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L’Arménie a fermement démenti les rumeurs concernant un accord militaire de plusieurs milliards de dollars avec l’Inde, le ministre de la Défense Suren Papikyan affirmant qu’aucune intention ni entente n’existe pour l’acquisition des avions de chasse multirôles avancés Su-30MKI. Ce démenti catégorique intervient dans un contexte de réorientation d’Erevan, qui s’éloigne progressivement de ses fournisseurs russes traditionnels, illustrant la dynamique changeante des approvisionnements en matériel de défense dans le Caucase du Sud, alors que le pays envisage des alternatives occidentales pour moderniser une flotte aérienne vieillissante.

Lors d’un échange informel avec des journalistes à Erevan, Papikyan a directement réfuté les récentes spéculations médiatiques indiennes qui laissaient entendre qu’un accord était imminent entre les deux nations. « Il n’existe aucun accord de ce type entre nous », a-t-il insisté, soulignant ainsi une volonté claire d’enrayer la désinformation qui pourrait compliquer les réajustements stratégiques de l’Arménie.

Ces rumeurs sont apparues la semaine dernière, évoquant une finalisation prochaine d’un premier lot de 8 à 12 Su-30MKI, évalué entre 2,5 et 3 milliards de dollars. Ces appareils, produits sous licence par Hindustan Aeronautics Limited (HAL) à Nashik, constituent la plate-forme phare de supériorité aérienne de l’Inde. L’offre supposée comprenait un ensemble complet de soutien logistique : formation des pilotes, infrastructures au sol, et intégration des armements adaptée aux besoins arméniens. Les promoteurs de cet achat voyaient dans ce contrat un atout majeur pour les relations bilatérales, valorisant la réputation éprouvée du Su-30 dans divers théâtres d’opérations.

Cependant, selon des sources proches des circuits d’acquisition à Erevan, ces discussions résultaient d’échanges exploratoires lors du salon DefExpo 2025 à Chennai, où des délégations arméniennes ont examiné des modèles hybrides indo-russes. Aucun protocole d’accord contraignant n’a été signé, et l’intervention de Papikyan vise probablement à éviter des engagements prématurés qui pourraient déplaire à Moscou tout en préservant les opportunités de partenariats avec Paris et Tel-Aviv.

La flotte aérienne arménienne, historiquement basée sur des MiG-29 et Su-25 hérités de l’époque soviétique, a subi de lourdes pertes lors des récents affrontements au Haut-Karabakh, où les drones turcs azerbaïdjanais ont mis en évidence des lacunes significatives. Les défaites de 2020 et 2023 ont accéléré une politique de diversification : Erevan a conclu des contrats pour les systèmes de défense antiaérienne Mistral français et les missiles antichars Spike israéliens, tandis que la visite du président français Emmanuel Macron en octobre 2025 a scellé un financement de 250 millions d’euros pour des obusiers Caesar. Des bruits sur un possible achat de Rafale auprès de Dassault Aviation traduisent également une inclinaison vers l’Ouest, susceptible de supplanter toute orientation indienne.

L’Inde, reconnue comme « Partenaire majeur en matière de défense » par les États-Unis et membre du Quad, a renforcé sa présence eurasiatique via l’exportation de missiles Akash vers l’Arménie et des accords de coproduction du missile BrahMos. L’intégration du Su-30MKI aurait pu constituer un pont culturel et technologique — combinant cellule russe et électronique de pointe indienne — mais les contraintes budgétaires (le budget de défense arménien avoisine 800 millions de dollars) et les difficultés d’intégration avec des équipements conformes aux standards OTAN ont vraisemblablement refroidi l’enthousiasme.