Dans un contexte mondial marqué par la montée en puissance des technologies furtives aériennes, la Défense indienne franchit un cap décisif. La Defence Research and Development Organisation (DRDO) a confirmé, en octobre 2025, ses avancées majeures dans le développement de radars quantiques et photoniques, promettant une véritable révolution dans la détection des avions furtifs. Ces systèmes innovants dépassent largement les capacités des radars traditionnels à très haute fréquence (VHF) et offrent à l’Armée de l’air indienne un avantage stratégique crucial face aux menaces sur ses frontières contestées.
Ces nouvelles technologies, dévoilées dans un contexte de tensions accrues dans la région Indo-Pacifique, exploitent les propriétés de la lumière et les phénomènes quantiques pour surpasser les protections classiques utilisées dans la furtivité aérienne, telles que les matériaux absorbant les ondes radar (RAM) et la conception angulaire des appareils. Contrairement aux radars VHF qui fournissent une veille précoce mais manquent de précision, les innovations de la DRDO offrent un suivi d’une fidélité élevée, transformant ainsi la détection en une capacité de ciblage opérationnel.
Radar photonique : une nouvelle ère pour les capteurs optiques
Le radar photonique développé et présenté fin juin 2025 marque la participation de l’Inde à la course mondiale aux capteurs basés sur la lumière. Ce système remplace les ondes radio classiques par des photons générés à l’aide de lasers et de fibre optique, autorisant une imagerie 3D ultra-précise sur de grandes distances.
Au cœur de cette technologie se trouvent des circuits photoniques intégrés capables de traiter des signaux à plusieurs gigahertz, offrant un rapport signal sur bruit bien supérieur à celui des radars traditionnels. Lors d’essais confidentiels en juillet 2025, le radar photonique a détecté des cibles à faible section radar (RCS), similaires à un chasseur J-20, à une distance supérieure à 200 km, avec une précision inférieure au mètre, même dans un environnement électromagnétique saturé.
Ce qui distingue le radar photonique est sa résistance innée au brouillage : les fibres optiques sont insensibles aux interférences radiofréquences, ce qui en fait un atout idéal pour les espaces aériens contestés, notamment le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC). La DRDO envisage d’adapter ce système à des réseaux au sol mobiles et à des plateformes AWACS, comme le Netra Mk1A, qui pourraient bénéficier ainsi d’une capacité de détection capable de « voir à travers » les dispositifs de furtivité. Un expert explique : « Ce n’est pas uniquement de la détection, mais aussi de la discrimination — différencier en quelques secondes un drone leurre d’un véritable F-35. »
Radar quantique : la sensibilité inégalée des photons intriqués
En complément, le projet de radar quantique de la DRDO, en collaboration avec l’Institut India Technology (IIT) de Delhi, progresse rapidement vers des prototypes opérationnels. En juin 2025, un jalon technologique a été franchi avec une démonstration de communication en espace libre utilisant des photons intriqués sur plus d’un kilomètre, technologie fondamentale pour les radars quantiques.
Le principe repose sur l’émission de paires de photons intriqués : l’un éclaire la cible tandis que l’autre sert de référence. Toute interaction perturbe l’intrication, générant une « signature quantique » détectable et insensible au bruit classique. Cette hypersensibilité permettrait de révéler des avions furtifs à des portées opérationnelles comprises entre 150 et 300 km, même ceux optimisés contre les bandes de fréquences élevées. Contrairement aux capteurs quantiques passifs, la DRDO mise sur un système actif d’illumination intégrant des éléments photoniques dans des architectures hybrides.
Les essais à grande échelle sont prévus pour 2026. Les simulations initiales montrent que ce radar offre une résolution bien supérieure au VHF : ce dernier, avec ses longueurs d’onde entre 1 et 10 mètres, alerte à 500 km mais peine à fournir des solutions de tir précises en raison de la diffusion du faisceau. La technologie quantique promet quant à elle une précision angulaire mesurée en degrés, facilitant un transfert fluide vers les systèmes de défense aérienne.
L’actuel radar de surveillance VHF de la DRDO, développé avec Bharat Electronics Limited (BEL) et opérationnel depuis mai 2025, détecte déjà des cibles à faible RCS jusqu’à 300–500 km grâce à ses ondes longues. Si les revêtements furtifs sont conçus pour réduire l’efficacité des ondes X ou S (de l’ordre du centimètre), les impulsions métriques du VHF rencontrent moins de dispersion sur les surfaces angulaires, assurant ainsi une veille précoce.
Cependant, le VHF présente des faiblesses : sa résolution limitée produit des pistes « floues », il est sensible aux nuisances proches du sol, et il manque de mobilité. La DRDO positionne donc les radars photoniques et quantiques comme des évolutions capables d’offrir la portée du VHF avec la précision des radars micro-ondes. Ces systèmes remettent en cause la promesse centrale de la furtivité : l’invisibilité à distance.
| Caractéristique | Radar VHF (DRDO-BEL) | Radar Photonique (DRDO) | Radar Quantique (DRDO/IIT Delhi) |
|---|---|---|---|
| Portée de détection | 300–500 km | plus de 200 km | 150–300 km (prévu) |
| Résolution | Faible (faisceaux larges) | Ultra-haute (inférieur à 1 mètre) | Élevée (améliorée par effet quantique) |
| Résistance au brouillage | Modérée | Excellente (optique) | Supérieure (basée sur l’intrication) |
| Capacité anti-furtivité | Avantage lié à la longueur d’onde | Rapport signal sur bruit élevé pour faible RCS | Signatures immunisées au bruit |
| Statut | Opérationnel | Essais en cours | Phase de démonstration, prototypes en 2026 |
Plusieurs défis subsistent : les radars quantiques requièrent un refroidissement cryogénique et des qubits corrigés d’erreur, tandis que la montée en puissance des réseaux photoniques dépend de l’infrastructure fibre optique. L’allocation budgétaire de 500 crore ₹ prévue pour 2025–26 témoigne de l’engagement de la DRDO, avec la participation d’industriels privés tels que Tata Advanced Systems pour la co-développement.