Dans un pas important vers un approfondissement de la coopération en matière de défense entre l’Inde et la Russie, une délégation russe de haut niveau a confirmé que Hindustan Aeronautics Limited (HAL) en Inde dispose déjà d’environ 50 % des infrastructures et des compétences nécessaires pour produire localement le chasseur furtif avancé Su-57E. Cette révélation provient d’un rapport d’évaluation détaillé remis à HAL, annonçant une possible accélération des efforts de production conjointe dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes et de volonté indienne d’autonomie dans le domaine de la défense.
Ce rapport, élaboré par des experts du prestigieux bureau d’études Sukhoi et d’autres organismes clés de défense russes, a été remis à HAL le mois dernier, juste avant la visite d’État du président russe Vladimir Poutine à New Delhi. Prévue du 5 au 6 décembre, cette visite marquera le 23e sommet annuel Inde-Russie, où les discussions bilatérales avec le Premier ministre Narendra Modi devraient mettre en avant la co-production de matériel de défense comme un pilier essentiel du partenariat stratégique.
Les conclusions de l’équipe russe sont issues d’une visite intensive effectuée en septembre 2025 dans les principales installations de HAL. Leur mandat était de mesurer la capacité du géant aéronautique indien à assurer l’assemblage et la production indigène du Su-57E, variante export du chasseur polyvalent furtif de cinquième génération russe.
Les principaux sites inspectés comprenaient :
- Division Nashik : Ligne d’assemblage finale du Su-30MKI, chasseur multi-rôle indispensable de l’Inde, où HAL a perfectionné son savoir-faire dans l’intégration d’aéronefs et de systèmes complexes.
- Division Koraput : Spécialisée dans la production sous licence et la révision des turboréacteurs AL-31FP qui équipent la flotte de Su-30MKI.
- Usine stratégique d’électronique (SEF) à Kasaragod, Kerala : Centre de fabrication d’avionique, produisant des composants critiques tels que les calculateurs embarqués et processeurs d’affichage.
Ces installations reflètent la longue expérience de HAL avec les plateformes Sukhoi, débutée avec l’accord intergouvernemental de décembre 2000 qui a permis la production sous licence du Su-30MKI. En plus de vingt ans, HAL a livré plus de 270 Su-30MKI à l’Armée de l’Air indienne (IAF), développant ainsi un écosystème solide de fournisseurs, de main-d’œuvre qualifiée et de savoir-faire technologique.
Selon des sources proches du dossier, les Russes ont conclu que l’infrastructure actuelle de HAL couvre environ la moitié des besoins pour lancer la production du Su-57E. Cela inclut des éléments fondamentaux tels que les lignes d’assemblage, l’intégration des moteurs et celle de l’avionique. Toutefois, pour combler les 50 % restants, il faudra des investissements ciblés dans des domaines de pointe comme les revêtements furtifs, les capteurs avancés et les matériaux composites.
Fort de ce retour favorable, HAL prépare désormais une feuille de route complète. Cette auto-évaluation interne quantifiera les écarts financiers et techniques, incluant les mises à niveau des infrastructures, la recherche et développement (R&D), la formation des ressources humaines et la localisation des chaînes d’approvisionnement, nécessaires pour parvenir à une production à grande échelle. Ce document devrait être soumis au ministère de la Défense avant la fin du mois de novembre, faisant de ce dossier un point clé à l’ordre du jour de la visite de Poutine.
Le projet Su-57 en Inde a connu un nouvel élan lors du salon Aero India 2025 à Bengaluru plus tôt cette année. Présenté sur la scène mondiale, l’avion a été promu par la Russie comme une alternative personnalisable et économiquement compétitive face aux chasseurs occidentaux de cinquième génération. Dans le même temps, les États-Unis ont dévoilé leur F-35 Lightning II, candidat au programme indien Multi-Role Fighter Aircraft (MRFA).
Les démarches russes ne se limitent pas au matériel. Le 16 octobre dernier, l’ambassadeur russe en Inde, Denis Alipov, a souligné l’engagement de Moscou à soutenir le projet indien AMCA (Advanced Medium Combat Aircraft) de chasseur de cinquième génération. « Cette initiative illustre le partenariat stratégique de longue date entre nos deux pays, qui a évolué d’une relation acheteur-vendeur vers une collaboration en matière de co-développement, co-production et partage complet de technologies », a déclaré Alipov lors d’un événement dédié à l’industrie de défense.
Pour l’Inde, adopter le Su-57E pourrait accélérer ses ambitions en matière de chasseurs furtifs, réduisant la dépendance aux importations tout en renforçant l’interopérabilité avec les équipements d’origine russe qui constituent l’épine dorsale de l’IAF. Cependant, des défis subsistent : les clauses de transfert de technologie, les engagements de compensation industrielle et l’intégration avec des systèmes indigènes comme le radar AESA Uttam seront essentiels et non négociables.