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L’Indian Air Force (IAF) envisage de développer une version air-sol du système de roquettes guidées Pinaka IV, actuellement en développement pour l’armée de terre. Cette initiative vise à offrir aux forces armées indiennes une capacité de frappe multi-domaines, avec un missile d’une portée supérieure à 300 km, proposant une alternative plus économique aux missiles de croisière air-sol plus onéreux. Cette munition pourrait être déployée depuis des chasseurs en première ligne tels que le Su-30MKI et le Tejas.

Le système de lance-roquettes multiples Pinaka a évolué d’une arme d’artillerie classique vers une plateforme de frappe de précision. La prochaine version, Pinaka III, prévue pour une portée de 120 km, intégrera un guidage avancé pour améliorer la précision. Un responsable du Defence Research and Development Organisation (DRDO) a indiqué que cette version est prête pour les essais de développement dans les prochains mois. Ce modèle s’appuie sur les succès du Pinaka Mk-II, qui dispose d’une portée de 40 km, en y ajoutant la navigation GPS/INS et des capteurs électro-optiques afin de réduire les dommages collatéraux en environnement à haute menace. Si les essais sont concluants, des livraisons pourraient commencer dès 2027, renforçant ainsi les 10 régiments déjà équipés de versions antérieures.

La véritable avancée serait toutefois représentée par le Pinaka IV, un missile de plus de 300 km de portée, encore en phase préliminaire de développement. Bien que le projet n’ait pas encore reçu le feu vert officiel, les processus accélérés du DRDO laissent espérer une phase de conception, de prototypage et de tests en cinq ans, avec une production envisagée pour 2030. Selon la même source, ce calendrier ambitieux est réalisable grâce aux enseignements tirés du Pinaka III et à l’utilisation de technologies communes telles que les propulseurs à propergol solide et des structures composites. Contrairement aux missiles de croisière fins et allongés, le Pinaka IV se distingue par un gabarit plus trapu et robuste, optimisé pour des salves au sol depuis des lanceurs améliorés ou pour des lancements aériens depuis la force aérienne.

Ce concept interarmes rappelle le missile israélien Rampage, un missile supersonique air-sol d’une portée similaire lancée depuis des avions de chasse pour des frappes à distance, mais à un coût bien plus abordable. Face aux menaces accrues le long de la Ligne de Contrôle Actuelle (LAC) et à l’augmentation des budgets en munitions, le Pinaka IV apporterait une solution dite « missile propulsé à faible coût ». Son prix unitaire pourrait être inférieur à 5 crores de roupies, contre 15 à 20 crores pour le BrahMos-A supersonique ou 8 à 10 crores pour le missile subsonique CATS Hunter. Cette tarification permettrait de conduire des frappes de saturation sans grever le budget. « Lancé depuis des Su-30 ou des Rafale, il transforme les chasseurs en artillerie volante, étendant la portée des frappes en profondeur tout en préservant les actifs stratégiques », commente un représentant du DRDO.

L’adaptation au lancement aérien s’appuie sur des simulations menées par l’IAF après l’Opération Sindoor, où les Pinaka au sol ont prouvé leur efficacité mais restaient vulnérables aux tirs de contre-batterie. En larguant une roquette de 300 kg sous des pylônes standards, sans modifications majeures grâce à sa forme compacte, cette version contournerait les contraintes logistiques des lanceurs terrestres et permettrait une dispersion rapide depuis des bases aériennes variées. Le DRDO travaille actuellement à l’intégration des systèmes de guidage, en particulier à la protection des capteurs contre les brouillages électroniques, dans ses laboratoires de Hyderabad. Les adaptateurs de pylônes s’inspirent des essais réalisés sur le missile Akash-NG.

Cette démarche s’inscrit dans l’optique de la « théâtralisation » des opérations voulue par le Chef d’état-major des armées, qui prône le développement de munitions communes pour réduire les redondances. L’armée de terre, qui prévoit d’équiper 22 régiments supplémentaires de Pinaka d’ici 2028 dans le cadre d’un programme de près de 10 000 crores de roupies, accueille favorablement cette synergie. Des campagnes d’essais partagées pourraient être réalisées sur les champs de tir de Pokhran. Néanmoins, plusieurs défis restent à relever, notamment l’implication du secteur privé via l’initiative iDEX pour diversifier les types de têtes explosives (charges conventionnelles, sous-munitions, anti-radars), ainsi que la gestion des contrôles à l’exportation liés aux capteurs à double usage.