Alors que le ministère indien de la Défense s’apprête à lancer enfin l’appel d’offres tant attendu pour le programme d’Avion de Transport Moyen (MTA), des représentants russes ont exprimé leur volonté renouvelée de participer à la compétition. Lors d’un entretien accordé à idrw.org, des responsables de Rosoboronexport ont confirmé que Moscou allait « examiner attentivement le cahier des charges » et proposer des plateformes répondant aux exigences actualisées de l’Armée de l’air indienne.
Le programme initial indo-russe MTA/Il-214 avait échoué il y a plusieurs années en raison de divergences portant sur le choix du moteur, les délais de conception et les performances attendues. Mais avec la préparation par l’Inde d’un appel d’offres ouvert visant à remplacer à la fois sa flotte tactique d’An-32 et ses avions lourds Il-76 vieillissants, la Russie annonce vouloir revenir dans la course avec une proposition assainie.
Un responsable de Rosoboronexport a déclaré :
« Nous étudierons les exigences en termes de capacités. Auparavant, les détails n’étaient pas clairement définis, mais maintenant l’Armée de l’air indienne souhaite un transporteur de haute capacité capable de remplacer à la fois l’An-32 et l’Il-76. »
La Russie se montre prête à offrir une certaine flexibilité dans ses offres, précisant que les versions modernisées de l’Il-76 ainsi que la plateforme relancée Il-214/MTA pourraient être proposées, avec des options pour une production locale en Inde.
Le souvenir de l’annulation de 2015 – lorsque l’Inde avait rejeté les turboréacteurs Aviadvigatel PS-90A1 russes jugés dépourvus d’un système de contrôle moteur numérique complet (FADEC) – ne pèsera pas sur cette nouvelle phase, assure Moscou. À l’époque, l’Armée de l’air insistait pour disposer de moteurs équipés de FADEC occidentaux tels que le CFM56 de CFM ou le V2500 d’IAE pour des raisons de fiabilité et de diagnostic, ce qui avait fait échouer un contrat à 2,5 milliards de dollars lié au programme MMRCA. « Le problème était que l’Armée de l’air voulait un système FADEC sur les moteurs et les PS-90A1 d’Aviadvigatel n’en disposaient pas », a expliqué le responsable. « Nous avions proposé ce moteur comme solution provisoire avant de développer le PD-14M plus avancé, capable de produire 18 tonnes de poussée et équipé de FADEC. Le moteur ne sera plus un obstacle désormais. »
Le PD-14M entre en scène : développé par l’UEC et doté d’un système FADEC, ce moteur a été dévoilé en 2023 avec une poussée de 18 tonnes, une consommation carburant améliorée de 15 % et un intervalle de révision de 10 000 heures, marquant un progrès considérable par rapport aux commandes hydro-mécaniques des PS-90. Certifié pour l’avion de ligne MC-21 et envisagé pour moderniser l’Il-76, le PD-14M promet une intégration aisée avec les bancs d’essai indiens et une co-production possible au sein d’entreprises privées locales.
Le dossier issu de cet appel d’offres mettra face à face Rosoboronexport, Airbus (avec l’A400M), Lockheed Martin (C-130J Super Hercules), et potentiellement Embraer (KC-390), tous candidats à une part du marché du transport aérien militaire en Inde. L’atout principal de la Russie demeure ses liens historiques avec l’Armée de l’air indienne et l’expérience acquise avec l’Il-76, ainsi qu’une profondeur importante dans les transferts de technologie (ToT), pouvant générer jusqu’à 10 000 crore de roupies d’offsets en faveur de drones et de simulateurs. Néanmoins, certains mettent en avant des réserves concernant la robustesse encore non éprouvée en conditions militaires du PD-14M et les capacités russes désormais réorientées par le conflit en Ukraine.