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En 2019, Imdat Oner et Lana Shehadeh ont publié un article intitulé « Au Venezuela, un Maduro isolé cherche des alliés à travers le monde ». Six ans plus tard, dans un contexte de tension accrue entre Donald Trump et Nicolás Maduro, ils reviennent sur leur analyse.

Dans votre article de 2019, vous expliquiez que l’isolement du Venezuela par les États-Unis et plusieurs pays voisins a contraint Maduro à rechercher des soutiens auprès de régimes partageant son autoritarisme et une défiance commune envers la puissance occidentale. En 2025, qu’est-ce qui a changé dans cette stratégie d’alliances ? Quels sont, selon vous, les principaux motifs qui poussent encore certains États à s’aligner avec Caracas ?

La situation a profondément évolué. L’élection de 2024 a constitué un tournant majeur. Maduro a obtenu des résultats défavorables dans les sondages, mais il est parvenu à se maintenir au pouvoir grâce à des manipulations avérées des résultats, ce qui a gravement entamé sa légitimité, tant sur le plan national qu’international. Même des alliés historiques comme le Brésil, le Mexique, et la Colombie reconnaissent aujourd’hui que son emprise ne reflète plus un soutien populaire réel. Son régime est affaibli, plus vulnérable, et nettement plus pragmatique. La politique étrangère du Venezuela n’est plus guidée par l’idéologie, mais par la simple nécessité de survie.

Au niveau global, le contexte a aussi changé. L’influence russe en Amérique latine s’est réduite en raison de son engagement dans la guerre en Ukraine. L’Iran est accaparé par une instabilité régionale et intérieure grandissante, tandis que la chute du régime de Bachar al-Assad en Syrie fin 2024 prive Maduro d’un allié de longue date.

Les pays qui interagissent encore avec Caracas le font pour des raisons essentiellement pragmatiques. Certains sont attirés par l’accès aux ressources énergétiques et minières du Venezuela, d’autres cherchent à contrer l’influence américaine dans la région, tandis que quelques-uns restent liés par des habitudes diplomatiques ou des affinités autoritaires. Cependant, à mesure que la position interne de Maduro s’affaiblit, sa valeur comme partenaire international diminue également. À titre d’exemple, la Chine et la Russie, qui étaient des soutiens importants en 2019 face aux pressions américaines pour un changement de régime, fournissent aujourd’hui une aide essentiellement symbolique.

Qui sont les alliés les plus fiables de Maduro en 2025 ? Qui trouve le plus d’intérêt à ce partenariat avec son régime autoritaire, et qui, au contraire, aurait le plus à perdre, notamment face à la montée récente des tensions avec les États-Unis ?

Cuba et le Nicaragua demeurent les alliés les plus solides de Maduro en Amérique latine. Ces deux régimes partagent ses fondements idéologiques et dépendent largement du pétrole vénézuélien, ainsi que de la coopération sécuritaire et du soutien politique. Si Maduro venait à être renversé, ce seraient eux qui auraient le plus à perdre, et ils seraient probablement les prochaines cibles des mesures américaines, leur survie étant étroitement liée à la persistance de ce réseau autoritaire vénézuélien.

À l’échelle internationale, les principaux partenaires de Maduro sont la Russie, la Chine, l’Iran, la Turquie et le Qatar, motivés chacun par des intérêts distincts. La Chine, premier partenaire commercial et créancier du Venezuela, cherche surtout à sécuriser ses importations pétrolières et à protéger ses investissements liés à l’initiative « la Ceinture et la Route ». Elle représente la puissance ayant le plus à gagner – et aussi le plus à perdre en cas de changement de régime. Quant à la Russie, elle considère toujours le Venezuela comme un levier géopolitique pour contrebalancer l’influence américaine, bien que sa capacité d’appui se soit réduite en raison du conflit ukrainien. L’Iran profite directement de la coopération pétrolière et des mécanismes d’évasion des sanctions, en faisant l’un des principaux bénéficiaires pragmatiques de cette alliance.

La Turquie a réalisé des investissements importants dans les secteurs de l’énergie et de l’exploitation minière vénézuéliens. Ankara voit dans Caracas une porte d’entrée vers toute l’Amérique latine, même si l’accentuation de la pression américaine pourrait contraindre le président Recep Tayyip Erdoğan à réduire ses engagements.

