Article de 936 mots ⏱️ 5 min de lecture

Les forces armées américaines pourraient bientôt retrouver une implantation en Équateur, 16 ans après leur départ. Ce pays d’Amérique latine se prononcera prochainement lors d’un référendum sur une réforme constitutionnelle pouvant autoriser la présence de bases militaires étrangères sur son territoire, dont celles des États-Unis.

Le gouvernement équatorien et l’administration Trump ont récemment entamé des discussions sur la coopération en matière de sécurité, évoquant notamment la possibilité de réinstaller des troupes américaines dans la ville portuaire de Manta. Au début du mois, la secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a visité plusieurs sites militaires avec le président équatorien Daniel Noboa, dont la future base potentielle de Manta. Bien que le Pentagone n’ait pas confirmé un éventuel déploiement, ce référendum pourrait ouvrir la voie à une présence américaine sur place.

Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus vaste du département de la Défense américain visant à réactiver plusieurs anciennes bases en Amérique latine, abandonnées ou désaffectées ces dernières années. Cette réorientation intervient alors que les États-Unis déplacent leur focus stratégique du Moyen-Orient vers l’hémisphère occidental. En parallèle, le Pentagone modernise ses infrastructures dans les Caraïbes et en Amérique centrale, tout en déployant un nombre croissant de forces dans la région dans le cadre de la lutte contre le trafic de stupéfiants. À ce titre, les États-Unis ont mené une vingtaine d’attaques contre des embarcations suspectées de transporter de la drogue dans les Caraïbes et l’océan Pacifique Est, faisant au moins 79 victimes selon des communiqués officiels.

Au-delà de simples frappes contre des petits navires, ces bases réhabilitées offriraient une capacité opérationnelle étendue, contribuant à renforcer la présence américaine dans une zone stratégique.

Parallèlement à ce possible retour en Équateur, les États-Unis ont rénové plusieurs installations militaires dans la région, notamment sur le territoire américain avec la base navale Roosevelt Roads à Porto Rico, ainsi qu’en dehors, comme l’ancienne base Fort Sherman au Panama. Roosevelt Roads, désactivée en 2004 à la fermeture de son champ de tir, a repris vie cet automne avec le déploiement de F-35B sur son aérodrome. Des images satellites ont révélé d’importants travaux de rénovation, tandis que au Panama, des soldats américains et Marines reçoivent désormais une formation en guerre en milieu tropical dans une école installée sur la base abandonnée, restituée au Panama il y a 25 ans.

La base américaine située au sein de l’aéroport international Eloy Alfaro à Manta accueillait des forces US depuis 1999. L’armée américaine avait quitté le site en 2009, suite à une interdiction édictée par Quito concernant les installations militaires étrangères. Un retour à Manta aurait pour effet stratégique de positionner les États-Unis sur la façade pacifique de l’Amérique latine, alors que Washington a récemment intensifié ses opérations contre les trafiquants dans cette zone océanique. Un responsable du Pentagone a reconnu le rôle de partenaire que joue déjà Washington avec l’Équateur au travers notamment de formations et d’échanges éducatifs.

Débarquement de Marines américains au port de Roosevelt Roads, Porto Rico
Des Marines américains débarquent d’un avion V-22 Osprey à la base navale Roosevelt Roads, Ceiba, Porto Rico. Photo : Miguel J. Rodriguez Carrillo / AFP via Getty Images

La réhabilitation de ces anciennes bases devrait renforcer significativement les capacités opérationnelles des forces américaines dans la région. Bien que des milliers de militaires soient déployés dans les Caraïbes à bord de navires, les bases terrestres existantes comme celles de Porto Rico et du Honduras, abritant notamment la Joint Task Force-Bravo, restent cruciales. Dans ce cadre, les États-Unis s’appuient sur des infrastructures dans des pays voisins, avec des avions de l’US Air Force et des forces spéciales aperçus sur des bases en Élisalvador.

La réactivation de ces bases et aérodromes n’est pas une nouveauté. Dans la perspective d’un pivot vers le Pacifique après deux décennies au Moyen-Orient, le Département de la Défense a modernisé plusieurs avant-postes insulaires, dont des pistes aériennes datant de la Seconde Guerre mondiale, comme celle de Peleliu, ou dans des zones plus isolées comme les îles Aléoutiennes.

Formation à la guerre en jungle au Panama
Un Marine construit un dispositif de filtration d’eau durant un entraînement en jungle au Panama. Photo US Army par Trey Woodard

Le référendum et la visite de Kristi Noem en Équateur interviennent alors que le Pentagone a officialisé la structuration de ses forces dans les Caraïbes via une nouvelle task force, renommée récemment Joint Task Force-Southern Spear, parallèlement au lancement d’une opération antidrogue baptisée Southern Spear. Historiquement, la base de Manta servait principalement à mener des opérations contre les trafiquants de drogue.

Cette semaine, le gouvernement vénézuélien a annoncé la mobilisation de ses forces armées pour affirmer sa présence face à l’accroissement militaire américain dans la région. Dans le même temps, le porte-avions USS Gerald R. Ford et son groupe de combat sont entrés dans la zone de responsabilité du commandement militaire américain pour l’Amérique latine (SOUTHCOM), renforçant ainsi la puissance navale américaine dans cette partie du monde.