Un important rapport du comité de la Défense publié aujourd’hui met en lumière des inquiétudes persistantes concernant la structure des forces britanniques, leur état de préparation et leur capacité à remplir les obligations fondamentales de l’OTAN, notamment l’article 3 qui impose de « maintenir et développer une capacité individuelle et collective pour résister à une attaque armée ».
Le comité souligne que la diminution des effectifs, la lenteur dans la mise en œuvre des capacités promises et le manque de ressources allouées aux programmes de défense du territoire national menacent à la fois la sécurité du Royaume-Uni et la crédibilité de l’alliance.
Ce rapport s’inscrit dans un contexte plus large d’avertissement sur la capacité britannique à défendre son territoire ainsi que ses territoires d’outre-mer. Il conclut que, malgré tout, le Royaume-Uni reste une puissance militaire majeure en Europe, « mais ce leadership est de plus en plus fragile car le Royaume-Uni et ses alliés européens n’ont pas investi dans des capacités critiques et demeurent trop dépendants des États-Unis ». Selon Tan Dhesi, président du comité, « il est impossible de faire l’autruche » face à l’agression russe, la désinformation et les incursions répétées dans l’espace aérien. Il insiste sur le fait que la préparation opérationnelle doit désormais être une priorité, et que le Royaume-Uni devrait prendre l’initiative pour remplacer certaines capacités américaines si Washington venait à se retirer.
Dans la partie consacrée à l’OTAN, le rapport souligne des faiblesses structurelles spécifiques. Le Royaume-Uni détient 1 053 postes au sein de l’alliance, mais « 8 % d’entre eux ne seront pas pourvus à la mi-2025 ». De plus, les familles des personnels déployés sur les installations de l’OTAN subissent « des désagréments, voire des difficultés », notamment en matière d’accès aux soins médicaux et de progression professionnelle. Le comité estime que la posture « OTAN d’abord » affichée par le gouvernement ne peut fonctionner sans une base militaire renforcée.
Les conclusions sont sans équivoque. Les témoins ont fait état « d’un manque de masse, de retards dans le développement des capacités promises conformément aux échéances du Plan Défense et Protection Nationale (NDPP), et d’un manquement du Royaume-Uni à ses engagements vis-à-vis de l’article 3 ». Le rapport ajoute : « Nous sommes préoccupés d’apprendre que ce manque de masse affaiblit le leadership britannique au sein de l’OTAN ». Il qualifie le sous-financement de l’article 3 de « nouvelle défaillance du leadership ».
Au-delà de l’OTAN, le rapport critique la lenteur des progrès du programme de défense du territoire national, soulignant que les travaux sont encore inachevés un an après la date prévue. Il dénonce également une coordination interministérielle sur la résilience « encore très insuffisante » et décrit la direction du Cabinet Office comme « centrée sur elle-même ». Le comité exhorte le gouvernement à publier un calendrier clair et renouvelle son appel à la création d’un ministère dédié à la sécurité intérieure.
Pour remédier à ces faiblesses, le comité recommande que le gouvernement précise les modalités de mise en œuvre de la Revue stratégique de défense, publie des rapports d’étape annuels, et fournisse des briefings confidentiels sur les engagements de l’OTAN. Il souligne que les ministres doivent présenter un plan cohérent pour renforcer la base industrielle de défense et éviter une dépendance excessive aux États-Unis. Par ailleurs, il soutient une campagne nationale de sensibilisation, estimant que « le public doit comprendre non seulement la nécessité de la défense, mais aussi leur rôle dans ce domaine ».
Tan Dhesi qualifie ce rapport comme « le travail fondamental du comité pour ce mandat parlementaire » et le considère « comme un véritable signal d’alarme pour le ministère de la Défense ».