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Donald Trump et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane ont conclu un accord stratégique de défense incluant l’achat par l’Arabie Saoudite d’environ 300 chars M1 Abrams d’origine américaine. Ce contrat approfondit la dépendance de Riyad envers la technologie militaire américaine et s’inscrit parmi les plus ambitieux en matière de coopération bilatérale en défense et investissements.

Présentée comme un moyen de renforcer les capacités militaires saoudiennes tout en préservant des emplois aux États-Unis, cette vente de blindés s’intègre dans un ensemble plus large qui porte les investissements saoudiens dans l’économie américaine à près d’un billion de dollars. Elle officialise également la dépendance de l’Arabie Saoudite à la technologie de défense américaine.

L’accord global est volontairement ambitieux. Outre la fourniture de chars et d’avions F-35, ce partenariat stratégique facilite les futures autorisations d’exportation d’armements, donne un accès privilégié à l’industrie américaine aux programmes saoudiens et affirme Washington comme principal partenaire sécuritaire du royaume. Des accords parallèles portant sur la coopération nucléaire civile, l’exploitation de minerais critiques et un protocole d’entente sur l’intelligence artificielle visent à lier le développement technologique de l’Arabie Saoudite aux standards et fournisseurs américains.

Selon plusieurs sources, cet accord inclut également la désignation de l’Arabie Saoudite comme « allié majeur hors OTAN » et l’engagement d’élever les investissements américains dans le royaume jusqu’à un billion de dollars, soulignant l’importance politique et stratégique de la composante blindée.

Bien que les documents officiels mentionnent environ 300 véhicules, plusieurs indices indiquent que la variante proposée sera une version export du M1A2 SEP, actuellement utilisée en version SEPv3 par les forces américaines. Le char Abrams moderne est équipé d’un canon lisse de 120 mm (M256) capable de tirer des munitions cinétiques avancées et des projectiles programmables multifonctions, associé à un système de conduite de tir numérique, un canon stabilisé et des viseurs thermiques assurant une précision de tir en mouvement, de jour comme de nuit.

Le blindage composite, dérivé des conceptions Chobham, le stockage sécurisé des munitions avec panneaux d’expulsion automatique, ainsi que la protection NBC (nucléaire, biologique, chimique), garantissent une grande survie de l’équipage. La turbine à gaz AGT1500 de 1500 chevaux permet au char d’atteindre plus de 65 km/h sur route, au prix d’une consommation élevée en carburant et d’un entretien important.

L’Arabie Saoudite est déjà l’un des plus grands opérateurs mondiaux d’Abrams, avec environ 575 chars M1A2S issus d’un programme national de modernisation à partir des anciennes versions M1A1 et M1A2. Le modèle M1A2S combine des éléments des programmes M1A2 SEP et M1A1 AIM, avec l’ajout de caméras thermiques de deuxième génération, d’électronique de tourelle améliorée et d’un système de refroidissement adapté aux conditions extrêmes du désert. Cette version export abandonne le blindage en uranium appauvri au profit d’un package spécialisé.

Des exercices conjoints américains tels que Friendship 25 ont déjà permis aux équipages saoudiens de se familiariser avec la configuration SEPv3, qui offre une puissance électrique accrue, un réseau amélioré, un lien de données permettant le tir de munitions programmables en détonation aérienne, ainsi qu’une meilleure détection infrarouge frontale. Ce modèle constitue une base logique pour toute nouvelle production ou mise à niveau conséquente.

Ces nouveaux chars participeront aussi au renouvellement d’un parc mécanique encore largement constitué de blindés plus anciens. Les forces saoudiennes possèdent plus de 650 M60A3 Patton de deuxième génération, qui ont subi des pertes aux côtés des Abrams lors de l’intervention au Yémen. Leur remplacement par des blindés modernes standardisés M1A2 permettra à Riyad d’unifier ses plateformes lourdes, facilitant ainsi la formation, la logistique des pièces détachées et l’architecture numérique, et renforçant la cohésion des brigades blindées, tout en simplifiant l’intégration dans les exercices sous direction américaine et les réseaux C4ISR.

Pour l’industrie américaine, ce contrat représente un programme de plusieurs milliards de dollars centré sur l’usine de production de chars de l’armée à Lima (Ohio), où la fabrication du M1 se poursuit. Le coût unitaire des Abrams SEPv3 d’exportation est estimé à environ 24 millions de dollars. Pour l’Arabie Saoudite, ce projet illustre la conviction que le blindé lourd, intégré à des systèmes militaires modernes d’intelligence, de surveillance et de reconnaissance (ISR), à la puissance aérienne et aux défenses anti-aériennes, demeure un levier majeur de la puissance terrestre dans une région où la dissuasion s’évalue encore en brigades de blindés.

Evan Lerouvillois