Lors d’un séminaire récent axé sur la dynamique des véhicules aériens de combat sans pilote (UCAV), l’Institut indien de technologie de Kanpur (IIT-K) a dévoilé des maquettes à l’échelle de drones furtifs de nouvelle génération. Ces prototypes, conçus autour d’une architecture ailée, s’inspirent directement du programme secret Ghatak du DRDO. Ces modèles ne sont pas de simples objets d’exposition : ils constituent des bancs d’essai essentiels destinés à collecter des données aérodynamiques et de vol afin de développer un système d’autopilote indigène pour le futur UCAV à taille réelle, soulignant ainsi le rôle central de l’IIT-K dans l’écosystème drone autonome de l’Inde.
Ce dévoilement, qui a eu lieu fin octobre 2025 dans un contexte marqué par un intérêt croissant pour la guerre autonome après Aero India, s’inscrit dans le renforcement du portefeuille défense de l’IIT-K. Par l’intermédiaire de sa startup incubée VU Dynamics et ses collaborations directes, l’institut facilite la transition entre les simulations en laboratoire et les technologies opérationnelles, accélérant potentiellement la feuille de route du Ghatak vers son premier vol prévu en 2026.
Les visuels diffusés lors du séminaire montrent deux maquettes posées sur une piste simulée, évoquant l’allure furtive d’un drone prédateur. Ces modèles reproduisent fidèlement le design sans empennage à aile fusionnée, caractéristique des plateformes discrètes :
- Entrées d’air en losange : Deux conduits semi-circulaires au bord d’attaque de l’aile, inclinés pour protéger les compresseurs des interférences radar terrestres, un trait distinctif du démonstrateur SWiFT (Stealth Wing Flying Testbed) dans le cadre du programme Ghatak.
- Canopée intégrée : Une bosse profilée absorbant les ondes radar suggérant des baies pour capteurs électro-optiques ou radar à synthèse d’ouverture (SAR), sans ouvertures vulnérables.
- Échelle 1:10 : Ces maquettes reproduisent la masse estimée de 13 tonnes et l’envergure de 14 mètres de l’UCAV Ghatak, avec des bouts d’aile rabattables prévus pour des opérations embarquées.
Des différences sont visibles sur la partie arrière, indiquant différentes phases d’essais :
- Modèle 1 (blanc à accents bleus) : Finitions blanches brillantes sur les surfaces supérieures pour une furtivité visuelle dans un ciel nuageux, équipé d’une tuyère arrière traditionnelle. Ce modèle semble destiné à mesurer la stabilité de base lors des essais en soufflerie à Mach 0,8.
- Modèle 2 (gris mat avec double tuyère) : Camouflage gris sombre toutes conditions, doté de tuyères vectorielles 2D pivotantes en tangage pour une meilleure maniabilité post-décrochage, prête à déjouer le verrouillage des missiles en zones contestées. Ce modèle pourrait être propulsé par une réplique à échelle du moteur dérivé Kaveri (KDE). Le laboratoire de fluides de l’IIT-K, réputé pour ses simulations hypersoniques, a servi à évaluer l’efficacité de la poussée vectorielle dans ces configurations.
Ces maquettes, fabriquées par impression 3D et matériaux composites dans la National Wind Tunnel Facility (NTWF) de l’IIT-K, ont effectué des centaines d’heures de vols à l’échelle réduite sur la piste de 1,2 km de l’institut. Les données recueillies (réponses en tangage, lacet, roulis via des IMU embarquées) alimentent des algorithmes d’apprentissage automatique développés pour l’autopilote, incluant des capacités d’autonomie en essaim et de navigation sans GPS.
Le cœur du projet réside dans la collaboration entre l’IIT-K et l’Organisation de recherche et développement pour la défense (DRDO) en vue de co-développer l’autopilote neural du Ghatak. Selon un protocole d’accord signé en 2024 et prolongé en mars 2025, le laboratoire Systems Control and Automation de l’IIT-K fournit le socle algorithmique, tandis que l’Aeronautical Development Establishment (ADE) l’intègre aux systèmes avioniques du drone.
Ces maquettes fonctionnent comme des « jumeaux numériques », leurs journaux de vol entraînant des modèles de renforcement pour gérer des situations extrêmes, telles que les turbulences himalayennes ou les brouillages électroniques près de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC).