La Marine nationale recevra son second bâtiment de ravitaillement de forces (BRF), le Jacques Stosskopf, à Toulon fin 2025, dans le cadre du programme logistique franco-italien FLOTLOG. Ce grand navire de ravitaillement en carburant renforce notablement la capacité de la France à soutenir les groupes de combat aéronaval et amphibie, tant à distance qu’au sein des forces opérationnelles de l’OTAN.
Dérivé de la classe italienne Vulcano et développé sous coopération franco-italienne pilotée par OCCAR, il viendra compléter le navire amiral Jacques Chevallier pour remplacer les anciens ravitailleurs de la classe Durance et accroître la capacité opérationnelle de la flotte française de soutien en haute mer.
Le Jacques Stosskopf est le deuxième d’une série de quatre BRF prévus pour remplacer les vieillissants bâtiments de commandement et de ravitaillement (BCR) Var, Marne et Somme.
Avec une longueur de 194 mètres et une largeur de 27,6 mètres, il déplace environ 31 000 tonnes à pleine charge, ce qui en fait, après le porte-avions Charles de Gaulle et devant les bâtiments de projection et de commandement de la classe Mistral, l’une des plus grandes unités de surface de la flotte. Après sa campagne d’essais initiale depuis Saint-Nazaire, il rejoindra Toulon le 31 juillet 2025 et intégrera progressivement la flotte aux côtés du Jacques Chevallier, livré en 2023 et entré en service en 2024, puis de l’Émile Bertin à Brest et du Gustave Zédé à Toulon au début des années 2030.
Les caractéristiques techniques du Jacques Stosskopf illustrent l’évolution des ambitions de la Marine nationale. Le navire peut embarquer près de 13 000 m³ de carburants marins, incluant du diesel naval et du fioul lourd, avec un débit de transfert en mer pouvant atteindre 1 200 m³ par heure. Il transporte également environ 1 500 tonnes de charges solides réparties dans ses cales et conteneurs.
Sa propulsion diesel-électrique repose sur quatre moteurs MAN délivrant 24 MW, lui permettant de maintenir une vitesse proche de 20 nœuds et d’accompagner des groupes de combat sur de longues distances. Son double coque répond aux normes internationales de protection environnementale, autorisant des opérations de ravitaillement en zones sensibles. Le système de gestion de combat Polaris, combiné au radar de veille aérienne Terma Scanter 6002 et aux capteurs optroniques Safran Paseo XLR, assure une contribution au suivi tactique et à la protection rapprochée du bâtiment.
L’arrivée du Jacques Stosskopf renforce profondément la logistique de la flotte océanique française. Avec deux BRF en service, la Marine peut assurer un appui continu au groupe aéronaval autour du Charles de Gaulle, ainsi qu’aux groupes amphibies centrés sur ce porte-avions et aux opérations combinées avec des frégates de premier rang. La capacité à transférer simultanément carburant, vivres, munitions et pièces de rechange, y compris aux navires alliés, améliore significativement l’interopérabilité des groupes navals de l’OTAN et de l’Union européenne en Méditerranée, dans l’Atlantique Nord et, à terme, dans l’Indo-Pacifique.
La possibilité d’embarquer du personnel, la présence d’ateliers de maintenance et l’option d’opérer en mode EMCON (émissions contrôlées) font de ce BRF une plateforme avancée de commandement logistique et un centre de soutien précieux pour les forces aéro-maritime alliées, capable d’évoluer en environnement hostile où la continuité du soutien est essentielle à la liberté d’action.
Au-delà des opérations courantes de la flotte, le programme FLOTLOG revêt une dimension stratégique majeure. En remplaçant les obsolètes BCR par des bâtiments conçus pour des opérations de haute intensité et de longue durée, la France préserve sa capacité autonome de projection océanique, conformément aux objectifs des lois de programmation militaire successives. La forte coopération entre la Marine nationale, la Base industrielle et technologique de défense (BITD) française et leurs partenaires italiens favorise l’émergence d’une offre européenne de bâtiments logistiques à destination des marines souhaitant renforcer leur autonomie opérationnelle, sans dépendre exclusivement des ressources américaines.
Dans un contexte de rivalités maritimes croissantes, de l’Atlantique Nord à l’Indo-Pacifique, l’entrée en service du Jacques Stosskopf, complémentaire du Jacques Chevallier et en préparation de celle du futur porte-avions de nouvelle génération, contribue à maintenir sur le long terme la crédibilité navale française à l’échelle mondiale.
Alain Servaes