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Bharat Electronics Limited (BEL), intégrateur principal du projet Kusha piloté par le DRDO, a confirmé le développement de trois variantes de radars distinctes accompagnées de deux centres spécialisés de commandement et de communication, marquant une avancée majeure dans l’architecture de défense aérienne indigène de l’Inde.

Les responsables de BEL ont présenté les grandes lignes de ce Système de Défense Aérienne à Portée Étendue (ERADS), estimé à plus de 40 000 crore de roupies pour équiper huit escadrons de l’Indian Air Force (IAF). Ce système assurera une interopérabilité fluide et modulaire avec les systèmes existants tels que Akash, MR-SAM (Barak-8) et le russe S-400. Alors que la fabrication des prototypes s’accélère en vue de tests prévus pour 2026, le projet Kusha se profile non seulement comme un successeur du S-400, mais aussi comme une infrastructure réseau capable de contrer drones, avions furtifs, armes hypersoniques et menaces balistiques sur un champ de bataille à 360 degrés.

Lancé en 2022 avec un budget initial de 21 700 crore approuvé par le Cabinet Committee on Security (CCS), Kusha comble des lacunes cruciales dans la couverture des missiles sol-air (SAM) de moyenne à longue portée, avec une capacité d’interception tactique jusqu’à 150 km et des engagements stratégiques allant jusqu’à 400 km. Le rôle de BEL, qui inclut la production des radars et l’intégration des sous-systèmes, lui assure une part majeure de la commande globale estimée à 40 000 crore pour l’IAF. Des variantes navales sont également envisagées dans le cadre du projet des destroyers Project 18. « Cette conception à architecture ouverte garantit que Kusha s’intègre facilement au sein de notre réseau multicouche, renforçant sans remplacer les systèmes existants », a déclaré un cadre de BEL, mettant en avant l’utilisation de modules à nitrure de gallium (GaN) pour des contre-mesures électroniques robustes dans des environnements électromagnétiques contestés.

Au cœur des capteurs du projet Kusha figurent trois radars, chacun conçu pour une détection et un suivi en couches, comme cela avait déjà été évoqué et que BEL vient désormais de formaliser :

  • Long-Range Battle Management Radar (LRBMR) : Ce radar S-bande est le dispositif de surveillance à longue portée, avec une capacité de détection dépassant 500 km, extensible à 600 km contre les menaces furtives comme les avions invisibles aux radars ou les munitions guidées de précision. Équipé de la formation numérique de faisceau (Digital Beam Forming) pour une agilité multi-faisceau et de modules émetteurs-récepteurs basés sur le GaN, il assure l’alerte précoce et le guidage des intercepteurs, opérant en fréquences L et S pour une pénétration tous temps. BEL accélère l’assemblage des prototypes avec des essais sur le terrain initialement prévus fin 2025.
  • Multi-Function Fire Control Radar (MFCR) : Véritable « cerveau » pour la conduite de tir terminale, ce radar X-bande haute précision assure le suivi des cibles jusqu’à 250-350 km, selon leur section radar. Il éclaire la trajectoire pour jusqu’à 72 missiles simultanément en mode salve. Comparable aux systèmes 92N6E du S-400 ou Arrow israélien, le MFCR gère les mises à jour en temps réel, les corrections en vol et propose une probabilité de tir réussi supérieure à 80 %. Selon des sources, il coordonne les intercepteurs M1/M2/M3, avec une technologie AESA Uttam pour la miniaturisation.
  • Radar sur mât (variante non divulguée) : Ce capteur tactique déployable sur mât télescopique ou véhicules tout-terrain haute mobilité se focalise sur la détection à basse altitude, ciblant drones, missiles de croisière et menaces au ras du sol à une portée de 80-120 km. Les détails restent confidentiels, mais BEL indique une opération en bande Ku pour une résolution capable de traverser la végétation, garantissant une couverture sans faille dans les zones urbaines ou frontalières. La fabrication est prévue pour le premier trimestre 2026, remplaçant les capteurs bas-niveau hérités comme le radar Ashwini.

En complément de la triade radar, deux centres de commandement et communication ont été conçus pour assurer redondance et mobilité en opérations dynamiques :

  • Centre principal de Commandement et Contrôle (C2) : Installé dans une remorque renforcée, ce poste fusionne les informations provenant du LRBMR et du MFCR, priorise les menaces grâce à des algorithmes d’intelligence artificielle, et diffuse les ordres d’interception. Intégré au système intégré de commandement et contrôle aérien de l’IAF (IACCS), il permet un déclenchement coordonné des tirs interarmées via des liaisons à fibre optique à faible latence, sous les 100 ms.
  • Centre mobile de relais et communication : Ce nœud déployable rapidement sur véhicule relaie les données cryptées entre lanceurs, capteurs et moyens externes tels que AWACS ou satellites. Il utilise des radios définies par logiciel (SDR) pour une grande souplesse spectrale, garantissant le fonctionnement en environnements privés de GNSS ou soumis à brouillage. Le design de BEL met l’accent sur une modularité « hot-swappable » permettant une modernisation aisée avec des communications quantiques sécurisées d’ici 2030.

L’architecture ouverte du projet Kusha, conforme aux interfaces STANAG, vise à créer un « système de systèmes » interopérable. Cette infrastructure s’intègre avec l’Akash-NG pour une défense de point terminale (portée jusqu’à 80 km), le MR-SAM pour un couvert côtier intermédiaire, et le S-400 pour la défense antimissile à très longue portée. Kusha, via ses intercepteurs M3 d’une portée de 350-400 km, transfère les données de suivi aux missiles 40N6 russes. Cette interopérabilité, validée lors d’exercices de guerre en 2025, améliorerait l’efficacité du réseau global de 40 %, réduisant les points de défaillance uniques en contexte d’escalade le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC).

Des adaptations maritimes, utilisant la technologie Phase II de la défense antimissile balistique (BMD), équiperont les futures frégates afin de contrer les missiles anti-porte-avions chinois DF-21D. Les variantes M2 atteindraient Mach 5,5 grâce à des moteurs dual-pulse.