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Le Gas Turbine Research Establishment (GTRE), principal laboratoire moteur de l’Organisation de Recherche et Développement pour la Défense indienne (DRDO), a approuvé le lancement des essais de développement de son turboréacteur indigène de 2,7 kilonewtons (kN), programmés pour 2026. Cette avancée discrète mais significative marque un pas en avant pour le renforcement de l’arsenal de propulsion des missiles indiens.

Ce moteur compact, conçu spécifiquement pour un futur missile air-sol lancé en vol (ALAS), est le fruit d’une collaboration entre la Marine et l’Armée de l’air indiennes visant à renforcer leurs capacités de frappe. Dans un contexte régional tendu, notamment le long des frontières maritimes et continentales, ce turboréacteur promet d’apporter une létalité locale aux armes à longue portée, tout en réduisant la dépendance aux moteurs étrangers et en s’inscrivant dans la politique d’Atmanirbhar Bharat, qui pousse à l’autonomie technologique aéronautique nationale.

Cette unité de 2,7 kN, surnommée « Microburst » au sein du projet, se distingue par une miniaturisation remarquable : un turboréacteur simple flux, sans postcombustion, capable de développer une poussée maximale de 2,7 kN pour un poids inférieur à 25 kg. Il est conçu pour des croisières supersoniques prolongées. Contrairement à des moteurs plus gros souvent équipés de postcombustion, ce modèle privilégie une faible consommation de carburant, avec un débit spécifique (SFC) inférieur à 1,1 kg/N-heure, idéal pour des missiles de croisière à endurance élevée. Des essais en soufflerie, conduits dans les installations hypersoniques du GTRE, ont confirmé des performances stables entre Mach 0,8 et 1,2, avec des sections chaudes protégées par des composites à matrice céramique capables de supporter des températures jusqu’à 1 200 °C.

Ce turboréacteur alimentera le programme ALAS, un missile furtif subsonique à supersonique développé par le complexe missile de la DRDO à Hyderabad. Destiné à être un « marteau intelligent » polyvalent, il sera embarqué aussi bien sur des plateformes navales que terrestres, avec des vecteurs tels que les Rafale-M, Su-30MKI et le futur Tejas Mk2A. Le missile, doté d’une portée estimée entre 300 et 500 km, combinera guidage GPS/INS en phase moyenne, et un chercheur AESA indigène pour des attaques terminales de type « pop-up ». Sa charge militaire de 200 kg sera destinée à frapper des objectifs stratégiques, notamment des navires ennemis, des bunkers ou des systèmes de défense sol-air mobiles.

Pour la Marine, la version anti-navire permettra des frappes coordonnées en salves conjointement avec le BrahMos-NG, depuis les porte-avions MiG-29K, tandis que la configuration de l’Armée de l’air visera des frappes terrestres de précision, guidées en temps réel par l’AWACS Netra. Le turboréacteur 2,7 kN jouera le rôle de moteur de sustentation, s’enclenchant après la combustion du propulseur d’appoint pour prolonger la portée au-delà de 150 km, surpassant ainsi les variantes importées du RJ-550 de NPO Saturn en Russie.

Le calendrier prévoit une phase de prototypage jusqu’en 2026, suivie d’essais au sol entre 2026 et 2027, avant des essais en vol à partir de 2028. Ce rythme témoigne d’une montée en puissance prudente du GTRE, notamment en raison de contraintes budgétaires. « Ce n’est pas précipité, c’est affiné », a expliqué une source proche du dossier, faisant référence aux retards accumulés sur le turbofan à faible taux de dilution Manik.