La quête de l’Inde pour développer une capacité autonome de suppression des défenses aériennes adverses (SEAD) progresse, même si la mise en service opérationnelle complète du missile RudraM-III, un missile anti-radar air-sol longue portée de nouvelle génération, est encore à près de trois ans. Conçu principalement pour l’avion de chasse lourd Su-30MKI, ce missile hypersonique devrait permettre de neutraliser avec précision les réseaux radar ennemis à une distance de 550 à 600 km. Sa tête militaire modulaire s’adapte à différents types de cibles au sol, des bunkers aux lanceurs mobiles.
Le Defence Research and Development Organisation (DRDO), en collaboration avec Hindustan Aeronautics Limited (HAL), a réalisé des avancées constantes depuis 2023, avec la mise au point et l’industrialisation de plusieurs sous-systèmes clés, notamment le chercheur radar passif et le moteur-fusée à propergol solide. Cependant, des étapes cruciales restent à franchir, notamment les essais de tir en conditions réelles. Un responsable de l’Indian Air Force (IAF) a indiqué que si les essais de portage et de largage sur un Su-30MKI modifié sont achevés avec succès, le système d’armes est « encore à plusieurs années de son induction et d’une production à grande échelle ». Les tirs réels, prévus prochainement dans une configuration quasi-définitive, permettront de valider la performance globale, avant les essais utilisateurs qui devraient débuter à la mi-2026.
« Le RudraM-III constitue un bond en avant majeur dans notre arsenal SEAD, combinant une capacité de poursuite anti-radar avec une polyvalence multi-rôle, » a précisé ce responsable, soulignant la capacité du missile à changer de tête militaire — fragmentation pour les cibles souples ou pénétrante pour les structures fortifiées — sans compromettre son architecture. Cette flexibilité, associée à des modes « lock-on-before-launch » (LOBL) et « lock-on-after-launch » (LOAL), offre aux pilotes de Su-30MKI la capacité d’engager des émetteurs mobiles en plein vol, même dans un environnement de guerre électronique contesté.
Le développement a connu une accélération après la validation des sous-systèmes en 2023, avec des essais clés de largage réalisés en août 2025 à partir d’un Su-30MKI dédié au test, basé à Pokhran. Ces démonstrations ont confirmé une intégration parfaite du missile aux points d’attache sous les ailes, avec une séparation stable à des vitesses allant jusqu’à Mach 1,2 et à plus de 10 km d’altitude. Les essais au sol ont révélé que le propulseur à deux étages conférait une vitesse terminale de Mach 5, rendant l’interception extrêmement difficile. Selon les rapports, neutraliser un RudraM-III entrant pourrait nécessiter jusqu’à quatre missiles sol-air ennemis, en raison des manœuvres d’évitement et des revêtements à faible signature radar du missile.
Quelques défis demeurent, notamment l’affinage de la sensibilité du chercheur face à des impulsions radar intermittentes et la modularité de la charge militaire sous les contraintes hypersoniques. L’IAF, souhaitant accélérer le calendrier, prévoit d’équiper aussi les Tejas Mk1A et Jaguar DARIN-III d’ici 2029 afin d’amplifier la capacité SEAD sur l’ensemble de la flotte. Actuellement, avec un taux de réussite estimé à 90 % en simulation, le RudraM-III s’affirme comme un véritable facteur de rupture, dépassant en portée et autonomie les missiles anti-radar AGM-88 HARM utilisés jusqu’ici.
| Phase de développement | État | Calendrier |
|---|---|---|
| Réalisation des sous-systèmes | Terminée (2023) | Composants clés prêts à la production (chercheur, moteur) |
| Essais de portage captif | Terminés | Intégration stable sur Su-30MKI |
| Essais de largage | Terminés (août 2025) | Séparation réussie depuis le banc d’essai modifié |
| Essais de tir réel | Imminents (configuration proche de la production) | Validation du profil complet de vol ; prévu T4 2025 |
| Essais utilisateurs et certification | À venir | Prévue mi-2026 |
| Induction et production | À 3 ans | Mise en service opérationnel prévue en 2028 |