Depuis plusieurs mois, une force interarmées américaine patrouille dans les Caraïbes avec pour mission officielle la lutte contre le trafic de drogue. À la mi-août, la 22e unité expéditionnaire des Marines (22nd Marine Expeditionary Unit – MEU) a été déployée dans la région au sein d’un groupe amphibie de projection (Amphibious Ready Group) autour du porte-hélicoptères amphibie USS Iwo Jima. Récemment, le navire de débarquement de classe San Antonio USS Fort Lauderdale est revenu renforcer ce groupe après une période de réparations en Floride.
Le Iwo Jima est actuellement ancré près de Frederiksted, dans les îles Vierges américaines, permettant un débarquement de ses équipages et des Marines embarqués. Parallèlement, au moins sept autres navires de guerre de l’US Navy sont déployés dans les Caraïbes, accompagnés d’un sous-marin d’attaque nucléaire, d’un navire de soutien logistique ainsi que d’un navire roll-on/roll-off à vocation non militaire officiel, le MV Ocean Trader. Ce dernier, initialement construit en 2011 sous le nom de MV Cragside pour Maersk et exploité aujourd’hui par le Military Sealift Command, a été adapté entre 2013 et 2016 pour le compte du Commandement des opérations spéciales des États-Unis (USSOCOM). Il est régulièrement observé dans des zones de crise à travers le monde.
Un porte-avions en renfort pour la 22e MEU
Il y a deux semaines, le porte-avions USS Gerald R. Ford a quitté la Méditerranée avec deux navires d’escorte pour se diriger vers les Caraïbes. Il a franchi le 1er septembre le détroit de Gibraltar, alimentant les spéculations sur une éventuelle phase offensive dirigée contre le régime de Nicolás Maduro au Venezuela. Le président américain Donald Trump avait accusé ce dernier d’être à l’origine du trafic de drogue et de l’immigration illégale aux États-Unis, ainsi que d’avoir des liens avec l’organisation criminelle Tren de Aragua. Donald Trump a qualifié cette organisation et plusieurs cartels de drogue de groupes terroristes.
Depuis leur déploiement, les forces américaines ont coulé au moins seize embarcations suspectées de trafic de drogue, aussi bien dans les Caraïbes que sur la côte pacifique de l’Amérique centrale. Ces opérations, qui ont fait jusqu’à 70 morts, ont suscité des critiques aux États-Unis et à l’international, certains dénonçant des actions disproportionnées et potentiellement contraires au droit international. Trump a évoqué la possibilité d’étendre ces actions militaires contre les cartels de drogue à l’intérieur même du Venezuela et dans d’autres pays de la région comme le Mexique, ce que les gouvernements concernés ont fermement rejeté.
Des objectifs et motivations flous
Il reste incertain si Donald Trump cherche simplement à durcir la lutte antidrogue pour renforcer sa popularité intérieure ou s’il poursuit des objectifs plus ambitieux. Une hypothèse est qu’il souhaite reconquérir l’électorat latino anti-communiste qui lui avait initialement apporté son soutien, notamment en menant une politique ferme contre le gouvernement socialiste du Venezuela. Ce soutien a cependant diminué en raison de la politique migratoire restrictive de Trump, qui a mené à des vagues d’arrestations touchant aussi bien des immigrants en situation irrégulière que des citoyens américains d’origine latino-américaine.
Cette évolution s’est reflétée lors des récentes élections dans le New Jersey, à New York et en Virginie, où le vote latino en faveur des républicains a reculé. Par ailleurs, une action contre le Venezuela divise aussi au sein de l’électorat républicain, notamment chez les partisans anti-interventionnistes qui appréciaient la promesse de Trump de réduire l’engagement militaire américain à l’étranger. L’idée d’une renaissance officieuse de la doctrine Monroe, qui limite l’intervention des États-Unis à l’hémisphère américain, suscite un accueil mitigé même chez ces électeurs.
Vers une désescalade ?
Des récents rapports ont évoqué de possibles livraisons d’armes russes au Venezuela. Moscou, allié de Caracas et partenaire difficile de Washington dans le contexte du conflit ukrainien, a critiqué la montée des tensions, notamment les survols par des bombardiers stratégiques américains le long de l’espace aérien vénézuélien. Cette semaine, une déclaration au comité de la défense de la Douma a parlé de la possible livraison, en plus de systèmes de défense aérienne, du missile balistique moyen-portée Oreshnik à Caracas. Cette hypothèse paraît toutefois peu réaliste compte tenu des besoins propres de la Russie dans son conflit en Ukraine.
Ces derniers jours, les signaux semblent plutôt indiquer une volonté de désescalade. Le USS Gerald R. Ford, alors même que sa présence reste nécessaire au Moyen-Orient, est resté devant les côtes marocaines sans poursuivre son trajet vers les Caraïbes. Selon différents médias, Donald Trump aurait pour l’instant écarté une attaque militaire contre le Venezuela. Par ailleurs, une rumeur fait état d’une ouverture de Nicolás Maduro à une démission volontaire en échange d’une amnistie américaine et d’un exil confortable. Toutefois, les deux parties continuent de se préparer à une éventuelle opération militaire.
Stefan Axel Boes