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La Marine française a récemment procédé à un tir réussi du missile nucléaire ASMPA-R depuis un avion Rafale Marine. Ce test d’évaluation confirme l’amélioration des capacités de dissuasion nucléaire françaises dans le cadre d’un exercice planifié.

Le ministère des Armées a annoncé qu’un tir d’évaluation du missile stratégique air-sol moyenne portée amélioré rénové (ASMPA-R) a eu lieu avec succès le 13 novembre 2025. Le lancement a été réalisé par un Rafale Marine de la Marine nationale. Les autorités ont précisé que ce tir ne comportait aucune charge militaire. La Direction générale de l’armement (DGA) a assuré le suivi complet de la trajectoire du missile.

Ce lancement constitue la seconde mise à feu globale du missile ASMPA-R, et la première effectuée par la Force aéronavale nucléaire (FANU). La ministre des Armées, Catherine Vautrin, a souligné que ce test s’inscrit dans le cadre de l’Opération DIOMEDE, une simulation de raid nucléaire réel. Elle a insisté sur l’expertise élevée des personnels de la FANU ayant conduit cette opération, soigneusement préparée dans la durée. Ce test confirme la modernisation continue de la dissuasion nucléaire française prévue par la Loi de programmation militaire 2024-2030.

Le Rafale Marine a lancé le missile en suivant un profil de vol habituel pour des opérations embarquées, depuis le porte-avions Charles de Gaulle. Développé par MBDA France, spécialiste reconnu des systèmes de missiles en coopération européenne, l’ASMPA-R a démontré une parfaite intégration avec le Rafale.

La DGA a utilisé des moyens avancés de suivi depuis des sites comme Biscarrosse et Hourtin, assurant la collecte précise de données sur les performances du missile. Les images officielles publiées montrent le Rafale en vol avec l’ASMPA-R sous l’aile, certaines zones ayant été floutées pour raisons de sécurité, notamment autour des prises d’air.

Ce test s’inscrit dans la continuité des progrès du programme ASMPA-R. Initialement introduit en 2023 par l’Armée de l’Air et de l’Espace, un tir d’évaluation avait été réalisé en mai 2024 au cours de l’opération Durandal avec un Rafale B des Forces aériennes stratégiques. La mise en œuvre par la Marine Nationale étend désormais l’emploi opérationnel du missile aux campagnes maritimes.

L’ASMPA-R est une évolution du missile ASMP original, en service depuis 1986. La version ASMPA, apparue en 2009, avait amélioré la portée et la charge nucléaire. Le projet de rénovation ASMPA-R, initié en 2016, vise à renouveler les composants obsolètes et à optimiser les performances. Des tirs de qualification avaient eu lieu en décembre 2021 et mars 2022 pour valider la fiabilité avant déploiement complet.

Le missile mesure environ 5,38 mètres de long pour une masse proche de 860 kilogrammes. Sa propulsion repose sur un turboréacteur à statoréacteur (ramjet) alimenté en carburant hydrocarboné liquide, épaulé par un booster à propergol solide pour l’accélération initiale. Il atteint des vitesses supérieures à Mach 3 en haute altitude, et environ Mach 2 en vol rasant.

Sa portée est d’environ 500 kilomètres selon les profils de vol, pouvant atteindre jusqu’à 600 kilomètres selon certaines sources. L’ASMPA-R emporte une charge thermonucléaire de 300 kilotonnes, nommée Tête Nucléaire Aéroportée (TNA). Le guidage inertiel combiné à un suivi du relief assure un vol à basse altitude, rendant difficile la détection et la neutralisation par les défenses adverses.

MBDA France pilote la production de l’ASMPA-R au sein d’un réseau industriel européen, regroupant des fournisseurs spécialisés en électronique, propulsion et matériaux. Safran et Thales sont des partenaires majeurs pour les moteurs et systèmes de guidage. La rénovation a introduit des matériaux innovants pour améliorer la furtivité et la robustesse du missile.

