Article de 657 mots ⏱️ 3 min de lecture

La quête de l’Inde pour développer une capacité autonome de suppression des défenses aériennes adverses (SEAD) progresse, même si la mise en service opérationnelle complète du missile RudraM-III, un missile anti-radar air-sol longue portée de nouvelle génération, est encore à près de trois ans. Conçu principalement pour l’avion de chasse lourd Su-30MKI, ce missile hypersonique devrait permettre de neutraliser avec précision les réseaux radar ennemis à une distance de 550 à 600 km. Sa tête militaire modulaire s’adapte à différents types de cibles au sol, des bunkers aux lanceurs mobiles.

Le Defence Research and Development Organisation (DRDO), en collaboration avec Hindustan Aeronautics Limited (HAL), a réalisé des avancées constantes depuis 2023, avec la mise au point et l’industrialisation de plusieurs sous-systèmes clés, notamment le chercheur radar passif et le moteur-fusée à propergol solide. Cependant, des étapes cruciales restent à franchir, notamment les essais de tir en conditions réelles. Un responsable de l’Indian Air Force (IAF) a indiqué que si les essais de portage et de largage sur un Su-30MKI modifié sont achevés avec succès, le système d’armes est « encore à plusieurs années de son induction et d’une production à grande échelle ». Les tirs réels, prévus prochainement dans une configuration quasi-définitive, permettront de valider la performance globale, avant les essais utilisateurs qui devraient débuter à la mi-2026.

« Le RudraM-III constitue un bond en avant majeur dans notre arsenal SEAD, combinant une capacité de poursuite anti-radar avec une polyvalence multi-rôle, » a précisé ce responsable, soulignant la capacité du missile à changer de tête militaire — fragmentation pour les cibles souples ou pénétrante pour les structures fortifiées — sans compromettre son architecture. Cette flexibilité, associée à des modes « lock-on-before-launch » (LOBL) et « lock-on-after-launch » (LOAL), offre aux pilotes de Su-30MKI la capacité d’engager des émetteurs mobiles en plein vol, même dans un environnement de guerre électronique contesté.

Le développement a connu une accélération après la validation des sous-systèmes en 2023, avec des essais clés de largage réalisés en août 2025 à partir d’un Su-30MKI dédié au test, basé à Pokhran. Ces démonstrations ont confirmé une intégration parfaite du missile aux points d’attache sous les ailes, avec une séparation stable à des vitesses allant jusqu’à Mach 1,2 et à plus de 10 km d’altitude. Les essais au sol ont révélé que le propulseur à deux étages conférait une vitesse terminale de Mach 5, rendant l’interception extrêmement difficile. Selon les rapports, neutraliser un RudraM-III entrant pourrait nécessiter jusqu’à quatre missiles sol-air ennemis, en raison des manœuvres d’évitement et des revêtements à faible signature radar du missile.

Quelques défis demeurent, notamment l’affinage de la sensibilité du chercheur face à des impulsions radar intermittentes et la modularité de la charge militaire sous les contraintes hypersoniques. L’IAF, souhaitant accélérer le calendrier, prévoit d’équiper aussi les Tejas Mk1A et Jaguar DARIN-III d’ici 2029 afin d’amplifier la capacité SEAD sur l’ensemble de la flotte. Actuellement, avec un taux de réussite estimé à 90 % en simulation, le RudraM-III s’affirme comme un véritable facteur de rupture, dépassant en portée et autonomie les missiles anti-radar AGM-88 HARM utilisés jusqu’ici.

Phase de développement État Calendrier
Réalisation des sous-systèmes Terminée (2023) Composants clés prêts à la production (chercheur, moteur)
Essais de portage captif Terminés Intégration stable sur Su-30MKI
Essais de largage Terminés (août 2025) Séparation réussie depuis le banc d’essai modifié
Essais de tir réel Imminents (configuration proche de la production) Validation du profil complet de vol ; prévu T4 2025
Essais utilisateurs et certification À venir Prévue mi-2026
Induction et production À 3 ans Mise en service opérationnel prévue en 2028