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Un bombardement terroriste russe a causé la mort d’une adolescente de 17 ans dans la région de Kharkiv ainsi que de deux femmes dans la région de Tchernihiv. En Ukraine, la guerre de tranchées traditionnelle a désormais laissé place à un conflit dominé par l’utilisation intensive des drones, reposant davantage sur des positions de résistance et des postes d’observation que sur des lignes de tranchées. Les assauts massifs russes font place à de petites unités d’infiltration.

Les frappes terroristes russes contre les civils font plusieurs victimes au cours de la nuit. À Horodnia, dans la région de Tchernihiv, deux femmes âgées de 75 et 72 ans ont été tuées lors d’attaques russes utilisant des drones-robots. À Kharkiv, une jeune fille de 17 ans a été tuée et onze personnes blessées suite à des frappes mêlant quatre missiles, six drones Geran-2 et dix-sept autres engins pilotés à distance. À Dnipro, une grande ville ukrainienne, deux blessés ont également été recensés après une attaque massive de drones.

Selon une analyse de Politico, la guerre de tranchées avec ses duels d’artillerie et ses longues lignes défensives est désormais révolue, remplacée par une guerre des drones moderne. Le reportage souligne :

« Au lieu de longues lignes de tranchées, l’armée ukrainienne, numériquement inférieure et moins équipée, a créé des points d’appui et des postes d’observation, s’appuyant sur les drones pour compenser le manque de munitions d’artillerie de calibre 155 mm. En réponse, l’armée russe a réduit la taille de ses unités d’assaut car les drones ukrainiens ont démontré leur capacité à localiser et détruire des concentrations importantes de troupes. Plutôt que des assauts massifs de type « vague de chair à canon », la Russie attaque désormais en petits groupes. »

L’Ukraine concentre donc ses forces sur des positions stratégiques d’où les drones peuvent lancer des attaques ciblées sur les tentatives d’avancée russes. La doctrine selon laquelle il n’est pas nécessaire d’occuper physiquement une position pour la défendre est plus pertinente que jamais à l’ère des frappes de haute précision à distance. Avec des drones pouvant opérer jusqu’à une dizaine de kilomètres, la visibilité directe n’est même plus indispensable.

Par ailleurs, la zone dite « zéro » entre les lignes adverses peut s’étendre sur plusieurs kilomètres, parfois jusqu’à dix kilomètres, rendant impossible une présence permanente. Cette configuration affaiblit radicalement le modèle de guerre de tranchées de la Première Guerre mondiale.

Les assauts massifs russes ont été remplacés par des petites unités d’infiltration qui cherchent à éviter la détection en se déplaçant en nombre réduit, contournant ainsi les capacités des drones. Ces points de résistance doivent désormais être mieux fortifiés et faire appel à des tactiques plus avancées que de simples tranchées pour résister aux attaques par drone.

La logistique devient également un défi crucial, avec des véhicules détruits déjà à 5–6 km des lignes de front, compliquant l’acheminement des fournitures, des munitions, la relève des soldats et l’évacuation des blessés. Une fenêtre temporaire de faible visibilité pour les drones existe entre la nuit et l’aube, liée aux limitations actuelles des capteurs. Des progrès dans les dispositifs optiques adaptés à ces périodes sont en cours.

L’analyse mentionne aussi l’usage de la vidéo pour guider à distance les soins médicaux sur le terrain et le rôle des drones dans la livraison de médicaments en attendant l’évacuation des blessés.

Commentaire : La guerre des drones représente une opportunité pour des unités terrestres modérées, comme les brigades suédoises qui compteront 4,5 brigades terrestres d’ici 2030 pour défendre l’un des plus vastes territoires d’Europe. Une seule section équipée principalement de drones FPV pourrait défendre une ligne d’environ dix kilomètres, à condition de moderniser les équipements et stratégies face aux visions mécanisées des années 1980.

Il faut également souligner que 90 % des drones FPV russes sont désormais équipés de fibres optiques, ce qui rend inefficace la guerre électronique traditionnelle. En outre, la prétendue supériorité aérienne de l’OTAN, avec ses milliers d’avions de chasse, demeure limitée face aux tactiques russes basées sur des groupes d’infiltration de seulement trois soldats.

Mises à jour importantes :

  • Les pertes russes annoncées par l’état-major ukrainien s’élèveraient à 960 hommes tués, 43 véhicules de transport détruits, 13 obusiers, un canon multi-tubes ainsi qu’un système anti-aérien lourd. Aucune perte de blindés n’a été signalée récemment. Un temps particulièrement mauvais le jour précédent aurait réduit l’activité offensive russe, les attaques à Pokrovsk étant divisées par deux.
  • Sabotage en Pologne : Le Premier ministre polonais Donald Tusk a déclaré que deux citoyens ukrainiens liés aux services de renseignement russes auraient saboté des voies ferrées en direction de Lublin. Ils seraient entrés en Pologne depuis la Biélorussie cet automne, avec un passé de sabotage dans la ville de Lviv.
  • Destruction de centrales électriques en Donbass occupé : L’Ukraine a bombardé deux importantes centrales thermiques dont la capacité combinée équivaut à environ trois réacteurs nucléaires suédois. Ces installations à charbon, appartenant à la zone occupée depuis 2014, restent des cibles militaires légitimes car alimentant les opérations russes.
  • Mobilisation forcée et prisonniers : Plus de 46 000 Ukrainiens ont été illégalement mobilisés par la Russie dans les territoires occupés. Parmi les prisonniers de guerre ukrainiens, 16 % sont originaires de territoires occupés dont 6 % de Crimée.
  • Engagements en temps réel : Des soldats ukrainiens sont filmés tentant d’abattre des drones FPV russes à coups de feu, illustrant la guerre rapprochée et l’importance de la lutte contre ces appareils.
  • Opérations à longue portée : L’état-major ukrainien confirme l’utilisation de missiles balistiques américains ATACMS contre des objectifs militaires sur le territoire russe, signe d’une montée en puissance des frappes au-delà du front direct.
  • Activité drone près de Moscou : Des attaques par drones ont visé des cibles dans la région de Moscou, entraînant la fermeture temporaire d’aéroports.
  • Portrait de la victime : La jeune fille tuée était championne de kickboxing et s’apprêtait à participer à la Coupe du monde, soulignant l’impact tragique des frappes sur la société civile ukrainienne.
  • Soutiens humanitaires : Des organisations telles que Power Up Ukraine poursuivent leurs livraisons de matériel au bénéfice des forces ukrainiennes, malgré une baisse récente des dons.
  • Environnement économique : La nouvelle usine de production de pain Pågen à Landskrona, en Suède, devrait être isolée avec de la laine de roche importée d’Ukraine, un soutien indirect à l’économie ukrainienne.

Cette évolution du conflit ukrainien montre clairement une transformation profonde des modes opératoires militaires, avec une domination croissante des technologies drones, modifiant à la fois les aspects tactiques, logistiques et humanitaires du théâtre des opérations. La protection des civils reste néanmoins un enjeu dramatiquement perceptible au cœur de ces affrontements.