La fabrication s’effectue sous contrôle strict de sécurité. Environ 54 exemplaires de la version ASMPA avaient été livrés précédemment. L’ASMPA-R complète cet arsenal avec des améliorations de fiabilité et de précision, chaque exemplaire faisant l’objet de contrôles rigoureux avant intégration et mise en service.

L’ASMPA-R joue un rôle crucial dans la doctrine nucléaire française, dite Force de Frappe, qui repose sur une dissuasion indépendante. Le missile remplit une fonction pré-stratégique, offrant un avertissement avant un engagement nucléaire complet. La France conserve une triade nucléaire comprenant les missiles balistiques lancés depuis sous-marins, les missiles de croisière aéroportés et les précédents systèmes terrestres abandonnés.

Les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de la classe Triomphant emportent les missiles M51. L’ASMPA-R complète la composante aéroportée. Son emploi depuis le Rafale permet une flexibilité opérationnelle, l’appareil pouvant décoller depuis des bases terrestres ou depuis porte-avions, comme le Charles de Gaulle, offrant un spectre d’intervention élargi.

La Loi de programmation militaire 2024-2030 affecte des moyens importants à la modernisation des capacités nucléaires, incluant la recherche, le développement et la production. Cependant, la montée des coûts et les tensions géopolitiques posent des défis budgétaires. Ces évolutions s’inscrivent dans un contexte de menaces croissantes de la part de puissances concurrentes. Ce test intervient alors que la sécurité européenne demeure un sujet central, avec des débats autour du partage nucléaire initiés par le président Emmanuel Macron, bien que la France conserve un contrôle strict sur son arsenal.

Comparé à d’autres systèmes, l’ASMPA-R se distingue par sa propulsion ramjet, offrant une vitesse élevée pour des réactions rapides. Par exemple, le missile russe Kh-102 propose une plus grande portée, mais utilise un moteur différent, tandis que le missile américain AGM-86 ALCM est propulsé par un turboréacteur classique. Des programmes futurs comme le missile hypersonique ASN4G, prévu pour 2035 et capable de dépasser 1 000 kilomètres de portée, ainsi que la future version M51.4 des missiles balistiques sous-marins, garantissent la continuité de la dissuasion française à long terme.

Le succès de ce tir rassure également les alliés de la France au sein de l’OTAN. Tout en maintenant son indépendance nucléaire, la France s’intègre dans la défense collective. La diffusion des images officielles a suscité l’intérêt international, avec des analyses saluant les avancées technologiques. Hans Kristensen, expert de la Federation of American Scientists, confirme que l’arsenal nucléaire français compte environ 290 têtes.

Sur le plan industriel, MBDA et ses partenaires offrent un écosystème employant plusieurs milliers de personnes, couvrant les secteurs des matériaux composites, de l’avionique et de la propulsion. L’innovation porte notamment sur la navigation et la précision. Néanmoins, des contraintes mondiales, comme la pénurie de semi-conducteurs, impactent la production. La DGA veille au respect des normes et traités internationaux lors de chaque contrat.

Opérationnellement, la FANU intègre l’ASMPA-R dans ses cycles d’entraînement, simulant des raids nucléaires avec des vols à basse altitude réalisés par les pilotes de Rafale. Les personnels de maintenance assurent la gestion sécurisée des stocks. Des bases comme Landivisiau jouent un rôle clé dans le soutien de l’aviation navale, tandis que le porte-avions permet la projection de la force à l’échelle mondiale, participant ainsi à la dissuasion contre des menaces dans différents théâtres d’opérations.

Au niveau géopolitique, ce test confirme l’engagement constant de la France dans la posture de dissuasion nucléaire. Dans un contexte européen marqué par des incertitudes liées à la politique américaine, la France se positionne comme un acteur stabilisateur. Les déclarations présidentielles sur un « parapluie nucléaire » alimentent les débats, sans toutefois engendrer de modifications formelles. L’ASMPA-R renforce cette crédibilité sans provoquer d’escalade.

En résumé, ce tir réussi marque une étape majeure dans la modernisation de la dissuasion française. Il conjugue maîtrise technologique et vision stratégique, consolidant la place de l’ASMPA-R comme pilier essentiel de la sécurité nationale.