- La première étape : l’entraînement de base n’est pas la véritable épreuve
- Indoc : le parcours de 10 semaines qui sépare les prétendants des véritables candidats
- Après la sélection : la longue route vers le béret marron
- École de plongeurs de combat des forces spéciales
- Écoles aéroportées et de chute libre
- La formation médicale essentielle
- Ce que signifie être un Pararescueman des forces spéciales de l’Armée de l’air
- Deux voies, une mission : escadrons de sauvetage ou tactiques spéciales
- Escadrons de sauvetage (RQS)
- Escadrons de tactiques spéciales (STS)
- Le sommet : intégrer une unité de niveau 1
- Conclusion
Le monde d’élite des forces spéciales de l’Armée de l’air américaine évoque immédiatement des images d’habileté et de courage hors du commun. Ces opérateurs sont reconnus pour intervenir là où peu osent s’aventurer, dans des conditions que beaucoup ne sauraient imaginer. Pourtant, devenir l’un d’eux, en particulier un Pararescueman (PJ), est une épreuve qui brise la plupart des candidats. Ce parcours exige bien plus que de la force physique, c’est un véritable test de volonté qui commence bien avant la première mission.
Passer la porte d’entrée est déjà un exploit en soi. Pour ma part, j’ai intégré l’armée active directement après le lycée, avec l’objectif clair de devenir PJ. Les recruteurs ont des incitations à trouver des candidats capables de réussir le Physical Ability and Stamina Test (PAST), mais ils reçoivent aussi un bonus si le candidat termine la formation complète.
J’étais de ceux qu’on destinait à devenir PJ, même si peu y croyaient. Je pesais environ 61 kilos, j’étais jeune, et la majorité pensait que je n’allais pas y arriver. Je suis donc arrivé à l’entraînement de base avec cette étiquette, considéré comme un outsider parmi d’autres jeunes affichant une confiance assurée. J’ai préféré garder le silence et donner le meilleur de moi-même.
La première étape : l’entraînement de base n’est pas la véritable épreuve
Le camp d’entraînement à San Antonio est le point de départ, mais ne vous méprenez pas : l’entraînement de base n’est que le ticket d’entrée. La vraie épreuve, celle qui cherche à éliminer au moindre faux pas, commence juste après la remise des diplômes. Beaucoup réalisent à ce moment que la formation en forces spéciales de l’Armée de l’air est un rude réveil.
L’entraînement militaire standard est difficile pour tous, mais pour les candidats des forces spéciales, c’est une autre histoire. Les instructeurs vous connaissent et exigent davantage, multipliant les exercices physiques et exerçant une surveillance stricte pour détecter qui craque en premier. Nous, les futurs Pararescue (PJ) ou Combat Control (CCT), formions un petit groupe isolé dans le cadre plus large du peloton.
On reconnaissait facilement ceux qui se vantaient d’être des futurs grands. Pour ma part, j’étais un simple surfeur qui doutait de ses capacités. Ma confiance n’était pas élevée, mais ma détermination, elle, ne flanchait pas. Je savais ce que je ne savais pas, et ça me gardait humble. Alors que d’autres jouaient les audacieux, je me concentrais juste sur chaque journée passée. Cette attitude m’a sauvé.
Indoc : le parcours de 10 semaines qui sépare les prétendants des véritables candidats
Après avoir obtenu mon diplôme de l’entraînement de base, je suis allé directement à ce que nous appelions « Indoc ». Cette phase a évolué et s’appelle désormais Assessment and Selection (A&S), mais la finalité reste inchangée. Cette formation intensive est l’équivalent du BUD/S de la Marine, un véritable sésame d’entrée dans les forces spéciales de l’Armée de l’air.
Pendant 10 semaines consécutives, la vie se réduit à une routine éprouvante. Les journées commencent par des exercices de calisthénie et des courses longues, puis l’après-midi est consacré à la piscine. C’est un défi physique sans répit, destiné à identifier votre point de rupture. Des paliers doivent être franchis, chaque étape devenant plus difficile.
Personnellement, la course était un vrai calvaire. J’étais grand et mince, et je détestais courir. Il y avait un instructeur très rapide en tête et un autre rapide à l’arrière de la formation. Si vous vous retrouviez derrière la personne en queue, c’était terminé : vous aviez abandonné selon eux.
Chaque jour représentait un combat mental pour simplement suivre le rythme. En revanche, la piscine était mon refuge. Des exercices comme l’« étouffement contrôlé », où vous avez les mains et les pieds attachés pendant des tâches aquatiques, peuvent sembler intenses, mais pour moi, c’était un moment de calme, une méditation entre immersion, réflexion et respiration. C’était mon temps de paix avant de replonger dans le tumulte.
