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Les données récentes du ministère britannique de la Défense confirment que l’armée britannique forme encore nettement moins de recrues qu’avant la pandémie, avec des taux de réussite à la phase 2 de la formation restant bien en deçà des niveaux d’avant 2020.

Les chiffres, publiés le 10 novembre en réponse à une question parlementaire écrite de Will Stone, indiquent que le nombre total de nouvelles recrues dans tous les centres de formation est passé de 8 956 en 2019/20 à 5 560 en 2022/23, soit une baisse d’environ 38 %.

Sur la même période, la proportion de recrues ne parvenant pas à atteindre la phase 2 a augmenté, passant d’environ un quart à près d’un tiers (soit environ 31 à 32 %).

Centre de formation 2018/19 2019/20 2020/21 2021/22 2022/23
Nombre total de recrues non formées 5 859 8 956 8 679 6 584 5 560
Army Foundation College Harrogate 1 387 1 717 1 657 1 367 1 171
Phase 2 complétée 972 1 173 975 855 814
Infantry Training Centre Catterick 1 342 2 524 2 360 1 509 1 532
Phase 2 complétée 963 1 873 1 513 923 1 003
Army Training Centre Pirbright 2 424 3 332 3 469 2 491 2 075
Phase 2 complétée 1 960 2 753 2 598 1 832 1 530
Army Training Regiment Winchester 653 1 167 1 032 985 593
Phase 2 complétée 520 927 757 674 456

Le ministère de la Défense précise que ces données reflètent la situation des recrues au 1er juillet 2025 et intègrent celles qui pourraient encore être en cours de formation. Toutefois, le délai de deux ans pour la cohorte 2022/23 suggère que la plupart des résultats sont désormais définitifs. Ces chiffres illustrent que la perturbation majeure de 2020-2021 a laissé place à un déclin structurel plus large. Le recrutement dans l’armée reste environ 40 % en-dessous du pic de 2019–20, tandis que le taux d’abandon en formation s’est stabilisé autour de 31 %, contre environ 25 % avant la pandémie de COVID-19.

Les données indiquent que l’armée forme moins de recrues et en perd une part plus importante avant qu’elles n’achèvent la phase 2. Les filières junior, comme l’Army Foundation College à Harrogate, se sont montrées les plus résilientes, tandis que la formation d’infanterie à Catterick affiche les taux de réussite les plus faibles. Globalement, la reprise post-pandémique n’a pas permis de restaurer la chaîne de formation et de recrutement à son niveau antérieur. Ces chiffres soulignent un déficit persistant tant en termes de recrutement que de fidélisation au sein du système de formation de l’armée régulière.

Un constat à l’échelle des forces armées

Au sein des forces armées britanniques, les difficultés de recrutement se sont prolongées depuis plusieurs années. Les données parlementaires publiées en novembre 2024 montrent que chacune des branches a manqué ses objectifs de recrutement entre 2019 et 2024, 2023-24 enregistrant l’écart le plus marqué. La Royal Navy a atteint environ 60 % de sa cible, l’armée de terre 63 %, et la Royal Air Force environ 70 %. Chaque armée a été confrontée à ses propres défis : la marine a pointé la rotation élevée du personnel et des problèmes de rétention, l’armée de terre poursuit sa restructuration dans le cadre du plan Future Soldier, tandis que la RAF a souffert de facteurs économiques et d’un vivier réduit de candidats.

En réaction, les ministres ont promis un recentrage sur le recrutement et la préparation opérationnelle, avec des réformes visant à simplifier les processus d’entrée et à moderniser les structures des forces. Le ministère de la Défense a indiqué que ces mesures demanderaient du temps pour produire leurs effets, mais les chiffres illustrent combien les difficultés de recrutement ont pesé sur la puissance militaire britannique au cours des cinq dernières années.

Perspectives et ajustements en cours

Ces résultats couvrent la période allant de 2018/19 à 2022/23, avec des données consolidées jusqu’au 1er juillet 2025. Les autorités estiment que les cohortes plus récentes ou les réformes actuellement déployées pourraient améliorer les chiffres à l’avenir, mais les informations disponibles s’arrêtent à cette date. En juillet 2025, le ministre de la Défense Lord Coaker a déclaré devant la Chambre des Lords que les réformes du recrutement commençaient à porter leurs fruits, avec « une augmentation des recrutements de 19 % et une réduction des départs de 7 % » d’une année sur l’autre. Il a précisé que le nombre de candidatures augmentait dans toutes les forces suite à la simplification des procédures et à l’accélération des examens médicaux.

Cependant, les ministres reconnaissent également que les problèmes de recrutement et de dotation affectent une part importante du portefeuille de programmes de l’armée. En octobre 2025, le ministre de la Défense Luke Pollard a évoqué ces « défis en matière de ressources » impactant certaines parties de la modernisation de l’armée, comme le souligne le rapport annuel 2024-25 de la National Infrastructure and Service Transformation Authority.

Ce rapport met en avant les difficultés à recruter du personnel disposant des compétences nécessaires en gestion de projet et expertise technique, avertissant que ces lacunes continuent de peser sur la confiance dans la livraison des programmes. Les données récentes montrent aussi que, sur les 12 mois précédant juillet 2025, le délai médian entre la candidature et l’entrée dans l’armée régulière était de 249 jours.

Si la taille de l’armée est réduite par rapport aux années précédentes dans le cadre de la restructuration Future Soldier, ce contexte n’explique pas entièrement l’ampleur du déficit en recrutement et formation. Cette réduction était planifiée, mais les taux d’entrée et de réussite chutent plus rapidement que le retrait prévu des effectifs. Ces données traduisent plutôt une difficulté structurelle à maintenir un flux constant de personnels formés plutôt qu’une simple conséquence d’une armée plus petite. Si les chiffres de formation fournissent une vue claire jusqu’à mi-2025, l’impact complet des réformes sur les recrutements et la rétention ne pourra être pleinement évalué que dans les prochains bilans.