Dans un contexte de tensions croissantes dans la région Indo-Pacifique, l’Armée de l’air indienne (IAF) se démarque comme un mentor stratégique inattendu mais essentiel dans l’art de la guerre aérienne. Forte d’une flotte de plus de 260 Sukhoi Su-30MKI « Flankers » — la version la plus avancée du célèbre chasseur multirôle russe —, l’IAF apporte son expertise éprouvée lors d’exercices multinationaux.
Ces appareils ne sont plus seulement les sentinelles de l’Inde le long de la Ligne de Contrôle Réel (LAC) avec la Chine ; ils jouent désormais un rôle clé dans la formation des alliés occidentaux et asiatiques pour contrer la flotte croissante de chasseurs dérivés du Flanker déployés par Pékin, notamment les J-11, J-15 et J-16. Lors des exercices à haut enjeu prévus en 2025, l’IAF transmet des tactiques affinées lors de confrontations réelles, transformant le ciel simulé en véritable terrain d’apprentissage face à l’Armée de l’air populaire chinoise (PLAAF).
Une supériorité technique et tactique clé
Au cœur de cet échange de savoir-faire figure la supériorité démontrée du Su-30MKI dans les combats hors de portée visuelle (BVR) et la guerre électronique (EW), domaines où les Flankers chinois montrent souvent des limites. Issu du soviétique Su-27, le MKI indien est doté de moteurs à poussée vectorielle offrant une supermaniabilité, d’un radar à réseau phasé N011M Bars conçu en Inde avec une portée de détection de 350 km, ainsi que d’une intégration fluide d’avioniques occidentales et russes, incluant des brouilleurs israéliens et des systèmes EW similaires au Spectra français. Cette configuration hybride permet au MKI de détecter, brouiller et engager plusieurs cibles à plus de 100 km avec des missiles Astra ou R-77, surpassant les J-11 chinois plus anciens, équipés de radars N001VEP moins performants et de missiles PL-12 à portée limitée.
Face au J-16, version « Flanker-G+ » moderne chinoise dotée d’un radar AESA et de missiles PL-15, le Su-30MKI tire parti d’une formation pilote supérieure et d’une guerre en réseau. Les pilotes indiens, forts de l’expérience des affrontements de Galwan en 2020 et des patrouilles continues sur la LAC, appliquent la doctrine du « premier regard, première frappe » : intégration aux AWACS pour un avertissement précoce et utilisation de leurres pour tromper les systèmes de poursuite infrarouge du PLAAF. Si les experts chinois reconnaissent au J-16 un avantage en charge utile (12 points d’emport contre 10 pour le MKI), les simulations de l’IAF soulignent ses vulnérabilités, comme sa masse plus lourde réduisant son agilité en combat rapproché. Comme l’analyse un spécialiste, « La véritable arme du MKI, c’est son pilote — formé à plus de 200 heures de vol par an, contre une approche souvent quantitative chez le PLAAF ». Ce manuel tactique, peaufiné lors d’exercices nationaux tels que « Aakraman », est désormais transféré aux alliés inquiets face à la présence de plus de 1 500 Flankers chinois encerclant la région.
Une force formatrice pour les alliés stratégiques
Les déploiements du Su-30MKI en 2025 ont transformé les exercices réguliers en véritables écoles dédiées à la lutte anti-Flanker, notamment pour les partenaires du Quad (États-Unis, Japon, Australie) et les forces de l’Asie du Sud-Est comme l’Indonésie ou les Philippines, pays proches des incursions de la PLAAF.
