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Le drone turc de combat Kizilelma a entamé ses essais avec des missiles air-air Gökdoğan, intégrant également des systèmes radar et électro-optiques avancés. Ces tests représentent une avancée significative dans le développement des capacités aériennes de Turquie, avec une attention portée à l’intégration de technologies de pointe conçues pour les opérations conjointes entre drones et avions de chasse.

Le drone Kizilelma développé par la société turque Baykar a débuté des essais en mode transport captif des missiles air-air BVR (au-delà de la portée visuelle) Gökdoğan. Parallèlement, il teste le radar Murad-100A AESA (à matrice à balayage électronique actif) ainsi que le système de suivi électro-optique (EOTS) TOYGUN.

Baykar et son directeur technique, Selçuk Bayraktar, ont publié plusieurs vidéos illustrant ces essais en vol. Les deux premiers étaient intitulés « Test de vol avec munition liée GÖKDOĞAN et test de performance radar AESA EOTS-Murad », tandis que le troisième montrait un « Vol en formation avec un F-16, test de vol avec munition liée GÖKDOĞAN et performance du radar AESA Murad ».

Au cours des essais en formation avec des F-16, le drone a notamment effectué un verrouillage radar sur la cible en coordination avec le chasseur et une simulation de tir de missile. Il reste toutefois incertain si un tir réel sera réalisé prochainement.

Il convient de noter que les essais de transport du Kizilelma avec les munitions air-sol TEBER-82 et TOLUN ont eu lieu à la fin septembre, suivis de tests de tir réel début octobre, laissant entrevoir la possibilité d’une prochaine phase de tirs réels avec les missiles Gökdoğan. Le drone est par ailleurs conçu pour opérer depuis le navire d’assaut amphibie turc TCG Anadolu.

Si les essais TOLUN et TEBER-82 ont été conduits avec le troisième prototype désigné TC-OZB3 (PT-3), le missile Gökdoğan a, lui, été installé sur le prototype plus récent TC-OZB5 (PT-5). Ce dernier est équipé du système de missile anti-navire Toygun EOTS ainsi que du missile Murad, tous deux conçus par Aselsan. Le radar Murad-100A, déjà intégré au drone Akinci et prévu pour moderniser certains F-16 de la Force aérienne turque (TurAF), fait l’objet d’essais prolongés sur le PT-5 Kizilelma.

Les vidéos publiées montrent le Kizilelma équipé d’un missile Gökdoğan sous chaque aile, le missile droit affichant une teinte argentée partielle au lieu du traditionnel orange. Survolé et filmé par un Akinci, le Kizilelma a exécuté plusieurs manœuvres avant de se poser.

Ces essais pourraient avoir porté sur plusieurs aspects : l’impact aérodynamique des missiles montés sur le drone et réciproquement sur la structure des appareils partenaires, la capacité du bus de données et des interfaces électriques et électroniques à permettre la communication entre le radar Murad 100-A et le missile Gökdoğan, ainsi que la fusion des données issues du Toygun EOTS et du radar Murad pour assurer localisation et suivi des cibles.

Aselsan a déclaré qu’elle « continuerait à fournir des capacités multiplicatrices de force au Bayraktar Kizilelma via des systèmes révolutionnaires ». Kemal Topalömer, directeur général de TÜBİTAK SAGE, développeur du missile Gökdoğan, a souligné que le lancement des essais en vol du Kizilelma équipé du missile illustre « la capacité d’ingénierie accumulée, la vision prospective et l’ambition technologique de la Turquie ouvrant une nouvelle ère dans l’espace aérien national ».

Le missile Gökdoğan est propulsé par un moteur-fusée à propergol solide. Il possède une portée supérieure à 65 km et intègre un chercheur actif à radiofréquence (RF) à semi-conducteurs. Il bénéficie d’un mode de verrouillage de la cible après lancement, avec un lien de données permettant de recevoir les mises à jour d’objectifs depuis l’avion lanceur. Le missile embarque aussi des algorithmes avancés de contrôle de vol.

Un tir réel avec le Kizilelma ferait de lui le premier UAV de combat à tirer un missile air-air, sous réserve qu’il devance le MQ-28 Ghost Bat de Boeing, dont la filiale Boeing Defence Australia prévoit un lancement d’AMRAAM AIM-120 pour décembre 2025.

Cette capacité tactique est d’autant plus importante que le Kizilelma est conçu pour opérer en collaboration avec le chasseur turc Kaan dans le cadre d’un concept d’avion de combat collaboratif (CCA). L’intégration d’un drone comme cible-pour-faire-valoir participera aussi à valider les capacités du missile Gökdoğan lors des prochains exercices de tir réel, qui pourraient constituer la quatrième épreuve de mise à feu connue du système.

Les enjeux commerciaux et stratégiques sont majeurs dans ce programme, qui s’inscrit dans la montée en puissance des conflits asymétriques où la domination des systèmes combinés de combat (CCA) devient essentielle. Plusieurs autres pays développent aussi rapidement leurs propres projets dans ce domaine.

À ce jour, les drones YFQ-44A et YFQ-42A en prototype n’ont réalisé que des vols en solo sans démontrer de manœuvres collaboratives MUM-T (pilotage humain-machine). Les seuls véhicules ayant montré un contrôle par avion habité sont le chinois GJ-11, le XQ-58A Valkyrie américain et le MQ-28A Ghost Bat, sans pour autant avoir encore exposé des manœuvres collaboratives complexes.

Cette situation tient probablement moins à des limitations technologiques qu’aux besoins des forces aériennes d’assimiler les notions de commande, logistique et tactiques propres aux véhicules aériens de combat (VUC). Le niveau d’autonomie du Kizilelma, notamment sa capacité à détecter et engager seuls des objectifs, reste inconnu.

Cependant, la combinaison d’un radar AESA télécommandé et d’un drone armé de missiles air-air à longue portée offre une contribution significative à la maîtrise de l’espace aérien, restreignant les options des chasseurs et missiles de croisière adverses. Le radar AESA peut en outre servir de plateforme d’alerte précoce et de contrôle aérien embarqué (AEW&C). Le Kizilelma, équipé d’un missile air-air à longue portée, incarne ainsi une nouvelle étape technologique prometteuse.

Il n’est pas anodin que le groupe italien Leonardo ait choisi de produire le Kizilelma, ainsi que les UAV TB2, TB3 et Akinci, via sa coentreprise LBA Systems avec Baykar. La version européenne du Kizilelma, très probablement adaptée aux standards locaux, pourrait être proposée comme avion de combat collaboratif pour la Force de Combat Aérien Européenne (GCAP) et sur le marché international.

Parth Satam