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Un accident tragique impliquant un Tejas Mk1A lors du Dubai Air Show le 21 novembre 2025 ne déterminera pas l’héritage du chasseur léger conçu et fabriqué en Inde. L’histoire jugera ce type d’avion de combat non pas sur un incident isolé, mais sur l’ensemble de sa flotte, les missions accomplies, sa longévité au service et ses performances en opérations. Sur ces critères, le programme Tejas s’impose déjà comme une réussite majeure pour l’aviation indienne.

La Force aérienne indienne (IAF) a officiellement commandé 180 appareils Tejas : 97 chasseurs Mk1A sont déjà sous contrat ferme avec Hindustan Aeronautics Limited (HAL), avec les premières livraisons débutant en 2024. Par ailleurs, 83 Mk1A supplémentaires ont été approuvés par le Cabinet Committee on Security en 2023, pour un contrat total de 48 000 crores de roupies. Ajoutez à cela les 40 Mk1 actuellement en service (32 monoplaces en configurations IOC/FOC et 8 biplaces d’entraînement), et la flotte IAF dépassera bientôt les 200 avions Tejas, une force capable de rivaliser avec de nombreuses forces aériennes à travers le monde.

Les accidents font malheureusement partie intégrante de l’histoire aéronautique. Le F-16 a ainsi perdu plus de 600 appareils en 25 ans, tandis que le MiG-21, que le Tejas remplace, a connu des centaines de crashs en service en Inde. Pourtant, personne ne remet en cause la supériorité du Viper ou la place historique du Fishbed. Ce qui importe, c’est que ces avions aient été disponibles en nombre et prêts à défendre lorsque la situation l’exigeait.

Le Tejas sera évalué selon les mêmes critères.

Il s’appréciera à la quantité de missions qu’il accomplira le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC) avec la Chine et sur la Ligne de Contrôle (LoC) avec le Pakistan dans les décennies à venir. Son efficacité reposera sur des équipements de pointe tels que le radar AESA EL/M-2052, le radar Uttam AESA prévu à partir du 50e avion, les missiles air-air à longue portée Astra Mk1/Mk2 et I-Derby ER, ainsi que sur sa suite de guerre électronique de classe mondiale, qui contribueront à assurer la sécurité du ciel indien en période de tensions ou de conflits.

L’enjeu est également symbolique : pour la première fois depuis l’indépendance, l’Inde a conçu, développé, certifié et produit en série un chasseur supersonique moderne entièrement conçu sur son sol. Chaque rivet, chaque ligne de code des commandes de vol, chaque moteur GE F404-IN20 et bientôt F414 intégré sont autant de preuves du savoir-faire des ingénieurs indiens, accomplissant ce succès malgré les sanctions, le refus de transfert de technologies et des décennies de scepticisme.

Le Tejas demeure à ce jour le seul chasseur dans sa catégorie de poids (entre 9,5 et 10,5 tonnes à vide) à combiner des ailes delta, une stabilité statique relâchée, une commande de vol électrique quadruple redondante, un cockpit à affichage tête haute et des matériaux composites, tous développés localement. La version Mk1A ajoute un radar AESA, un brouilleur automatique de protection et des améliorations de maintenabilité qui le positionnent clairement dans la génération 4.5, avec un coût bien inférieur aux alternatives importées.

Certes, le développement a pris plus de temps que prévu. Certes, le crash de Dubai représente un revers qui nécessitera une enquête approfondie. Mais la vérité reste que tout avion de combat connaît des phases difficiles au début de sa carrière : le Rafale a subi un accident mortel lors de ses essais d’acceptation en 2009 ; le Gripen a perdu plusieurs prototypes, et le programme F-35 connaît des accidents majeurs quasi annuellement depuis 2010. Pourtant, tous ces appareils sont devenus des piliers de leurs forces aériennes respectives.

Le Tejas est désormais sorti de cette phase délicate. La chaîne de production de Bengaluru fonctionne à plein régime avec trois lignes d’assemblage opérationnelles. Les partenaires privés comme Tata et L&T fabriquent les fuselages et les ailes. Le premier Mk1A a volé en mars 2024 ; la première escadrille, la No. 3 « Cobras », sera équipée d’ici la mi-2026. Le biplace d’entraînement Mk1 est déjà en service au sein de la NFTC de la IAF. Le prototype naval NP-5 a validé les essais de décollage assisté par tremplin et d’appontage arrêté. Enfin, le Mk2, doté d’une cellule plus grande, d’un moteur plus puissant et de canards, est en voie d’achèvement avec un premier vol prévu en 2027.

Ce projet n’est plus une incertitude, mais un actif national en pleine montée en puissance.

Quand l’histoire sera écrite, le crash de Dubai sera peu évoqué, tout comme on oublie aujourd’hui le premier Rafale tombé ou les premières pertes du Gripen. Elle retiendra qu’au cours des années 2020 et 2030, lorsque l’Inde a eu besoin rapidement et à moindre coût de centaines de chasseurs modernes, le Tejas était là, en nombre suffisant, fabriqué par des Indiens, piloté par des Indiens, prêt à défendre le ciel national.

Voici l’unique héritage qui compte.
Et cet héritage est déjà assuré.