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La DRDO renforce son partenariat avec Safran pour développer un moteur de nouvelle génération doté d’une conception indienne intégrale et d’une propriété intellectuelle entièrement détenue en Inde. Cette avancée majeure illustre la volonté de New Delhi de maîtriser sa technologie de propulsion aéronautique et de répondre aux besoins des futurs programmes de chasseurs avancés.

Dans une évolution significative de sa collaboration avec le géant français Safran Aircraft Engines, la Defence Research and Development Organisation (DRDO) a dévoilé des détails confirmant une refonte profonde du projet initial. Cette nouvelle phase met l’accent sur la conception d’un moteur de 5e génération intégrant une architecture révolutionnaire, avec une propriété intellectuelle (IPR) 100 % indienne et une répartition étendue des responsabilités dans le développement.

Ce renouvellement intervient alors que les programmes indiens de motorisation pour avions de combat avancés, tels que le Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), faisaient face à des critiques concernant la lenteur des progrès et les coûts élevés liés à de précédentes collaborations. Contrairement aux approches précédentes centrées sur des améliorations limitées, la DRDO affirme que ce nouveau partenariat mise sur l’innovation de rupture.

Les discussions antérieures, évaluées à environ 600 millions de dollars, portaient sur le co-développement d’une version dérivée du moteur M88, déjà utilisé sur le Rafale de Dassault. Ce projet, considéré comme une génération 4, limitait le rôle indien à la « section humide » du moteur, responsable de l’injection de carburant, de la combustion et de la première phase d’éjection des gaz. Cette collaboration était davantage un accord de licence qu’une conception originale, avec la majeure partie de la propriété intellectuelle conservée par Safran.

« Il s’agissait d’une fabrication sous licence d’un moteur plus ancien avec une poussée améliorée », a expliqué un haut responsable de la DRDO sous anonymat. « Le travail indien était limité, et l’IPR appartenait presque entièrement à Safran. »

En revanche, le nouveau projet promet un véritable moteur de 5e génération intégrant des technologies de pointe telles qu’une architecture à cycle variable, des matériaux avancés offrant une meilleure efficacité thermique ainsi qu’une signature réduite pour diminuer la détection radar et infrarouge. Plus important encore, l’Inde disposera de la totalité des droits de propriété intellectuelle, lui assurant l’exclusivité sur les développements futurs et les exports.

Un changement majeur concerne aussi la répartition des tâches dans le développement. Alors que la « section chaude » ou « section sèche » à haute température — comprenant la turbine et l’échappement — était exclue des précédentes négociations, la DRDO travaillera désormais en collaboration directe avec Safran sur ces composants stratégiques.

« Ce projet ne ressemble en rien à l’offre précédente », a insisté le responsable. « Nous co-développons l’intégralité du moteur, sections humides et sèches, pour maîtriser l’architecture dans son ensemble. Ce n’est pas une refonte mais une conception intégrale. »

Cette orientation s’inscrit clairement dans la dynamique de Aatmanirbhar Bharat (l’Inde autonome), visant à renforcer les capacités nationales dans des domaines techniques sensibles comme le refroidissement des pales de turbine et les alliages monocristallins. Safran, partenaire de longue date notamment dans le développement du Light Combat Aircraft (LCA) Mk2, s’est déclaré prêt à transférer intégralement la technologie sans recours à des composants étrangers, conformément aux exigences formulées pour le programme AMCA.

Interrogé sur la hausse probable du budget qui dépasserait les 600 millions de dollars initiaux, le représentant de la DRDO a reconnu que les coûts reflètent les défis technologiques plutôt que des retards ou inefficacités. « Nous ne fabriquons pas sous licence un moteur existant, mais construisons une nouvelle génération de zéro. Cela implique beaucoup de recherche, de tests approfondis et une montée en production nationale. Le coût est naturellement plus élevé, mais il garantit la souveraineté technologique et une capacité durable. »

Le calendrier prévisionnel table sur un développement s’étalant sur une douzaine d’années, avec neuf variantes envisagées pour répondre aux besoins diversifiés, allant de l’AMCA Mk1 jusqu’à d’éventuelles plateformes sans pilote. Le projet sera prochainement soumis à l’approbation du Cabinet Committee on Security (CCS), soulignant son importance stratégique.

Cette collaboration renforcée entre Safran et la DRDO pourrait repositionner l’Inde sur la scène mondiale de l’aéronautique militaire. En dépassant l’approche des dérivés du M88 — qui avaient suscité des doutes pour le LCA Mk2 en raison de performances insuffisantes — le Gas Turbine Research Establishment (GTRE), l’organisme de propulsion de la DRDO, vise à développer des moteurs d’une poussée comprise entre 110 et 140 kN, adaptés aux avions dits de 5,5 génération.

Les experts du secteur rapprochent ce partenariat des succès des accords d’offset liés au Rafale, tout en soulignant que l’élément clé est désormais la création de valeur et non un simple accord commercial. « C’est un pari sur le talent technique indien. Bien réalisé, cela pourrait engendrer un véritable écosystème ‘Mission Aero Engine’ autonome, détaché de toute dépendance à des coentreprises étrangères », commente un analyste basé à Delhi.