La présence d’un navire espion russe dans les eaux britanniques ces dernières semaines, pour la deuxième fois cette année, doit alerter tous les décideurs à l’approche du Budget de novembre. Cela rappelle que notre environnement stratégique n’attendra pas le nouveau modèle de financement choisi par le Gouvernement pour la défense nationale.
Le calendrier annoncé cette semaine par le général Sir Richard Barrons, dans une contribution pour Chatham House, ne dissuadera pas ceux qui menacent la sécurité nationale. Aucun véritable financement additionnel pour la défense n’est prévu avant 2027.
Une augmentation modeste à 2,5 % du PIB est attendue cette année-là, avec une montée progressive jusqu’à 3,5 % en 2035, complétée par 1,5 % supplémentaire dédié à l’infrastructure.
Sur le papier, cela semble ambitieux. En réalité, les premières années impliquent des coupes budgétaires. Le général Barrons avertit qu’il faudra probablement économiser environ deux milliards de livres cette année en réduisant la formation, les activités courantes et la maintenance. L’inflation, les fluctuations des taux de change et la réévaluation du Plan d’Investissement de la Défense ont rogné des budgets déjà tendus. Alors même que nos adversaires redoublent d’activités, les forces armées doivent trouver des économies à court terme.
La situation observée cette semaine en témoigne. Un État hostile n’attend pas une réforme budgétaire à long terme. Il cherche à exploiter les failles. Dans un contexte d’activité constante en mer, dans les airs et dans l’espace, la surveillance est la base de la dissuasion. Sans une bonne capacité de détection, la réponse ne peut être adaptée.
Sur ce point, j’ai déjà écrit. Le Royaume-Uni ne peut pas se permettre des angles morts stratégiques dans l’espace. Les satellites ne relèvent plus d’une capacité marginale ; ils sont essentiels au commandement, à la navigation, au renseignement et au suivi. Ils jouent aussi un rôle crucial pour la connaissance maritime moderne. Le problème ne réside pas dans la détection, mais bien dans la nécessité de maintenir une image résiliente et souveraine, construite depuis l’espace, la mer et l’air. J’ai déjà soutenu que si nos capacités spatiales se détériorent ou deviennent trop dépendantes d’acteurs étrangers, la qualité et la rapidité de nos prises de décision en pâtiront. Nous voyons ce qui évolue autour de nous, mais nous dépendons d’une chaîne complexe de systèmes spatiaux, de signaux et de données qui doivent rester solides et cohérents. Avec la dissolution de l’ancienne UK Space Agency au sein d’un département plus large, il ne faut pas que l’attention portée à la souveraineté spatiale nationale s’estompe.
La Revue stratégique de défense a posé les grandes orientations, mais les intentions ne suffisent pas à combler les lacunes. Il a fallu six mois pour nommer l’état-major responsable de la mise en œuvre. Entre-temps, les risques identifiés dans cette même Revue continuent de croître. Comme le souligne le général Barrons, les fonds arriveront bien trop tard pour répondre efficacement aux dangers actuels.
Le Budget de novembre est une opportunité de corriger ce décalage. Même si les accroissements plus importants sont prévus plus tard, un apport ciblé et immédiat aux forces armées est nécessaire. Il doit concerner en priorité les systèmes essentiels qui assurent notre vision stratégique : la surveillance spatiale, les signaux sécurisés de positionnement et de synchronisation, ainsi que les plateformes de données intégrant ces informations. L’investissement récent du Gouvernement dans notre infrastructure nationale de Positionnement, Navigation et Timing (PNT) est une avancée bienvenue, mais il doit être accompagné d’une politique de défense cohérente pour garantir la résilience et la souveraineté de nos capacités.
Le Royaume-Uni n’a pas besoin de discours sur une force future. Il doit être capable d’agir dès aujourd’hui pour garantir sa sécurité. La présence d’un navire espion russe dans nos eaux rappelle que le monde ne ralentit pas au rythme de notre calendrier budgétaire. Le Gouvernement doit s’assurer que la Grande-Bretagne ne regardera jamais dans la mauvaise direction au mauvais moment.