Dans une démarche proactive visant à renforcer la puissance de feu blindée de l’Inde grâce à des munitions de précision indigènes, la Defence Research and Development Organisation (DRDO) a lancé le développement préliminaire d’une version réduite de 105 mm de son missile antichar SAMHO (Semi-Active Mission Homing) lancé depuis le canon d’un char. Porté par l’Armament Research and Development Establishment (ARDE), ce projet vise la compatibilité avec des canons rayés de calibre plus léger, faisant du missile un atout majeur pour des plateformes émergentes comme le char léger Zorawar et le programme Future Ready Combat Vehicle (FRCV).
Le missile antichar SAMHO, conçu dans le cadre du Cannon Launched Missile Development Programme (CLMDP), constitue une pierre angulaire de la volonté de la DRDO d’assurer une autonomie en capacités anti-blindage. Initialement prévu pour le canon rayé de 120 mm du char principal de combat Arjun, il utilise une poursuite semi-active au laser avec des trajectoires d’attaque par le dessus. Ce missile est équipé de charges creuses tandem capables de neutraliser les blindages réactifs explosifs (ERA) sur les chars modernes, tout en pouvant engager des hélicoptères volant à basse altitude à des distances dépassant 5 kilomètres. Sa dernière étape majeure a été franchie en 2023 avec des essais tirés réussis sur des prototypes Arjun Mk1, obtenant ainsi l’autorisation de production pour une intégration dans la flotte de l’armée indienne. Toutefois, des retards persistants liés, entre autres, à la fermeture de la ligne d’assemblage des moteurs MTU allemands ont ralenti les livraisons du modèle Arjun Mk1A et suspendu les commandes du SAMHO 120 mm, malgré son efficacité démontrée.
Malgré ces obstacles, des sources de la DRDO ont révélé que l’organisation a discrètement entamé les premières étapes de développement d’une adaptation en calibre 105 mm, et ce sans demande formelle de l’armée indienne. « Les besoins sont bien identifiés, mais aucun mandat officiel ne nous a encore été donné », a précisé un initié. « Nous avons commencé à travailler sur cette version pour réduire le diamètre du missile afin qu’il puisse être tiré depuis un canon rayé de 105 mm, similaire à celui de l’Arjun MBT. » Cette recherche et développement anticipative se concentre sur la réduction de la taille du missile tout en conservant ses systèmes centraux de guidage et de propulsion, garantissant un lancement efficace depuis des canons rayés à haute pression, sans perte notable de vitesse ou de précision.
Cette initiative s’inscrit pleinement dans le cadre du programme du char léger Zorawar, fruit d’une collaboration entre la DRDO et Larsen & Toubro (L&T), visant à déployer des plateformes mobiles de 25 à 30 tonnes pour des opérations en haute altitude le long de la Ligne de Contrôle Réel (LAC) au Ladakh. Les récents prototypes embarquent un canon rayé indigène de 105 mm, remplaçant le précédent canon belge Cockerill 3105, capable de tirer des munitions avancées telles que des obus perforants APFSDS et des obus explosifs à haute énergie HESH. L’intégration du missile SAMHO en version 105 mm augmenterait significativement la capacité de frappe au-delà de la ligne de vue directe (BLOS) du Zorawar, lui permettant de détruire des blindages lourds depuis des positions dissimulées en terrain montagneux. Comme rapporté précédemment, la DRDO affine activement le GLATGM (Gun-Launched Anti-Tank Guided Missile) pour ce calibre, s’appuyant sur l’expérience du SAMHO pour répondre à l’exigence de l’armée pour des chars légers équipés de missiles antichar.
Dans une perspective plus large, cette version pourrait également jouer un rôle clé dans le programme FRCV, une initiative plurimilliardaire de l’armée indienne destinée à remplacer ses chars principaux vieillissants, les T-72 et T-90. Si certains candidats comme l’Arjun Mk2 privilégient le calibre 120 mm, des concepts exploratoires pourraient intégrer des canons plus légers de 105 mm, offrant une meilleure mobilité et un attrait renforcé pour l’exportation. Une déclinaison du SAMHO fournirait ainsi aux prototypes du FRCV une puissance antichar polyvalente et économique, tout en favorisant l’homogénéisation des équipements de l’Armée et la simplification des chaînes logistiques. « Il ne s’agit pas simplement d’adapter un missile, mais de bâtir un écosystème modulaire pour les forces blindées du futur », a souligné un analyste de la défense, insistant sur le fait que ce développement s’inscrit dans la dynamique d’indigénisation portée par l’initiative Atmanirbhar Bharat.