Les tensions internationales se cristallisent autour de plusieurs enjeux majeurs, entre rivalités géopolitiques, accords commerciaux et défis environnementaux. Des manœuvres militaires à Moscou aux négociations sino-américaines, en passant par la crise hydrique en Iran, chaque zone de conflit illustre la complexité des rapports de force actuels.
Russie
Le 5 novembre, quelques jours après que le président américain Donald Trump ait évoqué la possibilité d’une reprise des essais nucléaires par les États-Unis, le président russe Vladimir Poutine a demandé au Conseil de sécurité national de préparer des propositions pour que la Russie relance également ces tests. La dimension publique de cette annonce paraît destinée avant tout à adresser un avertissement à Washington : Moscou est prêt à une escalade nucléaire si les États-Unis poursuivent dans cette voie. De même, les récents essais réussis en Russie du missile Burevestnik propulsé par un réacteur nucléaire et du torpille sous-marine Poseidon étaient clairement un message à destination de la Maison-Blanche. Par ailleurs, les dirigeants russes considèrent de plus en plus que l’arme nucléaire ne se limite pas à la dissuasion ou à la pression psychologique, mais pourrait devenir un instrument opérationnel sur le champ de bataille.
Par ailleurs, des rumeurs ont circulé dans les médias occidentaux sur l’absence du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à une réunion du Conseil de sécurité russe, suggérant une possible disgrâce. Ces spéculations ont été rapidement démenties officiellement, suivies par une réapparition de Lavrov dans une interview détaillée accordée à l’agence RIA Novosti.
Sur le terrain en Ukraine, les forces russes accentuent leurs efforts pour prendre la ville assiégée de Pokrovsk. Profitant des conditions météorologiques défavorables, notamment le brouillard qui entrave la reconnaissance par drones ukrainiens, les troupes russes progressent dans la ville. Bien que la prise de Pokrovsk ne constitue pas une victoire stratégique majeure en soi, elle leur permettrait de concentrer leurs moyens pour tenter de s’emparer des villes de Slovyansk et Kramatorsk, derniers grands bastions ukrainiens dans la région de Donetsk.
Chine
À l’occasion du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique en Corée du Sud, Donald Trump et le président chinois Xi Jinping se sont rencontrés en personne le 30 octobre à Busan, un premier face-à-face depuis le début du second mandat de Trump. Ils ont conclu un accord commercial d’une durée d’un an : les États-Unis réduiront de 20 % à 10 % les tarifs douaniers sur les précurseurs du fentanyl importés de Chine et suspendront l’élargissement des contrôles à l’exportation visant les entreprises chinoises. En contrepartie, la Chine assouplira ses restrictions sur les exportations de terres rares et supprimera certains droits de douane sur les produits agricoles américains. Trump prévoit une visite en Chine en avril, qui pourrait permettre de transformer cette trêve commerciale en un accord plus substantiel. Les spécialistes en politique étrangère divergent cependant sur le bilan de cette négociation, certains estimant que Washington a gagné du terrain, d’autres pointant un avantage pour Pékin.
Par ailleurs, Pékin a vivement réagi aux propos de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi, qui avait laissé entendre que le Japon pourrait intervenir militairement en cas d’attaque chinoise contre Taïwan. Cette déclaration a donné lieu à des protestations officielles des deux pays. Un diplomate chinois a tenu des propos si virulents qu’ils ont été perçus au Japon comme une menace directe à l’encontre de Takaichi. En revanche, l’accord conclu entre Trump et Séoul pour transférer une technologie visant à développer des sous-marins nucléaires sud-coréens n’a pour l’instant pas suscité de réaction publique marquée de la part de la Chine.
Corée du Nord
La Corée du Nord a multiplié les démonstrations de force ces dernières semaines. Le 1er novembre, son armée a tiré dix obus d’artillerie alors que le président sud-coréen Lee Jae-myung rencontrait Xi Jinping pour un sommet. Le 3 novembre, le régime a reproduit une salve de dix obus tirés sur la mer Jaune depuis un lance-roquettes multiples, alors que le secrétaire à la Défense américain Pete Hegseth et le ministre sud-coréen de la Défense Ahn Gyu-back discutaient dans la zone démilitarisée.
Selon les renseignements sud-coréens, la Corée du Nord serait prête à effectuer un septième essai nucléaire grâce à un tunnel situé sur le site nucléaire de Punggye-ri, si Kim Jong Un en donne l’ordre.
Sur le plan diplomatique, la Corée du Nord renforce ses liens institutionnels avec la Russie. Un sommet politico-militaire et une commission économique conjointe se sont déroulés à Pyongyang, tandis que la ministre nord-coréenne des Affaires étrangères Choe Son-hui a rencontré Vladimir Poutine le 27 octobre.
Iran
L’Iran traverse une période critique. Alors que le régime tente de se relever des conflits récents et de se préparer au retour des sanctions économiques imposées par l’ONU, le pays fait face à une sécheresse historique. Six années consécutives de précipitations en dessous de la moyenne ont vidé les principaux réservoirs d’eau, incapables de satisfaire une demande croissante, notamment dans les grandes villes comme Téhéran et Mashhad. Le président iranien Masoud Pezeshkian a récemment averti que la situation est si grave que l’évacuation de la capitale pourrait devenir nécessaire.
Les autorités cherchent à gagner du temps en réduisant la pression de l’eau et en instaurant des coupures intermittentes dans certaines zones urbaines, tout en évoquant publiquement la perspective d’un rationnement sévère. Si la sécheresse et les épisodes de canicule aggravent la situation, une mauvaise gestion des ressources hydriques et des infrastructures obsolètes pèsent également lourd, malgré les alertes lancées par les experts depuis plusieurs années.
À un moment où l’économie iranienne est en difficulté, avec le retour des sanctions internationales et une jeunesse de plus en plus critique face aux politiques conservatrices du régime, la crise de l’eau s’ajoute aux tensions sociales. Les précédentes pénuries d’eau et rationnements ont déjà provoqué des manifestations, et le gouvernement redoute que la conjoncture actuelle ne déclenche une nouvelle vague de troubles, voire de contestation majeure.
Groupes jihadistes
Le 10 novembre, Ahmed al-Sharaa, président de la transition syrienne, a rencontré Donald Trump à la Maison-Blanche afin d’officialiser l’adhésion de la Syrie à la coalition internationale dirigée par les États-Unis contre l’État islamique. Ce rapprochement marque une évolution majeure : la transformation d’anciens jihadistes en partenaires actifs dans la lutte contre le terrorisme, qui s’opposent désormais à leurs anciens alliés.
Officiellement, Hayat Tahrir al-Sham, dont al-Sharaa était membre et qui s’était détaché d’al-Qaïda en 2016, collabore avec les États-Unis dans la lutte contre l’État islamique et al-Qaïda depuis plusieurs années. Le groupe a mené 77 opérations contre les cellules de l’État islamique dans son fief du nord-ouest syrien depuis 2017. Depuis que al-Sharaa a pris la tête du gouvernement syrien en décembre 2024, huit opérations conjointes avec les États-Unis ont été conduites contre Daech. Symbole de cette coopération, al-Sharaa a même participé à une partie de basket avec des militaires américains lors de sa visite à Washington.