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Ancien militaire ayant servi 20 ans dans l’armée, je célèbre aujourd’hui ma première journée des anciens combattants depuis que j’ai rejoint l’an dernier l’équipe de War on the Rocks, un média dédié à la guerre, la diplomatie, la stratégie militaire, la politique de défense et les affaires étrangères. Dans ce contexte, l’usage (ou la menace) de la force comme instrument de la politique, et par extension ceux qui la manient, occupent une place centrale dans nos publications. Nous bénéficions grandement des perspectives de ceux qui ont servi ou servent encore sous l’uniforme.

Cependant, cette journée des anciens combattants résonne différemment cette année. Le pays traverse une montée des divisions partisanes et de la défiance, y compris au sein des forces armées. Tant les militaires en service actif que les réservistes ont été sollicités pour des missions de maintien de l’ordre dans plusieurs grandes villes à travers les États-Unis.

Il est tentant de rejeter la faute sur la politique ou sur les civils « qui ne comprennent pas ». Mais la responsabilité de reconstruire la confiance ne leur incombe pas uniquement. Les anciens combattants ont un rôle essentiel à jouer, non pas seulement comme symboles du service, mais en tant que citoyens capables de créer des ponts entre ceux qui servent et ceux qui sont servis.

Aller au-delà du simple remerciement

Personnellement, je n’aime pas être simplement remercié pour mon service. Beaucoup partagent ce sentiment. Bien que la gratitude soit naturelle, il est souvent maladroit de se retrouver à la réception de ce « merci pour votre service », quasi-inévitable dès que je révèle mon passé militaire. Même si cela me dérange un peu, je finis par m’y habituer, ce qui me déplaît également car cela peut sentir un certain droit. En somme, je ressens une ambivalence à ce sujet.

Je ne réponds jamais « de rien ». Ce serait étrange. Servir dans l’armée n’est pas comparable à une simple courtoisie ordinaire. En général, je préfère répondre par un « merci pour votre soutien ».

Ces échanges routiniers en disent long sur les liens civils-militaires actuels : la plupart des Américains respectent leurs forces armées, mais en sont très éloignés. La part de la population américaine ainsi que celle des membres du Congrès ayant une expérience militaire décline régulièrement depuis des décennies. L’institution militaire est à la fois isolée par une culture et un langage très spécialisés et assujettie au principe fondamental de la suprématie du pouvoir civil.

Il existe de meilleures façons d’exprimer sa reconnaissance à un ancien combattant. Poser des questions ouvertes, comme pourquoi il a choisi sa branche d’armée ou ce qui lui manque le plus du service, favorise le dialogue. Cela ouvre la porte à des échanges plus profonds et plus riches. Ce sont des approches que j’utilise souvent lorsque j’interagis avec d’autres vétérans, notamment sur Soldier Pulse, et que chacun devrait adopter.

Plus important encore, plutôt que d’attendre que les civils trouvent les mots justes, les anciens combattants peuvent faciliter la conversation en partageant une anecdote sur leur unité ou une leçon personnelle. Ainsi, un simple rituel devient un véritable échange.

Ce que les vétérans peuvent accomplir

La construction de ponts commence par les vétérans eux-mêmes. Les habitudes issues du service — discipline, esprit d’équipe, loyauté et sens de la mission — se transposent puissamment dans la vie civique, à condition d’être mises en pratique hors du cadre militaire. Les anciens combattants peuvent incarner ce qu’est la citoyenneté fondée sur le devoir et la perspective. Cela commence par être présents, patients et prêts à partager.

Il s’agit d’abord de raconter son histoire, non pour susciter l’admiration, mais pour ouvrir à la compréhension. Lorsque voisins ou collègues demandent des détails sur le service, il faut résister à la tentation de se replier derrière la modestie ou l’inconfort. Expliquer ce qui a motivé l’engagement, ce qu’on en a tiré, et comment cela façonne encore notre manière d’affronter les défis aujourd’hui. Ces récits ne sont pas seulement des anecdotes de guerre, mais des leçons sur la responsabilité et la communauté — des histoires qui rappellent aux civils que le service fait partie d’un projet national commun, et non d’un monde à part.

Ensuite, il faut s’impliquer localement. Rejoindre un conseil municipal ou une association, coacher une équipe de jeunes, encadrer des étudiants ou des jeunes professionnels. Les vétérans ont vécu ce qu’est le leadership efficace, la communication claire et la responsabilité sous pression. Ces qualités peuvent grandement renforcer écoles, associations et petites entreprises. Chaque vétéran qui devient un citoyen actif contribue à réduire le fossé entre l’armée et la société qu’elle protège.

Enfin, les vétérans doivent donner l’exemple en matière de confiance et de maîtrise de soi. Lorsqu’un débat politique devient acrimonieux ou que la question militaire est instrumentalisée, ils peuvent calmer le jeu en rappelant ce que signifie la profession des armes : service avant soi-même, respect de l’autorité légale, loyauté envers la Constitution, et confiance dans les institutions démocratiques. Un comportement empreint de calme, d’intégrité et d’empathie dans l’espace public est sans doute la meilleure manière d’honorer le serment prêté par chaque soldat.

Les vétérans ne peuvent résoudre toutes les fractures de la société, mais ils peuvent montrer par l’exemple ce que signifie vivre selon les valeurs qu’ils ont défendues. Ce faisant, ils contribuent à renouveler le lien entre les forces armées et la république.

Regarder vers l’avenir

Au-delà de rendre hommage à ceux qui ont déjà servi, la journée des anciens combattants est aussi une occasion de se tourner vers ceux qui serviront demain. C’est particulièrement important puisque les recrues et cadets d’aujourd’hui seront les acteurs majeurs de la profession militaire de demain.

J’ai récemment échangé avec une cadette de troisième année du Reserve Officers’ Training Corps (ROTC). Elle se prépare à participer à l’Advanced Camp de l’armée de terre, une étape de formation cruciale pour la commission. Elle ambitionne de rejoindre la police militaire avant de devenir officier chargé des zones étrangères. J’ai saisi l’occasion pour lui expliquer en quoi consiste cette formation et surtout que sa réussite passe par l’excellence dans sa branche d’origine. Il faut surtout rester concentré sur l’essentiel : le devoir, l’honneur, le courage, le caractère et être un exemple positif pour ses soldats. Bien que notre échange fût bref, j’espère qu’elle a retenu quelques conseils précieux pour son parcours. J’ai été reconnaissant de pouvoir partager mon expérience avec une future vétérane prometteuse. Ces jeunes officiers seront parmi ceux qui guideront la profession dans les années à venir, ce qui est source d’espoir.

En ce jour des anciens combattants, j’invite mes pairs à continuer de servir au bénéfice d’une société plus civique et moins divisée. Quant à ceux qui n’ont pas servi, je les encourage à dépasser le simple « merci » instinctif et à engager des discussions constructives avec les anciens ou futurs militaires. Poser les bonnes questions ouvre la voie à des échanges enrichissants. Nombre de vétérans mènent des vies extraordinaires mais se considèrent simplement comme des citoyens ordinaires pour qui le service militaire n’est qu’une partie de leur identité. J’ai été soldat, mais je suis aussi père, frère et fils — un rappel personnel à appeler mon propre père aujourd’hui, lui-même ancien combattant de l’armée.