Shield AI a dévoilé le X-BAT, un concept novateur de chasseur furtif supersonique à décollage et atterrissage verticaux (VTOL) entièrement autonome, conçu pour opérer dans des environnements aériens hautement contestés. Présenté le 22 octobre dans un contexte géopolitique tendu, allant des combats de drones en Ukraine aux chasses aux sous-marins dans la région indo-pacifique, le X-BAT se distingue comme un véritable « ailier drone » renforcé, piloté par l’intelligence artificielle Hivemind de la société, capable d’intervenir dans l’espace aérien ennemi, de coopérer en temps réel avec des avions pilotés et d’exécuter des frappes de précision sans exposer de pilotes humains.
Affichant une silhouette élancée mesurant 7,9 mètres de long pour une envergure de 11,9 mètres, cette plateforme promet un plafond opérationnel supérieur à 15 000 mètres ainsi qu’une portée exceptionnelle de 3 704 kilomètres. La vitesse maximale reste confidentielle, mais elle serait supersonique. Pour la Indian Air Force (IAF), confrontée à des menaces sur deux fronts et à un déficit de squadrons, cet appareil capable d’opérer sans piste pourrait révolutionner les opérations aériennes en haute altitude, notamment dans des zones comme le Ladakh ou pour des déploiements depuis porte-avions.
Implantée à San Diego et bénéficiant d’un financement de 500 millions de dollars ainsi que de contrats avec le Département américain de la Défense, Shield AI a révélé le X-BAT à un moment stratégique, en réponse au programme Collaborative Combat Aircraft (CCA) du Pentagone, doté de 6 milliards de dollars. Ce programme vise à développer des drones abordables et attritables pour épauler les chasseurs F-35 et NGAD.
« La terre est notre piste », résume Shield AI, en insistant sur la conception VTOL en position verticale arrière qui élimine le besoin d’aérodromes vulnérables aux frappes hypersoniques.
Pourquoi ce lancement maintenant, et quel intérêt pour l’Inde ?
Le X-BAT est né des enseignements fondamentaux des conflits actuels, marqués par le brouillage GPS, les zones d’interdiction d’accès (A2/AD) et les tactiques d’essaim, qui rendent les avions traditionnels extrêmement vulnérables. Fort de son expérience avec le drone V-BAT déjà déployé auprès des Marines américains dans le Pacifique, Shield AI a identifié une lacune : les appareils comme le MQ-28 Ghost Bat de Boeing offrent une bonne endurance mais manquent de puissance pour des frappes en profondeur ou des pointes supersoniques. Le X-BAT répond à ces besoins en combinant propulsion jet, furtivité optimisée et autonomie complète, lui permettant de voler sans liaison de communication, d’échapper aux systèmes de défense antimissile, de coordonner des essaims et de mener des attaques collaboratives avec des avions pilotés.
L’intelligence artificielle Hivemind, conçue pour être le pilote autonome, est au cœur du système. Entraînée grâce à des millions de simulations de vol, elle maîtrise l’ensemble des phases, de la transition VTOL aux combats au-delà de la visibilité directe, même en cas de coupure des communications. « Ce n’est pas du pilotage à distance, c’est une action indépendante », souligne Ryan Tseng, PDG de Shield AI, faisant référence à des exemples concrets comme l’utilisation de drones FPV guidés par IA en Ukraine contre les appareils russes. Ce lancement survient dans un contexte de préparation pour la seconde phase du CCA américain, avec un financement en hausse après les élections américaines de 2024 et face à la montée en puissance des avions chinois J-20, créant une demande urgente pour une autonomie peu coûteuse (entre 10 et 20 millions de dollars l’unité) et prête à l’export.
Les images promotionnelles montrent le X-BAT décollant depuis des îles isolées ou des navires amphibies, grâce à ses ventilateurs à soufflage orientable, permettant un décollage et atterrissage verticaux avant de basculer en configuration avion à voilure fixe pour une croisière efficace. Son compartiment de charge utile pourrait emporter des missiles JASSM-ER ou des armes hypersoniques à plané prolongé, tandis que ses capteurs embarqués (électro-optique/infrarouge, radar SAR) transmettront des données de combat aux pilotes humains. Les premiers essais VTOL sont prévus à l’automne 2026, avec des démonstrations d’autonomie complète dès 2028, en vue de répondre aux appels d’offres américains du CCA Phase 2.
La silhouette du X-BAT se caractérise par une aile intégrée sans empennage, de taille comparable à un F-16 mais sans pilote à bord. Sa furtivité est accentuée par des composites absorbant les ondes radar et des prises d’air sinueuses.
| Caractéristique | Détails du X-BAT | Avantage stratégique |
|---|---|---|
| Longueur/Envergure | 7,9 m / 11,9 m | Compact pour porte-avions et bases avancées |
| Plafond opérationnel | > 15 000 m | Immunité en haute altitude pour la reconnaissance et les frappes |
| Autonomie | 3 704 km | Rayon d’action transrégional sans ravitaillement |
| Vitesse maximale | Confidentielle (supersonique implicite) | Insertion et exfiltration rapides en zone contestée |
| Charge utile | 900 à 1 360 kg (modulaire) | Missiles, capteurs ou brouilleurs électroniques |
| Autonomie de pilotage | IA Hivemind (sans besoin de communication) | Tactiques d’essaim en environnements brouillés ou déniés |
Pour l’Indian Air Force, qui dispose de 30 escadrons au lieu des 42 prévus, le X-BAT représente une opportunité majeure. Les frontières indiennes en haute altitude, comme les plateaux du Ladakh à 4 500 mètres ou les pistes accidentées d’Arunachal Pradesh, nécessitent des capacités VTOL capables d’opérer sans pistes longues souvent inutilisables en raison des intempéries ou avalanches. Associés à des appareils comme le Tejas Mk2 ou le Su-30MKI, les essaims X-BAT pourraient saturer les chasseurs chinois J-20 ou pakistanais JF-17, en absorbant des tirs tandis que les avions pilotés frappent à distance, suivant la doctrine américaine du « loyal wingman », que l’Inde souhaite également appliquer via son programme de drone de combat Ghatak.