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La ministre française de la Défense, Catherine Vautrin, a récemment affirmé qu’à l’heure actuelle, l’Allemagne n’a pas la capacité de développer de manière autonome un avion de combat. Cette déclaration intervient dans le contexte du projet européen du Système Aérien de Combat du Futur (SCAF), qui vise à concevoir un appareil de nouvelle génération pour remplacer les chasseurs actuels.

Lors d’une interview accordée à Europe 1, elle a expliqué que le SCAF se compose de deux éléments principaux : un avion de combat, parfois désigné comme « porteur », et une « cloud de combat », un système intégré de données et d’interconnexion.

Les discussions avec l’Allemagne portent principalement sur l’appareil lui-même et ses spécifications. La France a formulé trois grandes exigences : une capacité opérationnelle efficace d’ici 2040, un poids limité afin de permettre un déploiement depuis des porte-avions, ainsi qu’une exportabilité du matériel envisagée à l’international.

Vautrin a souligné que l’Allemagne manque d’expérience suffisante pour construire de façon autonome un avion de combat, rappelant qu’après la Seconde Guerre mondiale, le pays a participé uniquement à des projets conjoints, tels que le Tornado ou l’Eurofighter, sans jamais mener un programme entièrement national. La question demeure donc de savoir si l’Allemagne dispose des capacités techniques et industrielles requises pour aller plus loin.

Le projet SCAF est actuellement au point mort, en grande partie à cause des divergences entre Dassault Aviation et Airbus Defence and Space sur la répartition des tâches, en particulier la volonté de Dassault d’assumer la majeure partie de la création de valeur du NGF (New Generation Fighter).

Une phase clé de développement, prévue pour 2026, est ainsi retardée. Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a toutefois récemment indiqué à plusieurs reprises que ces désaccords devraient être réglés avant la fin de l’année.

La nouvelle ministre française, encore peu familière avec le dossier, a aussi évoqué la question cruciale du nouveau moteur destiné au NGF, lié étroitement à la souveraineté industrielle. Elle a insisté sur la complexité et la rigueur du sujet, sans toutefois préciser davantage.

Selon les analyses d’experts, aucun compromis n’a encore été trouvé entre Paris et Berlin sur l’architecture finale du SCAF et du NGF. La France insiste sur la nécessité d’un appareil léger capable d’être embarqué sur porte-avions et en service dès 2040, probablement dans le cadre de la dissuasion nucléaire. En revanche, l’Allemagne, en lien avec sa géographie et ses missions de l’OTAN, réclame un chasseur capable d’opérer sur de longues distances sans ravitaillement, intégrant davantage de carburant et des moteurs plus puissants.

Or, comme le moteur dépend directement du design de l’avion, la phase 2 du SCAF ne peut progresser sans une définition claire et partagée des paramètres finaux. Les principaux industriels du moteur, Safran Aircraft Engines (France) et MTU Aero Engines (Allemagne), collaborent de manière plus efficace que ne le font actuellement Airbus et Dassault.

Lars Hoffmann