Par ailleurs, le Qatar joue un rôle de médiateur important entre Washington et Caracas. Profitant de ses liens rapprochés avec Donald Trump, Doha a ouvert des canaux de communication discrets entre les deux parties. Pour Maduro, le Qatar offre un moyen politique sûr d’entrer en contact avec Trump dans l’espoir d’adoucir la pression américaine. Plusieurs rapports récents indiquent même que Maduro aurait sollicité l’aide de Doha afin d’inciter Trump à renoncer à une action militaire contre le Venezuela.

Donald Trump a récemment autorisé la CIA à mener des opérations clandestines sur le territoire vénézuélien, y compris contre Maduro lui-même. Dans l’hypothèse où Maduro serait évincé et remplacé par un dirigeant plus démocratique, quelles conséquences cela pourrait-il avoir sur les alliances construites par son régime ?

La structure même des alliances changerait du jour au lendemain. La diplomatie de Maduro repose sur des affinités idéologiques et une opposition commune à l’influence occidentale. Son départ entraînerait inévitablement l’effondrement de ce socle.

Un gouvernement démocratique chercherait très probablement à reconstruire des liens solides avec les États-Unis, l’Union européenne et les gouvernements pro-démocratie d’Amérique latine. Washington et Bruxelles seraient alors prêts à lever les sanctions et à offrir une assistance économique en échange de réformes concrètes.

Sur le plan stratégique, un nouveau pouvoir s’éloignerait des accords opaques dans les domaines énergétique et militaire conclus avec la Russie, l’Iran et même la Chine, dont l’influence diminuerait au profit d’une gouvernance transparente favorisant l’ouverture aux marchés. Le Venezuela pourrait ainsi réintégrer les blocs démocratiques régionaux et se distancier d’alliances autoritaires telles que l’Alliance bolivarienne des peuples de notre Amérique (ALBA).

Il ne s’agirait pas d’un simple réalignement symbolique, mais d’une véritable redéfinition du rôle régional du Venezuela. Un gouvernement post-Maduro aligné sur l’Occident pourrait bouleverser l’équilibre des forces dans l’hémisphère, isolant davantage des régimes autoritaires comme Cuba et le Nicaragua, et portant un coup sévère à l’influence de la Chine, de la Russie et de l’Iran sur le continent.

Avec le recul, que modifieriez-vous dans votre argumentation initiale ?

Nous réviserions notre analyse pour mieux prendre en compte la doctrine « néo-Monroe » de Trump, qui a considérablement augmenté les coûts politiques et économiques pour les alliés de Maduro.

En 2019, nous soulignions que les alliances de Maduro avec la Russie, la Chine, l’Iran et la Turquie étaient avant tout un moyen de survie face à l’isolement américain et régional. Cette idée reste valable, mais ce qui a changé, c’est le cadre dans lequel ces alliances évoluent désormais. La doctrine néo-Monroe 2025 a fait du Venezuela un cas d’école d’une campagne américaine renouvelée pour repousser toute influence étrangère dans l’hémisphère.

Dans ce cadre, les États-Unis ont directement ciblé les réseaux soutenant Maduro – imposant des sanctions aux pétroliers iraniens, limitant les transactions russes, exerçant une pression sur les opérations turques dans l’or et les mines, et renforçant la surveillance des contrats énergétiques chinois. Ces mesures ont substantiellement accru les risques politiques et financiers pour tout État maintenant son soutien à Caracas.

En résumé, la doctrine néo-Monroe a non seulement mis Maduro au pied du mur, mais elle a aussi alourdi le coût d’association pour tous ceux qui faisaient auparavant du Venezuela un levier à bas prix pour défier l’influence américaine en Amérique.

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Imdat Oner, Ph.D., est analyste principal au Jack D. Gordon Institute for Public Policy de la Florida International University. Ancien diplomate turc, il a notamment servi comme chef adjoint de mission et officier politique à l’ambassade de Turquie à Caracas.

Lana Shehadeh, Ph.D., est maîtresse de conférences en sciences politiques à l’Arab American University en Palestine. Ses recherches portent sur l’intersection entre religion et politique, avec un focus sur les dynamiques de genre et les questions identitaires. Elle a publié dans plusieurs revues, dont Politics & Religion, Ethnic and Racial Studies, Digest of the Middle East, Arab Studies Quarterly. Actuellement en congé académique, elle travaille sur un ouvrage portant sur religion et politique dans le Golfe.