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Dassault Aviation confirme son engagement renforcé en Inde avec l’inauguration de nouvelles installations pour son Centre d’ingénierie Dassault Aircraft Services India (DASI-EC) à Pune. Cette expansion double la capacité du centre à plus de 150 ingénieurs, consolidant ainsi sa position de pôle d’expertise en conception, ingénierie et innovation industrielle au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales.

La cérémonie d’inauguration, réunissant des dirigeants de Dassault et des acteurs industriels locaux, intervient dans un contexte stratégique propice aux relations franco-indiennes dans le domaine de la défense. Quelques jours seulement après que l’Indian Air Force (IAF) a soumis une proposition pour acquérir 114 avions Rafale supplémentaires — ce qui constituerait la plus grande commande unique de l’histoire indienne — cette extension illustre la volonté de Dassault de répondre activement aux obligations d’offset issues du contrat historique de 2016.

« L’agrandissement du Centre d’ingénierie témoigne de la détermination de Dassault Aviation à développer des capacités technologiques de pointe et à renforcer l’expertise locale, tant pour ses opérations internes que pour ses chaînes d’approvisionnement en Inde et à l’international », a déclaré la société, soulignant un virage stratégique vers une R&D localisée en parfaite adéquation avec la vision « Make in India » portée par le Premier ministre Narendra Modi.

Créé en 2017 dans le sillage du programme Rafale, le centre de Pune est passé d’une simple antenne à un centre spécialisé dans l’ingénierie de maintenance aéronautique, la simulation et l’intégration systèmes. Ses nouveaux locaux, situés dans le corridor technologique de Hinjewadi, disposent de laboratoires étendus et d’espaces collaboratifs dédiés aux simulations avancées pour l’avionique des chasseurs, à l’analyse structurelle et à la validation logicielle — des fonctions cruciales pour les Améliorations Spécifiques à l’Inde (ISE) sur le Rafale, telles que l’intégration du système d’alerte électronique Spectra évolué et du radar à antenne active Uttam AESA. Grâce à un effectif porté à plus de 150 ingénieurs, notamment issus des prestigieux IIT et NIT, le centre vise à réduire significativement les délais de modification personnalisée, facilitant ainsi des adaptations rapides pour les missions en haute altitude le long de la Ligne de Contrôle Effectif (LAC).

Cette démarche ne se limite pas à une opération de communication, mais s’inscrit dans une stratégie d’offset concrète. Le contrat de 36 Rafale impose un réinvestissement de 50 % dans l’industrie indienne et Dassault a déjà engagé des milliards dans des projets comme l’usine de fuselage Tata-Dassault à Hyderabad, opérationnelle depuis juin. Cette extension de Pune, dont le montant est jugé « significatif » mais non dévoilé, complète cet écosystème en développant des talents pouvant soutenir non seulement le Rafale mais aussi des plateformes futures, y compris les 26 Rafale-M destinés à la Marine indienne et les potentiels candidats au programme MRFA. « Cela illustre aussi son engagement à respecter les obligations d’offset définies dans le contrat Rafale avec l’Indian Air Force », a insisté Dassault, un point scruté alors que le projet d’acquisition de 114 appareils est à l’étude.

Pour l’Inde, ce calendrier offre des retombées stratégiques majeures. Alors que les escadrons de l’IAF sont réduits à une trentaine d’unités avec le retrait progressif des MiG, et que des opérations récentes comme Sindoor ont confirmé l’efficacité du Rafale, renforcer les compétences locales permet de pallier les fragilités des chaînes d’approvisionnement révélées par les perturbations mondiales. Le travail du centre favorisera aussi des collaborations accrues avec HAL, le DRDO et des groupes privés comme Adani Defence. Ce partenariat reliera la transmission technologique, allant du diagnostic moteur à la maintenance prédictive axée sur l’IA. Les observateurs de l’industrie considèrent cet investissement comme un « multiplicateur de forces » pour le programme Atmanirbhar Bharat, avec la création probable de 500 emplois indirects dans le cluster aéronautique de Pune d’ici 2027.

La stratégie de Dassault en Inde dépasse par ailleurs les seuls offsets. L’entreprise française, dont 20 % des revenus proviennent de la région Asie-Pacifique, voit dans Pune un poste avancé pour ses exportations, ciblant notamment les marchés du Moyen-Orient (Émirats arabes unis) et de l’Indonésie via des chaînes indiennes. Elle y développe aussi des solutions écologiques, notamment des carburants d’aviation durables. « En accord avec les résultats obtenus dans le cadre de ses engagements sous la politique « Make in India » », Dassault affirme poursuivre ses efforts alors que les accords bilatéraux de défense se renforcent après l’opération Sindoor.