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L’Inde s’apprête à réduire, dès la fin novembre, ses importations directes de pétrole brut russe en raison des nouvelles sanctions américaines visant Rosneft et Lukoil, qui entreront en vigueur le 21 novembre. Les raffineurs indiens, responsables de plus de la moitié des importations directes de brut russe du pays, sont attendus à se conformer aux restrictions imposées aux deux principaux exportateurs pétroliers russes, indiquent des analystes.

Selon la société d’intelligence maritime Kpler, cette décision entraînera une forte baisse des arrivées de pétrole russe en décembre, suivie d’une reprise progressive prévue au début de 2026, via des intermédiaires et des voies commerciales alternatives.

Des acteurs majeurs suspendent leurs achats directs

Reliance Industries Ltd, premier importateur indien et détenteur d’un contrat d’approvisionnement à long terme avec Rosneft, va cesser d’acheter du pétrole russe. Deux autres raffineries contrôlées par l’État ont également annoncé qu’elles mettraient fin à leurs importations de pétrole russe : Mangalore Refinery and Petrochemicals Ltd ainsi que HPCL-Mittal Energy Ltd, une coentreprise entre le géant de l’acier Lakshmi Mittal et Hindustan Petroleum Corporation Ltd (HPCL).

Ces trois entités représentaient plus de la moitié des 1,8 million de barils de pétrole brut russe importés par l’Inde au premier semestre 2025.

En revanche, la raffinerie de Vadinar, d’une capacité de 400 000 barils par jour et détenue partiellement par Rosneft, semble peu susceptible de modifier ses approvisionnements russes, d’autant qu’elle est déjà soumise aux sanctions européennes.

Une dépendance russe toujours marquée

Sumit Ritolia, analyste principal en raffinage et modélisation chez Kpler, précise que la Russie restait en octobre le principal fournisseur de pétrole brut de l’Inde, devant l’Irak et l’Arabie saoudite. Avant les sanctions, les livraisons russes vers l’Inde atteignaient 1,6 à 1,8 million de barils par jour (mbj). Une baisse a été observée après le 21 octobre, les raffineurs cherchant à éviter d’éventuelles sanctions américaines via l’Office of Foreign Assets Control (OFAC).

Les experts estiment que le pétrole russe ne disparaîtra pas totalement du marché indien, mais que les futures importations dépendront de chaînes logistiques plus complexes et de nouvelles formes d’arrangements commerciaux.

Une diversification des origines d’importation

Pour compenser la réduction des flux russes, les raffineurs indiens augmentent leurs achats auprès du Moyen-Orient, de l’Amérique latine, de l’Afrique de l’Ouest, du Canada et des États-Unis. Les importations américaines de pétrole brut ont ainsi atteint 568 000 barils par jour en octobre, un niveau inédit depuis mars 2021, principalement motivé par des raisons économiques et d’arbitrage, plutôt que par des sanctions. Ces flux devraient revenir à un niveau de 250 000 à 350 000 barils par jour en décembre et janvier.

« Nous constatons une diminution des arrivées de pétrole russe après le 21 novembre », souligne Sumit Ritolia.

« La plupart des raffineurs indiens devraient se conformer aux sanctions américaines en arrêtant ou en réduisant leurs achats directs auprès de Rosneft et Lukoil. Cela provoquera une chute importante des importations russes en décembre, avec une reprise progressive d’ici la fin du premier trimestre 2026, à mesure que de nouveaux intermédiaires commerciaux apparaîtront et que des routes alternatives se mettront en place. »

Selon lui, la raffinerie de Vadinar, dépendante à près de 100 % du brut russe, est peu susceptible de modifier ses approvisionnements.

« Pour compenser la baisse des flux directs russes, les raffineurs indiens augmenteront leurs achats en provenance du Moyen-Orient, du Brésil, d’autres pays d’Amérique latine, d’Afrique de l’Ouest, du Canada et des États-Unis. Cependant, les coûts plus élevés du fret pourraient limiter l’ampleur de ces substitutions en réduisant les marges d’arbitrage », ajoute-t-il.

Globalement, la diversification des origines d’importations devrait s’intensifier, notamment avec une augmentation des flux venant d’Amérique latine (Brésil, Argentine, Colombie, Guyana), des États-Unis, de l’Afrique de l’Ouest et du Moyen-Orient. Si les importations russes directes connaîtront sans doute un recul à court terme, des volumes de brut russe continueront à parvenir en Inde via des intermédiaires.