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La Garde côtière américaine surveille activement le navire de renseignement auxiliaire russe Kareliya, qui opère juste en dehors des eaux territoriales des États-Unis au sud de l’île d’Oahu, à Hawaï.

Le Kareliya a été détecté pour la première fois à environ 15 milles nautiques de la côte le 29 octobre. Un avion et un navire de la Garde côtière ont été dépêchés depuis Honolulu pour maintenir un contact visuel et électronique avec ce navire-espion de la classe Vishnya. Bien qu’il reste en eaux internationales, il se trouve à portée de plusieurs installations majeures de la Marine, de l’Armée de l’air et de la Garde côtière américaines réparties dans l’archipel hawaïen.

Un avion HC-130 Hércules basé à la station aérienne de Barbers Point a effectué un survol afin de confirmer l’identité et les activités du navire. Parallèlement, le William Hart (WPC 1134), un patrouilleur rapide de classe Sentinel, s’est rendu dans la zone pour assurer une surveillance étroite visuelle et électronique.

Les autorités insistent sur le fait que cette réponse a été menée de manière sûre et professionnelle, conformément au droit international coutumier et aux pratiques américaines traditionnelles concernant la présence de navires de guerre ou auxiliaires étrangers à proximité des eaux américaines. À environ 15 milles nautiques de la côte, le Karaelya reste en eaux internationales tout en opérant à proximité du principal centre logistique et de commandement des forces américaines à Hawaï.

Le Kareliya est un navire de la classe Vishnya, connus en Russie sous le nom de Projet 864, spécialement conçus pour des missions de renseignement électronique de longue durée. Il mesure environ 91,5 mètres de long et son déplacement en charge atteint près de 3 500 tonnes. Ce gabarit lui permet d’accueillir un large ensemble d’antennes, des salles de traitement des données et des espaces de vie adaptés pour une équipe spécialisée.

Il est propulsé par deux moteurs diesel sur deux arbres d’hélice, lui permettant d’atteindre une vitesse maximale d’environ 16 nœuds. Sa capacité défensive est limitée, principalement axée sur l’autoprotection : le Kareliya est équipé de canons de 30 mm à courte portée, destinés à intercepter des missiles volant à basse altitude ou de petites cibles de surface proches, ainsi que de missiles sol-air portables à courte portée pour une défense antiaérienne d’urgence.

Cette configuration ne confère pas au navire une capacité offensive mais lui offre une protection minimale dans un environnement maritime dense et réduit sa vulnérabilité à des attaques opportunistes. La dotation en personnel, généralement entre 140 et 150 personnes, mêle marins, ingénieurs, linguistes, cryptologues et experts en guerre électronique. Ces derniers analysent les signaux interceptés avant leur intégration au réseau de commandement russe.

Positionné juste hors des eaux territoriales américaines, le navire de renseignement auxiliaire (AGI) peut capturer un large éventail d’émissions radar, de communications VHF et HF, de liaisons de données maritimes, ainsi que d’autres signaux électroniques liés aux unités de la Marine et de la Garde côtière des États-Unis, mais aussi au trafic commercial à proximité. Le Kareliya opère sous un strict contrôle des émissions électromagnétiques (EMCON), limitant ses propres émissions électroniques tout en exploitant celles des autres. Cela complique sa détection au-delà de la portée directe des radars et nécessite une surveillance aérienne et de surface constante par les forces américaines.

Pour les commandants basés à Hawaï, la présence d’un tel navire impose une discipline EMCON renforcée, des ajustements tactiques et une meilleure coordination civilo-militaire pour préserver l’intégrité de la situation maritime locale et de la posture opérationnelle commune (COP).

La présence du Kareliya devant Honolulu illustre que la Russie continue d’engager des ressources, bien que limitées, dans des opérations de renseignement maritime à longue portée, malgré les pertes et restrictions subies par sa flotte de surface à cause du conflit en Ukraine. Maintenir un navire AGI en patrouille près d’Hawaï envoie un message discret quant à son rayon d’action et sa persistance, et s’inscrit dans une tendance plus large d’activités navales russes et chinoises accrues dans la région indo-pacifique.

Si ce navire seul ne modifie pas l’équilibre militaire régional, ses déploiements récurrents près de territoires américains risquent de normaliser des comportements intrusifs en mer et d’augmenter la probabilité d’erreurs de calcul lors de crises touchant Taïwan, la péninsule coréenne ou d’autres contingences majeures dans le Pacifique.