’escadron temporairement détaché de l’IAF. Si cet engagement témoigne d’un patriotisme admirable, il représente aussi une opportunité commerciale largement manquée.

Un avion de chasse ne se vend pas sur la seule fiche technique, mais par le bruit menaçant de son postcombusteur à 60 mètres du sol, par la silhouette d’une aile delta fendant le ciel, ou par l’émerveillement d’un chef d’état-major de l’air face à un virage à 9G qu’aucun autre appareil dans la même gamme de prix ne peut égaler. Dans cet exercice, le Rafale peut compter sur la Patrouille de France, le Gripen sur la Gripen Demo, le Su-35 sur les Russian Knights et même le FA-50 coréen dispose d’une équipe dédiée, les Black Eagles, affichant des couleurs distinctives. En revanche, le Tejas, seul avion indien proposé à l’export, dépend encore de pilotes actifs de l’IAF, engagés dans des préparations opérationnelles cruciales.

Cette situation doit évoluer, et seule Hindustan Aeronautics Limited (HAL) peut en être le moteur.

La création d’une équipe de démonstration Tejas détenue et financée par HAL — que l’on pourrait nommer « Halcyon », « Vajra » ou toute autre appellation attractive — offrirait quatre avantages majeurs que l’IAF ne peut ni ne doit assumer :

Premièrement, la disponibilité. Les pilotes de l’IAF sont déjà soumis à de fortes contraintes entre conversion opérationnelle, déploiements aux frontières et formation d’instructeurs aux armements. Détacher un pilote d’escadron pendant trois mois pour répéter une démonstration de 12 minutes pénalise directement la capacité de combat. Une équipe civile ou composée d’anciens pilotes d’essai, volant des appareils HAL, pourrait effectuer de 300 à 400 sorties annuelles sans affecter la force opérationnelle de l’IAF.

Deuxièmement, le branding. Lorsqu’un Tejas immaculé, frappé d’impressionnants logos « TEJAS – MADE IN INDIA » et des cocardes HAL, exécute un virage à 9,5G devant des dignitaires comme le Sultan de Brunei ou l’Émir du Qatar, le message est limpide : il s’agit d’un produit industriel disponible à l’achat, et non d’un bien national prêté à titre temporaire. Les clients à l’export souhaitent pouvoir dialoguer avec le constructeur après la démonstration, plutôt que de remplir un simple questionnaire du ministère de la Défense.

Troisièmement, la gestion du risque. Le vol de démonstration est statistiquement plus dangereux que la patrouille aérienne de routine. Aucun chef d’état-major ne souhaite devoir expliquer la perte d’un pilote de première ligne lors d’un looping en spectacle pour des raisons commerciales. HAL, en tant qu’entité commerciale, peut engager des pilotes d’essai retraités ou des spécialistes du vol acrobatique sur contrat fixe, prenant en charge les primes d’assurance plus élevées inhérentes à cette activité.

Quatrièmement, la continuité et l’évolution. Une équipe HAL pourrait présenter simultanément la version Mk1A et la Mk2 dès la validation de cette dernière, intégrer les versions biplaces pour des vols passes d’armes — un atout commercial majeur — ou même arborer des livrées spécifiques aux pays ciblés (verts et blancs pour la Malaisie, bleu ciel pour l’Argentine, sable pour l’Égypte). L’IAF n’a ni la capacité ni le mandat pour ce type de personnalisation et de flexibilité.

HAL a la possibilité d’affecter définitivement certains prototypes plus anciens. L’entreprise dispose d’un vivier suffisant de pilotes d’essai et d’anciens as du vol de présentation. Le budget d’une équipe à quatre appareils (trois jets en démonstration plus un en réserve), incluant le transport, les pods fumigènes et la mise en œuvre à l’étranger, serait inférieur au coût d’un retard de livraison d’un seul Tejas Mk1A.

Chaque salon aéronautique où le Tejas est présenté sans équipe de démonstration propre au constructeur est une commande d’exportation que Saab, Dassault ou KAI s’approprient. Il est temps que HAL cesse d’emprunter les pilotes de l’IAF pour investir durablement dans ses propres moyens de promotion. Une équipe de démonstration professionnelle, permanente et marquée du nom HAL n’est pas un luxe, mais la condition sine qua non pour transformer le Tejas d’un simple produit national en une véritable marque internationale de l’industrie du combat aérien.