Après la sélection : la longue route vers le béret marron
Survivre à Indoc ne signifie pas avoir réussi. Cela donne simplement accès à la formation véritable. Le pipeline pour devenir PJ dure près de deux ans, à condition de ne pas être blessé. Beaucoup de candidats sous contrat actif doivent souvent renouveler leur engagement avant d’obtenir leur qualification, après avoir été retardés par des blessures.
Après Indoc, vient une série d’écoles avancées. Chacune développe une nouvelle compétence, mais aucune n’est de tout repos. La pression est constante et n’importe qui peut être recalé à chaque étape de cette carrière exigeante.
École de plongeurs de combat des forces spéciales
Ma prochaine étape fut le Special Forces Combat Diver Qualification Course à Key West, en Floride. C’est une formation de l’Armée, dirigée par des vétérans aguerris des Green Berets. En tant que jeune airman avec seulement deux galons, c’était une expérience intimidante dans ce nouveau chapitre.
J’étais entouré de figures légendaires, des sergents-chefs endurcis. Mon partenaire de plongée était un spécialiste des forces spéciales expérimenté, tandis que moi, je tâchais de ne pas commettre d’erreurs. Cette formation représentait un seuil important : il fallait démontrer qu’on était à sa place. Obtenir cette qualification de plongeur était un accomplissement majeur.
Écoles aéroportées et de chute libre
Après la plongée, direction Fort Benning pour l’école aéroportée. Nous arborions fièrement notre badge de plongée, très respecté dans la communauté Army SOF, mais peu connu des instructeurs aéroportés traditionnels, pour qui c’était juste une autre promotion à faire. Retour à la discipline stricte, notamment pour les mains dans les poches interdites. Ensuite, nous sommes allés à l’école de chute libre militaire à Yuma, Arizona.
Cette expérience fut incroyable pour un jeune de 18 ans. J’ai fêté mes 19 ans au milieu de cette formation militaire — pas de gâteau en vue. Les équipes m’ont attaché avec du ruban adhésif à un palmier et m’ont laissé là. C’est à ce moment que la culture des forces spéciales commence à s’imprégner, et que le sens d’appartenance à une équipe devient clair.
La formation médicale essentielle
Une part cruciale de la formation repose sur la médecine. Pendant un temps, les PJs suivaient le Special Operations Combat Medic (SOCM) à Fort Bragg. Il s’agit d’un des meilleurs programmes de médecine de combat au monde, un pilier de la communauté des opérations spéciales de l’Armée de l’air.
Les soldats des forces spéciales n’étaient pas forcément ravis de nous voir arriver. Les corps médicaux des Navy SEALs étaient également présents, ce qui engendrait une certaine rivalité tribale. Tout le monde semblait se méfier. Pourtant, l’objectif commun était l’apprentissage de compétences médicales, élément central de la mission Pararescue. Le commandement des opérations spéciales de l’Armée de l’air exige les meilleurs soignants.
À cette époque, avant les conflits en Irak et en Afghanistan, la formation était surtout théorique. Personne n’avait vraiment fait face à des victimes massives d’explosions. Les enseignements reposaient sur des algorithmes et des checklists. Aujourd’hui, la formation des médecins de combat a considérablement progressé, tirant parti de deux décennies d’expériences sur le terrain.
Ce que signifie être un Pararescueman des forces spéciales de l’Armée de l’air
Le parcours se termine à l’école PJ d’Albuquerque, au Nouveau-Mexique. Mais il ne s’agit pas d’une école de paramédecin, cette partie est séparée. PJ School porte sur l’« emploi » des compétences, c’est-à-dire la mise en œuvre combinée de toutes vos aptitudes pour mener une mission.
Vous avez appris à sauter en parachute, mais là, vous devez apprendre à sauter avec un paquet RAMS de 180 kg – embarcation et moteurs – pour secourir un pilote en mer. Vous avez appris des tactiques, maintenant vous savez planifier et exécuter un sauvetage sous le feu ennemi. Une grande partie concerne le sauvetage technique, comme l’utilisation de cordes pour évacuer une personne d’une falaise.
Être PJ, c’est maîtriser les aléas. Vous anticipez constamment les imprévus et préparez des solutions. Si votre véhicule est touché en mission, comment évacuer tout le monde ? L’école PJ offre un aperçu, mais le véritable apprentissage s’effectue en équipe.
Deux voies, une mission : escadrons de sauvetage ou tactiques spéciales
Après l’obtention du béret marron, le parcours continue. Les PJ peuvent se spécialiser sur deux voies distinctes, aucune n’étant supérieure à l’autre, mais aux missions différentes. Ces options sont ouvertes aux personnels active duty, Air National Guard ou Air Force Reserve.
