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Dans un renforcement significatif de la dissuasion maritime de Manille, le Corps des Marines philippins a dévoilé publiquement sa première batterie opérationnelle de missiles BrahMos terrestre lors d’une cérémonie tenue le 10 novembre 2025, à l’occasion du 75e anniversaire de cette force amphibie élite. Ce déploiement, illustré par des images officielles diffusées par les Forces armées des Philippines (AFP), a fait l’objet d’analyses détaillées par Janes, qui identifie le système comme une variante d’exportation du missile de croisière supersonique BrahMos Block I.

La batterie comprend quatre lanceurs montés sur camion, équipés chacun de deux missiles prêts à être tirés, totalisant huit missiles disponibles. Elle a été présentée dans une base avancée de la province de Zambales, position stratégique dominant l’archipel contesté des récifs de Scarborough. D’une valeur de 18,2 milliards de PHP (environ 320 millions de dollars), cette acquisition s’inscrit dans le cadre du programme de modernisation Horizon 2. Signée en janvier 2022 auprès de BrahMos Aerospace – coentreprise indienne de DRDO et russe NPO Mashinostroyeniya – la livraison a débuté en avril 2025 après une formation intensive sur le site d’essais intégré en Inde.

Le président philippin Ferdinand Marcos Jr. a salué ce développement comme un « changement de donne pour une défense crédible ». L’analyse OSINT de Janes souligne la sophistication de ce système de base, conçu spécifiquement pour l’exportation, conforme aux contraintes du Missile Technology Control Regime (MTCR).

Le BrahMos Block I constitue la version initiale du missile de croisière supersonique opérationnel le plus rapide au monde, intégré à l’origine en 2005 à la Marine indienne comme arme anti-navire terrestre et embarquée. Optimisé pour des frappes littorales et en haute mer, il combine l’héritage du statoréacteur russe avec la précision de guidage indienne, atteignant des vitesses Mach 2,8 à 3,0, ce qui le rend quasiment impossible à intercepter par les défenses aériennes traditionnelles. Pour la variante destinée aux Philippines, dénommée BrahMos-ER (Extended Range) mais visuellement conforme au Block I selon Janes, la portée est plafonnée à 290 km pour respecter les règles du MTCR, même si des améliorations indigènes laissent présager des extensions futures.

Caractéristiques clés du Block I, selon les spécifications du DRDO et validées par des essais internationaux :

  • Propulsion et performance : Le missile utilise une architecture à deux étages : un propulseur initial à propergol solide qui accélère le missile à Mach 2 en quelques secondes, suivi d’un statoréacteur à carburant liquide pour maintenir la vitesse supersonique. Cette motorisation hybride offre une portée de 290 km, un poids au lancement de 3 tonnes et une longueur de 8,4 mètres pour un diamètre de 60 cm. Le missile évolue en skimming à seulement 10 mètres d’altitude, ce qui lui permet d’éviter les radars et d’échapper aux contre-mesures comme les YJ-12 chinois en Mer de Chine occidentale.
  • Discrétion et maniabilité : Conçu pour la faible observabilité, le Block I dispose d’une surface radar réduite grâce à l’emploi de matériaux absorbants et à une forme profilée, ce qui complique sa détection par des systèmes tels que le HQ-9. Son mode « tir et oublie » permet des corrections en vol via un système de navigation inertielle fusionnée avec le GPS, et une acquisition terminale assurée par un radar actif capable de verrouiller des cibles navales à 20-40 km avec une précision inférieure à 1 mètre en erreur circulaire probable (CEP). Sa haute maniabilité, avec des virages jusqu’à 2 g, lui permet d’esquiver les systèmes de défense rapprochée, une capacité démontrée lors de l’opération Sindoor en 2025 contre des ressources pakistanaises.
  • Polyvalence et intégration : Le lanceur modulaire du Block I, adapté aux configurations terrestres, navales ou sous-marines, correspond parfaitement à l’organisation en batteries côtières souhaitée par les Philippines. Les tubes de lancement verticaux à froid permettent des salves rapides, jusqu’à quatre missiles en 10 secondes. Il s’intègre aux réseaux C4ISR des Forces armées philippines, incluant le Link-16 fourni par les États-Unis, exploitant des données de repérage issues de drones ScanEagle ou de chasseurs FA-50. Pour l’export, les capteurs ont été dégradés pour limiter le transfert technologique, mais la létalité reste intacte : une batterie peut saturer une flotte de destroyers chinois de type 052D selon des simulations du CSIS.

Janes, après une analyse des images d’anniversaire montrant les ailerons ventraux du missile et le carénage du propulseur, exclut la présence des versions avancées Block II/III ou des éléments hypersoniques du BrahMos-ER, confirmant ainsi que Manille a reçu la version Block I économique – parfaitement alignée sur les contraintes budgétaires du programme Horizon 3.