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Fraîchement engagée dans un accord historique de 350 millions de livres sterling (468 millions de dollars) avec le Royaume-Uni pour le missile léger multirôle (LMM) de Thales, connu sous le nom de code Martlet, l’armée indienne étudie désormais une version aéroportée de ce système, destinée à sa flotte d’hélicoptères de combat légers (Light Combat Helicopter – LCH). Cette possible acquisition vise à renforcer les capacités d’attaque héliportée contre les menaces au sol et à basse altitude, tirant parti du caractère multirôle du missile pour accroître la précision des opérations en haute altitude le long de la Line of Actual Control (LAC).

Le contrat initial, conclu lors du sommet d’octobre 2025 entre le Premier ministre indien Narendra Modi et son homologue britannique Keir Starmer, prévoit la fourniture à l’armée de milliers de LMM lancés depuis le sol, adaptés aux portages à l’épaule, aux montages sur véhicules, ainsi qu’à la défense aérienne à courte portée. Selon des sources, la variante aérienne pourrait s’intégrer parfaitement à l’indigène LCH Prachand, comblant les lacunes en matière de munitions légères guidées au laser pour les missions anti-blindés et anti-drones, sans les contraintes de poids des systèmes plus lourds comme le Helina.

Signé officiellement le 9 octobre, ce contrat illustre l’approfondissement des liens de défense entre l’Inde et le Royaume-Uni dans un contexte post-Brexit, avec Thales UK assurant non seulement la fourniture des missiles mais aussi le soutien à la formation et à l’intégration. Pesant seulement 13 kg et volant à Mach 1,5 sur une portée de 6 à 8 km, le LMM utilise un guidage semi-actif laser offrant une résistance aux contre-mesures, s’inscrivant dans la lignée technologique du Starstreak HVM. Ses configurations terrestres comprennent des lanceurs portés à l’épaule pour l’infanterie et des systèmes sur trépied pour la défense aérienne à très courte portée (VSHORAD), ayant fait leurs preuves en Ukraine contre les drones russes et autres menaces à basse altitude.

Pour l’armée indienne, cette acquisition remplit une lacune dans les effecteurs légers multi-plateformes, venant compléter les développements locaux du DRDO comme le Dhruvastra, tout en intégrant une technologie éprouvée à l’échelle internationale. Les premières livraisons sont prévues pour 2026, avec une priorité donnée aux unités avancées le long de la LAC et de la Line of Control (LoC), où l’agilité et la légèreté priment dans des terrains accidentés.

La véritable polyvalence du LMM réside dans sa conception multirôle, autorisant des engagements air-sol, air-air, sol-air et sol-sol. Thales a proposé une version aéroportée à la Army Aviation Corps, optimisée pour une intégration en nacelle ou sur rail d’hélicoptères d’attaque. Pesant moins de 15 kg tous équipements inclus, ce missile garantit un impact minimal sur le rotor tout en permettant des frappes à 6 km à distance de sécurité contre des transports de troupes blindés (APC), des embarcations rapides côtières (FIAC) et des systèmes aériens sans pilote (UAS).

Le LCH Prachand, conçu par HAL pour opérer en haute altitude avec 156 exemplaires commandés, apparaît comme la plate-forme idéale pour ce missile. Capable de tenir en vol stationnaire à 6 500 mètres, armé d’un canon de 20 mm, de missiles Mistral et d’ATGM Helina, cet hélicoptère pourrait adopter ou compléter ses charges plus lourdes par des pods LMM destinés à des engagements en essaims (“swarmable”). Les essais pourraient s’inspirer des intégrations réalisées sur l’hélicoptère Wildcat britannique, où le Martlet a abattu des drones en quelques secondes grâce à la désignation laser depuis des observateurs avancés ou via les capteurs embarqués.

Selon idrw.org, l’évaluation s’appuie sur les retours d’expérience de l’opérationnalisation du LCH lors d’exercices dans la région du Ladakh, soulignant la nécessité de munitions plus légères pour préserver l’endurance en conditions d’oxygène rare. Une demande de renseignements (RFI) pourrait être lancée d’ici mi-2026, avec une possible intégration de compensations industrielles pour la production locale chez Bharat Dynamics Limited (BDL).

Cette ambition aérienne s’inscrit pleinement dans la modernisation tripartite de l’armée autour des drones, des munitions “loitering” et des roquettes à guidage de précision, dans le cadre du Field Artillery Rationalization Plan. Dans des espaces contestés comme Arunachal ou Galwan, des LCH équipés de Martlet aéroportés pourraient neutraliser à distance des chars légers chinois Type 15 ou des drones Orlan-10, limitant ainsi les risques pour les pilotes.