Le Pentagone a publié trois photos de l’US Air Force montrant un escadron de bombardiers furtifs B-2 Spirit déployé en avril sur une base aérienne éloignée à Diego Garcia. Une des images capture un B-2 au décollage « pour exécuter une mission de combat », tandis que les deux autres montrent un B-2 et un ravitailleur en vol KC-135 Stratotanker décollant le même jour.
Six bombardiers B-2 et environ 250 personnels ont été déployés depuis la base aérienne de Whiteman, dans le Missouri, sous la désignation 393e escadron expéditionnaire de bombardement. Ces bombardiers menaient des missions de combat depuis Diego Garcia, dans le territoire britannique de l’océan Indien, appuyés par des KC-135 Stratotanker et des équipages du 92e escadron de ravitaillement basé à Fairchild Air Force Base, dans l’État de Washington.
Les trois photographies datées du 19 avril correspondent à une période de frappes particulièrement intenses au Yémen, dans le cadre d’une campagne aérienne américaine s’étalant sur trois mois, à laquelle les B-2 ont été engagés. L’opération, baptisée Rough Rider, mobilisait également des chasseurs de la marine embarqués sur l’USS Truman ainsi que des avions conventionnels des forces aériennes opérant depuis des bases régionales.
Les clichés ont été publiés le jeudi sur le Defense Visual Information Distribution Service (DVIDS), une archive en ligne publique regroupant photos et vidéos réalisées par les photographes militaires et les services de communication des forces armées américaines.
Il est rare que l’US Air Force diffuse des images de B-2 en missions opérationnelles, tant ces bombardiers furtifs sont sensibles au renseignement adverse en cours d’engagement.
Bien que les photos ne précisent pas la zone des frappes, elles coïncident avec des opérations où les B-2 basés à Diego Garcia frappaient des cibles rebelles houties au Yémen. Ce jour-là, des attaques aériennes ont visé notamment un port et un aéroport à Hodeidah, ville côtière stratégique, causant de lourdes pertes civiles.
Un porte-parole de la Eighth Air Force a déclaré : « Les unités de la Huitième Force Aérienne mènent régulièrement des opérations globales en coordination avec les commandements combatants, les armées et les agences gouvernementales américaines pour dissuader, détecter, et, si nécessaire, neutraliser des attaques stratégiques contre les États-Unis et leurs alliés. Par souci de sécurité opérationnelle, nous ne communiquons pas les détails des exercices ou des opérations. »
L’opération Rough Rider, lancée le 15 mars, s’est achevée le 6 mai avec l’annonce d’un cessez-le-feu négocié par Oman. Durant cette campagne, les États-Unis ont frappé plus d’un millier de cibles, selon le Pentagone.
En juin, des bombardiers B-2 ont également mené des frappes sur trois installations nucléaires iraniennes, larguant 14 bombes anti-bunker GBU-57 Massive Ordnance Penetrator, chacune pesant près de 13,6 tonnes. Nommée Operation Midnight Hammer, cette mission fut la plus importante en nombre de bombes jamais conduite par des B-2 et la deuxième en durée la plus longue.
Les défenses aériennes houties se sont révélées plus performantes que prévu, souligne le colonel à la retraite Mark Gunzinger, ancien pilote d’essai de B-52 et aujourd’hui directeur des concepts futurs et des évaluations de capacités au Mitchell Institute for Aerospace Studies. Cette montée en puissance rend les attaques directes par des avions non furtifs plus risquées.
« Le design furtif du B-2 lui permet de pénétrer un espace aérien fortement défendu », explique Gunzinger. « C’est pourquoi l’US Air Force dispose de B-2 et d’autres avions furtifs capables d’emporter des armes spécialement conçues pour frapper des cibles renforcées et profondément enfouies, comme lors de l’Operation Midnight Hammer. Ces armes à courte portée sont des bombes à gravité, guidées mais sans capacité de plané sur de longues distances. »
La portée exceptionnelle du B-2 donne aussi l’avantage stratégique à l’armée américaine de mener des frappes au Yémen, en Iran ou ailleurs, sans présence militaire visible sur place, réduisant ainsi le risque de révéler les opérations à l’adversaire.
« Tout le monde sait quand un porte-avions de la Marine arrive dans la mer Rouge — c’est difficile de passer inaperçu. Mais il est infiniment plus compliqué de détecter qu’un bombardier a décollé de Whiteman, Minot, ou d’une autre base aérienne aux États-Unis », conclut le colonel Gunzinger.