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Dans un contexte de renforcement de ses capacités d’artillerie face aux tensions frontalières et aux enseignements tirés de conflits récents, l’Armée indienne a lancé un projet interne de modernisation de ses célèbres canons automoteurs Bofors FH-77 de calibre 155 mm. Ce programme vise à remplacer les systèmes de recul et les groupes électrogènes auxiliaires (APU) par des systèmes électriques avancés, renforçant ainsi la fiabilité, l’efficacité énergétique et la disponibilité opérationnelle des pièces d’artillerie dans le cadre de l’initiative Atmanirbhar Bharat (Inde autonome).

Introduit dans les années 1980 à travers un achat controversé de 410 exemplaires, le Bofors FH-77 reste un élément clé de l’artillerie indienne, reconnu pour sa précision et sa puissance de feu, notamment lors de la guerre du Kargil. Toutefois, après plusieurs décennies d’utilisation, ses mécanismes hydrauliques de recul ainsi que ses groupes électrogènes diesel traditionnels montrent des signes de faiblesse, surtout dans des environnements difficiles comme la région du Ladakh en haute altitude ou les déserts arides du Rajasthan. Le projet prévoit donc de remplacer ces systèmes par des moteurs électriques qui permettront une absorption plus douce du recul, avec un cadencement de tir pouvant atteindre six coups par minute, ainsi que des groupes auxiliaires silencieux et alimentés par batterie, éliminant les nuisances sonores et les émissions polluantes. Cette modernisation devrait prolonger la durée de vie des canons de 15 à 20 ans et faciliter leur intégration avec des systèmes de contrôle de tir numériques comme l’Advanced Towed Artillery Gun System (ATAGS), pour une utilisation en réseaux tactiques.

Mené par la Direction de l’Ordnance de l’Armée de Terre, ce programme est développé en interne pour réduire les coûts et accélérer les délais, avec des prototypes attendus pour des essais sur le terrain dès le milieu de l’année 2026. Le système de recul électrique utilisera des servomoteurs à couple élevé capables de gérer le recul du projectile pesant 43 kg, diminuant l’usure des tubes et augmentant leur durée de vie de 2 000 à plus de 3 000 coups. Parallèlement, le nouveau groupe auxiliaire passera à une technologie lithium-ion, offrant jusqu’à huit heures d’alimentation continue pour les systèmes hydrauliques, les capteurs et les équipements de communication, réduisant ainsi les besoins en ravitaillement et améliorant la furtivité face à la surveillance par drones.

La société NT Power System Private Limited, basée à Hyderabad et spécialisée dans les propulsions électriques de qualité militaire et l’électronique de puissance, s’est qualifiée comme offre la plus compétitive (L-1) à l’issue d’un appel d’offres impliquant une douzaine de candidats, dont des acteurs majeurs tels que Bharat Electronics Limited (BEL) et Tata Power SED. L’expertise de l’entreprise dans les motorisations électriques pour véhicules blindés et systèmes sans pilote a été décisive, le contrat engagé étant estimé entre 150 et 200 crores de roupies pour l’intégration initiale sur 200 canons. « Cette modernisation représente une avancée majeure pour nos plateformes historiques », a précisé un officier supérieur de l’Armée de manière anonyme, soulignant la cohérence de ces évolutions avec les leçons tirées de la guerre en Ukraine, notamment sur la mobilité de l’artillerie et la résilience face aux guerres électroniques.

Cette initiative s’appuie sur des améliorations antérieures apportées au Bofors FH-77, notamment l’intégration dans les années 2010 de munitions guidées par GPS et de groupes auxiliaires sud-africains adaptés aux conditions désertiques, qui ont prolongé la pertinence de cet obusier dans les théâtres modernes. Parallèlement au plan de rationalisation de l’artillerie terrestre (Field Artillery Rationalisation Plan – FARP), qui a récemment validé la commande de 307 canons ATAGS pour un montant de 7 000 crores, ce projet illustre une approche pragmatique de l’industrialisation locale. En s’appuyant sur l’innovation du secteur privé, l’Armée indienne entend diminuer ses dépendances étrangères tout en se préparant aux menaces hybrides, telles que les missiles hypersoniques et les essaims pilotés par intelligence artificielle.