Escadrons de sauvetage (RQS)
Le rôle historique des PJ est dans les Rescue Squadrons. Leur mission principale : le Combat Search and Rescue (CSAR). Si un pilote de F-16 s’éjecte en territoire ennemi, ce sont eux qui interviennent à bord d’hélicoptères ou de C-130 pour le récupérer.
Cette voie s’étend aussi aux unités de la Garde nationale aérienne et de la Réserve. Ces PJ mènent souvent des sauvetages civils audacieux, comme les équipes en Alaska secourant des alpinistes au Mont Denali ou celles intervenant lors de la « Tempête parfaite ». Ils opèrent à un niveau d’excellence élevé, constituant un pilier des capacités nationales de sauvetage.
Escadrons de tactiques spéciales (STS)
L’autre voie se trouve dans les Special Tactics Squadrons, où les PJs sont directement intégrés dans la communauté plus large des forces spéciales. Ils opèrent aux côtés des Green Berets de l’Armée, des Navy SEALs et d’autres forces spéciales au sein du commandement des opérations spéciales.
Dans ce cadre, un PJ est le spécialiste médical et du sauvetage d’une petite équipe effectuant des missions d’action directe. Après le 11 septembre, cette orientation est devenue très prisée. Nous suivions les événements en Afghanistan, et la seule façon d’assurer sa place dans les opérations était d’intégrer les tactiques spéciales.
| Critère | Escadron de sauvetage (RQS) | Escadron de tactiques spéciales (STS) |
|---|---|---|
| Mission principale | Recherche et sauvetage en combat (CSAR), secours civils. | Soutien direct aux autres unités SOF (SEALs, Green Berets). |
| Structure de l’unité | Unités souvent plus grandes, centrées Air Force avec aéronefs dédiés. | Petites équipes intégrées avec forces spéciales Army, Navy, Marines. |
| Options de composante | Active Duty, Garde nationale aérienne, Réserve de l’air. | Principalement Active Duty Air Force. |
| Opérations typiques | Récupération de personnel, intervention en cas de catastrophe, évacuation médicale. | Raids d’action directe, reconnaissance, missions d’accès global. |
| Avantages | Avantages adaptés à l’active duty, à la garde ou à la réserve. | Avantages liés à l’active duty et primes de spécialité. |
Pour ceux qui s’orientent vers la Garde nationale aérienne ou la Réserve, les unités RQS représentent une occasion précieuse. Les avantages liés à ces statuts sont conséquents, permettant de servir en continuant une carrière civile. Néanmoins, l’exigence reste forte, ces pilotes devant maintenir les mêmes standards que leurs homologues active duty.
Le sommet : intégrer une unité de niveau 1
Au sein des Special Tactics, le niveau d’élite est une unité comme le 24th Special Tactics Squadron. C’est l’équivalent du Delta Force de l’Armée ou du DEVGRU de la Navy. C’est la place où beaucoup aspirent à finir pour démontrer leur compétence au plus haut niveau des opérations spéciales.
Je suis allé à la sélection du 24th à 22 ans. C’était un cercle fermé de vétérans expérimentés. Après toutes les épreuves physiques et techniques, il fallait affronter ce qu’on appelait le « murder board » : un face-à-face devant huit opérateurs au regard impassible.
Ils m’ont demandé pourquoi ils devraient me choisir. J’ai répondu honnêtement : « Il n’y a aucune raison que ce soit moi. Je n’ai rien d’exceptionnel à offrir, mais j’ai la faim, la motivation, et l’envie d’aller au combat. » Je suppose qu’ils ont aimé cette sincérité. Une semaine plus tard, sans même avoir commencé leur formation spécifique, ils m’envoyaient en Afghanistan.
Conclusion
Le parcours pour intégrer les forces spéciales de l’Armée de l’air est l’un des plus exigeants dans l’armée américaine. C’est un processus implacable, destiné à recruter une personne d’exception – dotée d’une endurance physique remarquable et d’une volonté d’acier. Ce chemin s’applique à tous, qu’ils soient en service actif, dans la Garde nationale aérienne ou dans la Réserve.
Réussir cette formation est un exploit considérable, mais ce n’est que le début d’un apprentissage continu et de la maîtrise d’un métier d’exception. Pour ces opérateurs d’élite, la formation ne s’arrête jamais vraiment.
Dans leur univers, être deuxième n’est pas une option. Ces hommes sont un exemple pour la communauté des tactiques spéciales et se tiennent prêts pour toute mission. Leur engagement et leur sacrifice définissent ce domaine professionnel unique.