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Les tensions dans la mer d’Arabie sont restées vives jeudi, suite à la diffusion de données de suivi de vol montrant un C-130J Super Hercules de l’Indian Air Force (IAF), immatriculé KC-3810, décollant de l’aéroport international Jinnah de Karachi (KHI) au Pakistan, avant de s’approcher dangereusement de l’espace aérien pakistanais puis de virer vers le sud-est en pleine mer. Cette anomalie, visible sur des plateformes publiques comme Flightradar24, montrait l’appareil de transport tactique longeant la côte près de la zone contestée de Sir Creek, un point chaud des tensions navales indo-pakistanaises. Était-ce une violation délibérée de l’espace aérien, une opération secrète rendue publique, ou une nouvelle victime des brouillages GPS qui affectent la région ? Alors que les radars pakistanais détectaient en temps réel ce « bogey » en approche, des experts évoquent plutôt un effet secondaire des exercices militaires en cours, notamment des opérations de guerre électronique (EW).

L’incident s’est produit vers 00h27 UTC le 13 novembre (heure locale, tard dans la soirée), le C-130J, dont l’indicatif radio était « DRAGON », ayant transmis une position indiquant un départ depuis Karachi, un important hub pakistanais situé à environ 400 km à l’ouest de son point de départ réel à la base aérienne de Bhuj (VUAJ) dans l’État du Gujarat, en Inde.

À 25 000 pieds d’altitude et à une vitesse de croisière de 322 nœuds, la trajectoire de l’appareil flirtait avec les défenses côtières de Karachi avant de bifurquer brutalement vers le sud-est, en direction de la mer d’Arabie, évitant ainsi une incursion plus profonde. Aucune destination officielle n’a été communiquée, alimentant les spéculations quant à un vol d’entraînement, un exercice de forces spéciales ou un entraînement à la réaction rapide – des missions typiques du C-130J, reconnu pour sa polyvalence dans les insertions secrètes et les ponts aériens stratégiques.

Au sol et dans les airs, les radars de la Pakistan Air Force (PAF) auraient offert une image tout autre, dénuée de tout dysfonctionnement lié aux transpondeurs civils. Selon les moyens de suivi militaires, le trajet réel de l’avion indiquait clairement un départ depuis le territoire indien et une reconnaissance de la frontière maritime, une manœuvre courante durant les exercices intenses tels que l’actuel exercice tri-services Trishul mené par l’Inde dans le secteur ouest.

Cet épisode ne relève pas d’une simple démonstration de force isolée. Quelques jours plus tôt, les zones de tir de la marine pakistanaise dans le nord de la mer d’Arabie se sont retrouvées en chevauchement avec des patrouilles indiennes, provoquant des avertissements NAVAREA et des NOTAM réciproques émis par New Delhi. Au cœur de ces incidents : le brouillage GPS (spoofing). La Direction générale de l’aviation civile indienne (DGCA) a publié cette semaine des consignes strictes obligeant pilotes et contrôleurs aériens à signaler toute anomalie dans les 10 minutes, en réponse à plus de 800 perturbations recensées rien qu’à Delhi la semaine passée, et 450 sur l’ensemble du territoire depuis octobre. Les analystes aéronautiques privilégient le spoofing comme explication à ce faux départ apparent de Karachi. Ces signaux malveillants, qui imitent les pings satellites, désorientent les systèmes à bord et peuvent fausser les transmissions ADS-B pour positionner un appareil à plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres de sa position réelle.

« C’est un cas classique : le transpondeur se connecte à des coordonnées spoofées près de la frontière et prend Karachi comme hub le plus proche », explique un spécialiste en suivi open source (OSINT). Les avis divergent toutefois, certains évoquant un simple dysfonctionnement du transpondeur, provoqué par les modes intermittents utilisés par les avions militaires pour échapper au suivi, ce qui pousse les logiciels à « deviner » à tort l’origine du vol.