À l’horizon 2026, le champ de tir de Mahajan deviendra le théâtre d’une compétition cruciale pour la défense indienne : trois véhicules blindés légers polyvalents (LAMV) de plus de 10 tonnes, conçus dans un rayon de 300 km, s’affronteront lors des essais organisés pour l’armée indienne. Après plusieurs décennies, les pelotons de reconnaissance et de surveillance disposeront enfin d’un nouveau véhicule de reconnaissance entièrement indien, conçu et assemblé localement.
Les exigences de ce programme sont extrêmement strictes. Le LAMV doit remplacer la flotte vieillissante dérivée des BRDM-2 et des Casspir encore en service auprès des pelotons de reconnaissance de l’infanterie mécanisée et des régiments blindés. Il doit atteindre une vitesse de pointe de 110 km/h dans le désert, franchir des eaux d’une profondeur jusqu’à la poitrine, escalader des pentes à 60 % tout en transportant huit soldats équipés et un chargement de 2 000 kg (comprenant imageurs thermiques, radars de surveillance, brouilleurs, missiles anti-char, ainsi que des munitions et des rations pour 72 heures). Le blindage doit résister aux tirs de fusil AK-47 à 10 mètres, supporter une explosion de 7 kg de TNT sous n’importe quelle roue, et rester assez étroit pour emprunter les ponts Bailey utilisés par les chars T-90. De plus, sa modularité est essentielle : il doit être possible d’échanger un mât de surveillance contre une tourelle télé-opérée de 30 mm ou un rack de munitions volantes en moins de quatre heures, avec des moyens logistiques standards.
Les trois candidats ont désormais dépassé le stade du prototype.
Tata Advanced Systems a été le premier à dévoiler son modèle. Leur LAMV, présenté lors du salon DefExpo 2024 sous le nom de « WhAP 8×8 » dans une configuration de reconnaissance, repose sur la coque Kestrel du programme WhAP (Wheeled Armoured Platform), déjà retenue précédemment, mais ici allongée, allégée et équipée d’une suspension indépendante dérivée du transporteur lourd Tata 10×10.
Le prototype exposé à Pune est doté d’un mât escamotable de 7 mètres équipé d’un imageur thermique refroidi de troisième génération, d’une tourelle télé-opérée de 12,7 mm sur le toit, ainsi que de quatre écoutilles offrant une observation panoramique à 360°. Il est propulsé par un moteur Cummins de 360 chevaux couplé à une boîte automatique et un système central d’inflation des pneus. Son poids en combat est évalué à 10,8 tonnes avec un blindage de niveau 2, extensible à 11,9 tonnes avec des plaques céramiques additionnelles pour le niveau 4.
Mahindra Defence a opté pour une approche différente. Leur véhicule, connu en interne sous le nom « Armado-LAMV », est une version très évoluée du Armado 4×4, allongée d’abord en 6×6 puis en 8×8 compact. Fort de son expérience avec les véhicules ALSV et Axotec, Mahindra propose un engin plus étroit (2,48 m contre 2,7 m pour Tata) et plus bas (2,2 m jusqu’au sommet de la coque).
Le principal atout de ce modèle est sa motorisation hybride-électrique : un diesel de 400 chevaux associé à deux moteurs électriques dans les moyeux des roues, offrant une capacité de déplacement et de veille silencieux sur une distance de 8 km. Cette caractéristique s’avère particulièrement adaptée aux pelotons de reconnaissance qui doivent progresser discrètement en mode furtif, seuls les imageurs thermiques étant activés. Mahindra a déjà livré deux châssis roulants au Vehicle Research & Development Establishment (VRDE) pour des essais initiaux de mobilité.
BEML, candidat discret mais prometteur, présente un design entièrement neuf, développé en partenariat avec le groupe slovaque MSM. Les images fuitées récemment montrent une coque monocoque fortement inclinée, réalisée en acier à haute dureté et alliage aluminium-titane, avec un compartiment arrière surélevé offrant une hauteur debout pour l’équipe opérant le mât de surveillance.
Le LAMV de BEML est le plus lourd des trois, affichant 12,5 tonnes en configuration de base. Il se distingue toutefois par une véritable modularité du compartiment arrière : la coque peut se transformer en vecteur de missiles (quatre tubes Nag ou MPATGM), en plate-forme de mortier de 120 mm, ou en véhicule de guerre électronique en dévissant un module de 3 tonnes pour en fixer un autre. La motorisation repose sur un Caterpillar C9.3 de 450 chevaux, suffisante pour dépasser 105 km/h sur route bitumée malgré un poids supérieur.
Les essais pour l’armée débuteront vraisemblablement entre juillet et août 2026, après que les constructeurs auront mené leurs propres tests de fiabilité durant l’été et la mousson. Le protocole des évaluations sera particulièrement exigeant : chaque véhicule devra parcourir 15 000 kilomètres à travers désert, semi-désert et terrains d’altitude du Ladakh, subir des tirs réels de tous les armements embarqués, des tests d’explosion de mines sous chaque essieu, puis accomplir une mission de reconnaissance autonome de 72 heures, où il faudra détecter et signaler des positions ennemies simulées sans assistance extérieure.