Alors que le programme ambitieux de l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) en Inde se dirige vers l’attribution d’un contrat majeur en 2026, marquant la première fois qu’un consortium dirigé par le secteur privé prendra la tête du développement, une lutte acharnée oppose plusieurs États pour accueillir la ligne de production de ce chasseur furtif. Selon des sources exclusives, bien que le ministère de la Défense privilégie l’utilisation d’installations existantes pour accélérer la mise en production, le saut technologique de la génération 4.5 à la cinquième génération nécessitera probablement un site neuf, avec des mises à niveau importantes en outillage de précision, assemblage en salle blanche et manipulation de composites furtifs.
L’AMCA, un chasseur polyvalent furtif bimoteur conçu pour restaurer la capacité des escadrons de l’Indian Air Force (IAF) à 42 unités d’ici 2035, promet des capacités avancées telles que le supercroisière, des soutes internes pour armement et une fusion sophistiquée des capteurs. Ce projet est développé par l’Agence de Développement Aéronautique (ADA) du DRDO. Sept entreprises et consortiums indiens majeurs, dont Tata Advanced Systems, Larsen & Toubro et Mahindra Aerospace, ont déposé leur candidature pour la co-développement dès octobre. Le modèle d’exécution, validé en mai par le ministre de la Défense Rajnath Singh, engage le programme vers une dynamique d’innovation privée.
Au moins cinq États – Karnataka, Maharashtra, Telangana, Uttar Pradesh et Tamil Nadu – se sont fortement mobilisés, offrant des incitations telles que des terrains subventionnés allant jusqu’à 500 acres, des exonérations fiscales sur dix ans, ainsi qu’un accès à une main-d’œuvre hautement qualifiée formée dans les prestigieux IIT et NIT. Le ministre en chef de l’Andhra Pradesh, N. Chandrababu Naidu, a même proposé de déplacer les opérations AMCA de HAL à Bengaluru vers un corridor de défense envisagé à Visakhapatnam, soulignant l’intérêt logistique côtier pour l’exportation.
Cependant, les villes de Bangalore, Nashik et Hyderabad apparaissent comme les favorites, chacune mettant en avant ses compétences aérospatiales établies pour assurer une intégration fluide dans les chaînes d’approvisionnement nationales.
Bangalore, Karnataka : Considérée comme la capitale indienne de l’aérospatial – abritant l’ADA, les laboratoires du DRDO et le bureau de conception de HAL –, la ville est le site privilégié pour la réalisation des prototypes. Le premier fuselage AMCA devrait y être assemblé entre 2028 et 2029. L’écosystème local compte plus de 200 PME spécialisées en avionique et composites, avec une proximité stratégique aux fournisseurs internationaux tels que Safran, partenaire pour le co-développement du moteur de 120 kN. Le Karnataka propose un terrain de 300 acres près de l’aéroport de Devanahalli, assorti d’aides de l’État évaluées à 1 000 crores de roupies.
Nashik, Maharashtra : La division HAL de Nashik, récemment lancée pour la production du Tejas Mk1A, se présente comme un centre opérationnel prêt à accueillir la production AMCA grâce à ses lignes d’assemblage en place et ses 2 500 ingénieurs. La modernisation pour la technologie furtive de 5e génération, intégrant notamment l’infusion sous vide pour les peaux low observable et des contrôles qualité par intelligence artificielle, serait estimée entre 2 000 et 3 000 crores, mais pourrait réduire de deux ans le temps d’installation, selon les estimations du ministère. Le Maharashtra offre le statut de zone économique spéciale (ZES) et des subventions énergétiques pour renforcer son attractivité.
Hyderabad, Telangana : Ville en plein essor, Hyderabad dispose de la ZES TATA Aerospace et d’un cluster croissant de 150 entreprises, soutenu par le parc aérospatial de 5 000 crores mis en place par l’État. Spécialisée en drones (UAV) et électronique via Bharat Electronics Limited (BEL), la ville vise la production des systèmes de capteurs de l’AMCA. Une offre de 400 acres près de l’aéroport international Rajiv Gandhi est proposée, accompagnée du vivier de talents de l’IIIT Hyderabad.
D’autres candidats comme Coimbatore (Tamil Nadu) et Lucknow (Uttar Pradesh) mettent en avant des coûts compétitifs et des avantages logistiques pour le Nord, mais ils accusent un retard en termes d’infrastructures disponibles.
Le ministère de la Défense semble privilégier l’usage des lignes de production duales de HAL à Bangalore et Nashik, déjà engagées dans une montée en cadence visant 16 Tejas annuels, ce qui permettrait de limiter les retards. Cette approche rappelle le contrat de 62 370 crores signé en septembre pour les lots Mk1A. Pourtant, la transition vers la 5e génération implique une « modernisation considérable » avec notamment des baies protégées contre les interférences électromagnétiques, des robots pour le soudage des matrices en titane, et des protocoles cyber pour la gestion des jumeaux numériques, ce qui pourrait augmenter les coûts de 25 % en cas de réaménagement. En revanche, créer une nouvelle ligne offrirait la possibilité d’un design sur mesure, en cohérence avec l’agilité du consortium privé, et permettrait une production parallèle de 12 à 16 AMCA par an d’ici 2035.
Le calendrier de décision reste flou, dépendant du choix du consortium attendu après l’approbation du Comité sécuritaire du Cabinet (CCS) au premier trimestre 2026, ainsi que des audits des sites par un panel du ministère et de l’ADA. « Les prototypes sortiront assurément de Bangalore, mais la production en série pourrait être décentralisée pour optimiser la logistique et les emplois », indique une source, suggérant un modèle hybride conciliant impératifs politiques et exigences opérationnelles.