Organisé par l’armée de l’air espagnole à la base aérienne de Gando, aux Îles Canaries, du 20 au 31 octobre, l’exercice Ocean Sky 2025 a rassemblé plus de 50 appareils de six nations, dont des F-35 américains, Typhoons britanniques et F-35B italiens. Les deux Su-30MKI de l’IAF ont dominé cet événement, avec plus de 20 missions lors de combats à grande échelle simulant un espace aérien contesté et le ravitaillement en vol. Les pilotes du prestigieux Escadron n°30 ont mené des interceptions face à des « forces rouges » mimant les tactiques de la PLAAF — attaques en essaim par formations J-11/J-16. Après chaque mission, les officiers indiens ont analysé l’Opération Sindoor (un affrontement IAF-PAF en mai 2025 où les MKI ont neutralisé les menaces sans pertes), partageant des astuces de guerre électronique qui ont neutralisé les copies pakistanaises des appareils chinois. Plus de 20 pays, y compris des membres de l’ASEAN, ont depuis demandé des exercices bilatéraux similaires, un délégué thaïlandais saluant le « manuel Sindoor » pour sa pertinence face aux acteurs chinois en mer de Chine méridionale. Cet exercice a non seulement renforcé l’interopérabilité, mais a aussi établi l’IAF comme la référence en matière de contre-mesures Flanker.
Du 31 mars au 11 avril, la base d’Andravida en Grèce a accueilli INIOCHOS-25, un exercice centré sur l’OTAN avec 15 participants, dont les Rafale français, les F-35 israéliens et les F-16 américains. Le contingent indien — Su-30MKI soutenus par des ravitailleurs IL-78 et des transports C-17 — a réalisé des opérations offensives, des patrouilles défensives et des frappes contre des défenses aériennes simulées. Les scénarios reproduisaient des menaces réelles : protéger des cibles stratégiques contre des incursions massives de Flankers, avec des duels deux contre quatre démontrant la supériorité BVR du MKI. Bien que non spécifiquement orienté contre la Chine, l’accent mis sur les « cibles sensibles dans le temps » et l’intégration de drones faisait écho aux escarmouches sur la LAC, où le MKI a brouillé les radars J-16 du PLAAF. Selon des extraits de débriefings, pilotes grecs et émiratis ont assimilé les tactiques indiennes d’évasion par poussée vectorielle, élément clé pour des États du Golfe envisageant d’acquérir du matériel chinois. Pour l’Inde, il s’agissait de la seconde participation (après 2023), apportant de précieuses informations sur les liaisons de données OTAN en vue d’opérations futures du Quad.
L’exercice australien Pitch Black, biennal et clôturé en août 2024 avec la planification 2025 en cours, reste un rendez-vous majeur. Les six Su-30MKI de l’IAF ont affronté les F-35 de la RAAF et des F-16 indonésiens lors d’opérations nocturnes autour de Darwin, simulant des frappes de J-15 embarqués sur porte-avions ciblant des routes maritimes stratégiques. Les tactiques partagées incluaient des « modes chasseurs silencieux » à faible émission pour surprendre les essaims de Flankers, directement applicables aux patrouilles japonaises en mer de Chine orientale. En prévision de Pitch Black 2026, les briefings australiens de 2025 ont souligné la contribution « inestimable » de l’IAF pour compenser la supériorité numérique de Pékin. Des exercices bilatéraux avec la JASDF japonaise (renforçant les combats simulés de 2021) et des sessions préparatoires Red Flag en Alaska mettent également l’accent sur les confrontations MKI contre J-11, avec des pilotes indiens jouant le rôle d’agresseurs pour former les F-15 à esquiver le missile PL-15.
Une démarche pragmatique au cœur des enjeux régionaux
Cette générosité n’est pas de l’altruisme, mais bien une stratégie politique. Frontalière de la Chine, l’IAF a accumulé des milliers d’heures de vol sur Su-30MKI contre des escadrons J-20 furtifs et des bombardiers J-16, recueillant des données précieuses sur les faiblesses du PLAAF, notamment sa mauvaise coordination hors ligne de visée. En intégrant le MKI dans divers exercices — de la Méditerranée à la mer d’Oman —, l’IAF construit une alliance « à l’épreuve des Flankers ». Les pilotes américains, fraîchement sortis des manœuvres d’octobre 2025 avec le porte-avions HMS Prince of Wales, où les MKI ont simulé des frappes contre des F-35B, intègrent désormais des pods de guerre électronique indiens dans leurs mises à niveau F-22. Des partenaires asiatiques comme les Philippines, par l’intermédiaire de l’ASEAN, manifestent un intérêt pour les simulateurs MKI afin d’améliorer leurs capacités anti J-11B, renforçant ainsi la première chaîne d’îles.