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Un MiG-29 de la force aérienne ukrainienne a détruit un pont clé tenu par les forces russes près de Kamianske, dans la région de Zaporijia occupée, en utilisant deux bombes guidées américaines GBU-62 équipées de kits JDAM-ER. Cet assaut, filmé et relayé par des médias ukrainiens, illustre comment la combinaison du MiG-29 avec ces armes de précision offre à l’Ukraine une nouvelle capacité d’attaque à distance, destinée à affaiblir systématiquement les lignes logistiques russes dans le sud du pays.

Selon les rapports, le chasseur ukrainien a largué ces bombes guidées sur un pont provisoire devenu la seule route pavée en bon état alimentant les forces russes dans ce secteur du front. L’impact a détruit l’un des piliers du pont, rendant le passage inutilisable et forçant les troupes russes à emprunter des itinéraires alternatifs plus longs et moins sécurisés pour le transport de munitions, carburant et renforts.

Cette action illustre la stratégie méthodique des “Fulcrums” ukrainiens, nom donné aux MiG-29, visant à saper l’infrastructure logistique russe dans le sud. Cette stratégie de harcèlement s’appuie de plus en plus sur le recours combiné à des avions soviétiques modernisés et à des munitions de précision occidentales. Ainsi, l’attaque contre ce pont dans la région de Zaporijia dépasse le cadre d’une simple mission réussie : elle démontre comment l’alliance MiG-29/GBU-62 modifie le rapport de force en permettant à l’Ukraine d’intercepter à distance les lignes d’approvisionnement russes tout en minimisant les risques pour ses pilotes.

Le MiG-29 est un chasseur bimoteur conçu à la fin de la Guerre froide selon une philosophie soviétique : un avion agile, créé dans les années 1970 pour concurrencer les chasseurs occidentaux tels que le F-16 et le F/A-18. Hérités en grande quantité après la dissolution de l’Union soviétique, les MiG-29 ukrainiens ont été progressivement adaptés, passant d’un rôle défensif à des plateformes polyvalentes d’attaque, d’abord avec des bombes non guidées, puis avec des missiles occidentaux comme l’AGM-88 HARM.

La bombe GBU-62 est une munition guidée américaine utilisant le kit JDAM-ER (Joint Direct Attack Munition – Extended Range). Ce système combine une queue munie d’un guidage GPS/INS et des ailes repliables, transformant une bombe classique Mk-82 de 227 kg en une bombe planeuse capable d’atteindre des cibles à environ 70-80 kilomètres lorsqu’elle est larguée depuis une grande altitude. La munition suit des coordonnées GPS préprogrammées avec une précision de quelques mètres, permettant au MiG-29 équipé d’un pylône spécial de lancer des attaques de précision sur des infrastructures critiques comme un pilier de pont, sans avoir à pénétrer profondément les zones de défense aérienne ennemies.

Cette combinaison MiG-29/GBU-62 procure à l’Ukraine plusieurs avantages opérationnels au-delà de la simple destruction d’un pont. Avec le JDAM-ER, un MiG-29 peut frapper des cibles fixes en profondeur dans l’arrière russe avec une charge explosive plus lourde, à un coût nettement inférieur à celui des missiles de croisière. Le coût unitaire d’une munition JDAM complète, comprenant la bombe et la fusée, est historiquement estimé entre 30 000 et 40 000 dollars américains, ce qui en fait une option économique face aux missiles Tomahawk dont le prix dépasse souvent le million de dollars, ou aux systèmes balistiques longs portées disponibles en quantités limitées.

En comparaison, les Russes utilisent un système similaire nommé UMPK, qui transforme leurs bombes classiques FAB en armes planantes guidées, déployées notamment sur les Su-34. Les sources russes évoquent des coûts de production équivalents, mais soulignent que ces bombes sont souvent utilisées massivement contre des cibles de surface étendues, comme des quartiers urbains ou des positions avancées. En revanche, les Ukrainiens emploient leurs GBU-62 avec plus de discernement contre des cibles précises telles que ponts, dépôts ou postes de commandement, où chaque frappe peut avoir un impact opérationnel disproportionné, comme le démontre l’attaque sur le pont de Zaporijia.

La destruction d’un pont stratégique dans la région de Zaporijia a des répercussions bien au-delà du champ de bataille local. Le pont ciblé près de Kamianske servait de seule liaison routière pavée et en bon état pour une force russe qui repoussait les unités ukrainiennes dans la zone desséchée du réservoir de Kakhovka, s’étendant vers des localités comme Stepove et Lobkove. En coupant ce passage, l’aviation ukrainienne complique les opérations offensives russes, obligeant Moscou à déployer davantage d’ingénieurs, de véhicules de transport et de systèmes de défense aérienne pour protéger les itinéraires alternatifs potentiellement vulnérables.

Militairement, la présence récurrente de MiG-29 équipés de bombes GBU-62 dans le ciel au-dessus des zones de Zaporizhzhia et de Koursk témoigne de l’accès régulier de l’Ukraine aux kits JDAM-ER ainsi que de sa maîtrise de leur intégration. Ces bombardiers hybrides sont désormais un élément clé de la campagne ukrainienne visant à dégrader la logistique russe.

Alors que les livraisons de kits JDAM-ER se poursuivent et que les pilotes ukrainiens affinent leurs tactiques combinant aéronefs soviétiques, guidage occidental et innovation locale, il est probable que ce type d’attaques se généralise. Elles rappellent que des plateformes héritées, intelligemment modernisées, peuvent encore jouer un rôle stratégique majeur et influencer l’équilibre géopolitique sur un champ de bataille contemporain.

Teoman S. Nicanci