Article de 1109 mots ⏱️ 6 min de lecture

Face à la montée des escarmouches frontalières et à la multiplication des drones sur les zones de conflit, l’armée indienne s’intéresse de près au système de défense aérienne Oerlikon Skyshield développé en Allemagne. Ce système modulaire, soutenu par Rheinmetall, est conçu pour protéger des sites stratégiques contre les menaces aériennes modernes. Alors que New Delhi accélère sa recherche de solutions de défense aérienne à courte portée (SHORAD), ce dispositif apparaît comme un candidat privilégié, offrant une surveillance continue par tous les temps et une intégration aisée dans la stratégie de défense multicouche indienne. Les négociations récentes visant à lever une interdiction pesant sur le groupe allemand laissent présager des essais à court terme, combinant technologie étrangère et ambitions locales.

L’intérêt pour le Skyshield émane notamment des enseignements tirés de l’« Operation Sindoor » : si les armes plus anciennes ont permis de contenir des nuées de drones pakistanais, l’armée souhaite désormais opérer un saut qualitatif avec notamment un transfert de technologie (ToT) pour développer une capacité indigène renforcée.

Un système modulaire et adaptable

Le cœur du système Oerlikon Skyshield, souvent intégré au programme Skynex de Rheinmetall, est une solution SHORAD polyvalente conçue pour la défense ponctuelle d’infrastructures critiques, de bases avancées et de concentrations militaires. Contrairement aux dispositifs traditionnels rigides, il fonctionne comme un système modulaire, monté sur camion ou sur plateforme amovible, permettant un déploiement rapide. Il est destiné à neutraliser une large gamme de cibles, incluant drones, missiles de croisière, hélicoptères et avions volant à basse altitude jusqu’à une portée de 5 km.

  • Unité de détection et de suivi sans équipage : basée sur le radar Oerlikon X-TAR3D pour une surveillance à 360° détectant les menaces à 50 km avec guidage automatisé, éliminant le besoin d’une surveillance humaine initiale.
  • Poste de commandement : le système Skymaster assure la gestion intégrée des combats, fusionnant les données radar, capteurs électro-optiques et flux tiers pour des cycles décisionnels en dessous de 10 secondes.
  • Canons sans équipage : deux canons Oerlikon Rotatif de 35 mm Mk3 tirant jusqu’à 1 000 coups par minute. Automation complète pour engager les cibles sans exposer d’équipage, idéal en zones contestées.
  • Intégration missile VSHORAD : architecture ouverte permettant l’intégration de missiles de très courte portée comme les Akash-NG ou QRSAM indiens, formant une chaîne de tir mixte missile-canon.
  • Technologie AHEAD : munitions avancées tirant des nuées de granulés tungstène pour détruire les menaces en vol, avec un taux de réussite supérieur à 90 % contre les micro-drones réfractaires aux munitions classiques.

Que ce soit palettisé pour transport aérien ou monté sur des camions 8×8 pour des opérations mobiles, le Skyshield présente une faible empreinte logistique : une batterie complète peut être embarquée dans des conteneurs, déployée en quelques heures. Expérimenté sur le terrain en Ukraine où il a détruit des drones iraniens Shahed, ce matériel a démontré sa robustesse face aux tactiques de nuées, telles que celles observées dans les foyers sud-asiatiques début 2025.

Contexte opérationnel : l’Operation Sindoor

En mai 2025, lors de l’Operation Sindoor, la riposte indienne face aux provocations pakistanaises le long de la ligne de contrôle (LoC) a transformé le ciel en véritable champ de bataille peuplé de drones. Islamabad a lancé entre 300 et 600 appareils sans pilote, principalement des drones turcs armés tels que les Asisguard Songar et les Baykar YIHA-III kamikazes, ciblant 36 positions de Leh à Sir Creek. Des conseillers turcs auraient supervisé cette offensive, Ankara fournissant plus de 350 plateformes pour tester la résistance indienne.

Les canons L-70 de 40 mm et Zu-23-2 de 23 mm, modernisés avec des viseurs électro-optiques et des systèmes de tir assistés par ordinateur, ont abattu plus de 600 cibles. Les armes légères et mitrailleuses ont éliminé près de 200 appareils supplémentaires, y compris des munitions en vol stationnaire. Si cette victoire a révélé la dépendance pakistanaise à du matériel prêt à l’emploi, elle a également mis en lumière les limites des systèmes hérités : fatigue des opérateurs due à la visée manuelle, performance insuffisante face à la mobilité des essaims, et cadence de rechargement trop lente.

« Les anciens systèmes modernisés ont fait le travail, mais le volume et la rapidité d’engagement exigeaient une automatisation », a confié un officier supérieur après l’opération. Des sources proches de la Défense indienne confirment que Sindoor a accéléré la modernisation SHORAD, soutenant en parallèle le développement national de gatling automatiques tout en étudiant des références étrangères comme le Skyshield. Face à l’intensification des flux de drones turco-chinois pakistanais, la modernisation devient une nécessité stratégique.

Vers une levée du veto allemand ?

Depuis 2012, Rheinmetall est exclu des appels d’offres indiens à cause d’accusations de pots-de-vin au sein de l’Ordnance Factory Board, accusations démenties avec force par Düsseldorf. Cependant, alors que des discussions préliminaires s’intensifient – grâce à l’impulsion du ministère des Affaires étrangères et du ministère de la Défense – la fin de cette interdiction pourrait permettre le lancement d’essais du Skyshield dès le second trimestre 2026.

Les négociations en cours envisagent un transfert de technologie local pour assurer l’assemblage chez Bharat Earth Movers Ltd (BEML) ou Tata. « L’armée veut une indigenisation complète – plans, lignes d’assemblage, munitions, tout », a déclaré un interlocuteur proche des pourparlers. Cette orientation cadre avec la politique Aatmanirbhar Bharat visant à maximiser les compensations industrielles, estimées à 60 %, pour créer des emplois, renforcer les capacités d’exportation et combler les déficits du réseau intégré Sudarshan Chakra de défense aérienne.

Le projet Rheinmetall prévoit une première commande entre 500 et 700 millions d’euros pour 50 à 100 unités, avec la possibilité d’atteindre un total de 220 NGADG (Next-Gen Air Defence Guns) selon des estimations ouvertes. Si le coût du Skynex reste élevé parmi les systèmes SHORAD, les experts financiers tablent sur un retour partiel grâce aux compensations industrielles, potentiellement de l’ordre de 40 %, notamment via des coentreprises. Ce schéma s’appuie notamment sur le partenariat conclu en mai 2025 entre Rheinmetall et Reliance Defence pour la production de munitions.