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La Russie continue de promettre un « transfert technologique profond » autour du Su-57 Felon pour attirer la participation indienne, mais cette perspective est désormais jugée de moins en moins pertinente par les analystes de défense et les experts du programme. Selon l’analyste renommé Ranesh Rajan, « l’idée que la production ou le co-développement du Su-57 puisse accélérer significativement l’AMCA n’est plus réaliste. Au moment où un accord sur le Su-57 serait concrétisé, l’AMCA sera déjà supérieure dans tous les domaines clés, à l’exception du volume brut d’armement. »

Même dans l’hypothèse d’une signature gouvernementale miraculeuse en 2026, les premiers Su-57 pourraient sortir des lignes d’assemblage à Nashik ou Koraput seulement entre 2029 et 2030, au mieux à partir de kits de montage. À l’inverse, le premier prototype de l’AMCA est désormais fermement prévu pour un premier vol entre fin 2028 et début 2029, avec quatre avions pré-production attendus en 2031-2032 et une production initiale à faible cadence débutant en 2034-2035. En somme, les calendriers se chevauchent, mais les trajectoires technologiques s’éloignent considérablement.

Les domaines où l’AMCA a déjà dépassé le Su-57 :

  1. Avionique et capteurs
    L’AMCA bénéficie du radar AESA Uttam Mk2 (basé sur GaN, avec plus de 1400 modules T/R) et d’une Suite Intégrée de Capteurs indigène (IRTS, EOTS, dispositifs couvrant 360° à la manière d’un DAS) qui devancent de deux générations la suite N036 Byelka et 101KS Atoll du Su-57.
  2. Guerre électronique et interconnexion
    Le Su-57 se repose encore sur des pods de guerre électronique distincts et ne possède pas de liaison de données directionnelle comparable au Software-Defined Unified Datalink (SDUDL) indien, qui permettra d’interconnecter l’AMCA, le Rafale, le Tejas Mk2, le TEDBF et les futurs drones dans un espace de bataille unifié.
  3. Discrétion et matériaux
    L’AMCA intègre une prise d’air supersonique composite sans déflecteur, des conduits serpentins et des revêtements à diffusion Raman pour atteindre dès sa mise en service une signature radar frontale nette de l’ordre de -30 à -40 dBsm. En comparaison, les pales de moteur exposées, les panneaux rivetés et les rivets semi-encastrés du Su-57 lui confèrent une signature frontale estimée entre -10 et -15 dBsm dans une configuration propre.
  4. Motorisation et calendrier
    Si la Russie met en avant le moteur Izdeliye 30 (AL-51F1), sa production de série est régulièrement retardée et aucun Su-57 en service n’en est encore équipé. L’Inde développe un moteur de 120 kN en collaboration entre le GTRE et Safran, dont la certification est prévue entre 2033 et 2034, dans la même fenêtre temporelle, mais avec un contrôle total de la propriété intellectuelle indienne.
  5. Intégration des armements
    Les soutes internes de l’AMCA sont conçues dès le départ pour accueillir l’Astra Mk3 SFDR, les missiles de la série Rudram, les missiles de croisière intelligents et les futures armes hypersoniques. Le Su-57, avec des soutes plus profondes, peut transporter des charges plus lourdes (notamment quatre armes de type R-37M en interne) ; cependant, c’est le seul domaine où le chasseur russe conserve un avantage marqué.

La proposition actuelle de Moscou est en réalité une réédition du programme FGFA (Fifth-Generation Fighter Aircraft), abandonné par l’Inde en 2018. Ce programme promettait un développement conjoint et une production sous licence de 200 à 250 Su-57, censés fournir à HAL et au DRDO les bases pour un véritable avion de cinquième génération. Ce projet s’est effondré lorsque la Russie a refusé de partager équitablement les tâches, d’accorder l’accès au code source et de transférer la technologie furtive.

Comme le souligne Ranesh Rajan : « Dans les années 2010, nous avions besoin de la Russie pour nous apprendre à construire un avion de 5e génération. En 2025, ce n’est plus le cas. Tout ce que la Russie peut encore offrir, c’est un produit fini à rétroconcevoir, ce qui n’est plus rentable ni politiquement acceptable. »

Les responsables russes continuent d’affirmer que la co-production pourrait réduire les risques liés à l’AMCA et offrir une capacité de cinquième génération de transition le temps que l’avion indien mûrisse. Cependant, avec l’engagement de l’Indian Air Force (IAF) à l’achat de 114 MRFA (probablement des Rafale) et le financement sécurisé de l’AMCA dans la catégorie SP (environ 15 000 crores de roupies approuvés, pour un coût total estimé à 50 000 crores), il n’existe pas de créneau pour une centaine de Su-57 supplémentaires.

Par ailleurs, tout nouveau contrat russe signé aujourd’hui serait soumis aux sanctions post-2022, compliquant l’approvisionnement en pièces détachées, la maintenance et les paiements, un problème que l’Inde cherche précisément à éviter, comme en témoignent ses expériences avec le S-400 et le Ka-226T.

À l’horizon 2035, lorsque l’AMCA Mk1 sera déployé en escadron avec son radar Uttam AESA, sa guerre électronique indigène et ses missiles Astra Mk3, le Su-57 indien, s’il vient à exister, apparaîtra comme un appareil plus lourd et plus rapide, mais technologiquement moins avancé, davantage comparable à une plateforme de génération 4,75++ avec une furtivité partielle.