Les groupes terroristes Lashkar-e-Taiba (LeT) et Jaish-e-Mohammed (JeM) peinent à se relever après les lourdes pertes infligées par l’Opération Sindoor. Malgré les tentatives répétées des services de renseignement pakistanais (ISI) pour les relancer, ces organisations restent affaiblies, notamment en raison de la mise en retrait de leurs chefs qui se sont cachés.
Masood Azhar, leader du Jaish-e-Mohammed, apparaît profondément affecté après la perte tragique d’une grande partie de sa famille lors de cette opération militaire. L’opération ciblée des forces armées indiennes avait détruit le quartier général de JeM à Bahawalpur, où plusieurs membres de sa famille ont été tués.
De son côté, le Lashkar-e-Taiba, dirigé par Hafiz Saeed, a subi des dommages importants et rencontre également d’importantes difficultés opérationnelles. Saeed s’est lui aussi caché, craignant, selon les services de renseignement indiens, d’être éliminé par un membre de son propre groupe.
Au sein des deux groupes, le mécontentement grandit après l’Opération Sindoor. De nombreux cadres s’interrogent sur le fait d’être exposés au danger tandis que les chefs bénéficient d’une protection assurée directement par l’ISI ou l’armée pakistanaise. Cette situation alimente un profond ressentiment face au silence prolongé des dirigeants. Beaucoup accusent des figures comme Saeed et Azhar de ne se soucier que d’eux-mêmes et de leurs proches, négligeant leurs combattants de terrain.
Certains militants s’insurgent contre la perception que le « djihad et la mort » ne concerneraient que les subalternes, tandis que les leaders restent à l’abri. Ils citent en exemple Zaki-ur-Rehman Lakhvi, commandant opérationnel du LeT, qui vit toujours sous haute sécurité et dont la localisation reste inconnue depuis plusieurs années, ce qui suscite des interrogations parmi les cadres.
Dans le cas du JeM, une certaine compréhension avait entouré l’absence d’Azhar à la suite de la perte de sa famille, mais celle-ci devient de plus en plus difficile à accepter car il ne fait plus aucune apparition publique depuis longtemps. De nombreuses vidéos le montrant récemment ont en réalité été enregistrées il y a plusieurs années, ce qui alimente le doute et la frustration à l’intérieur du groupe.
Au-delà des conséquences directes de l’opération, les évolutions récentes en Afghanistan et dans la province pakistanaise de Khyber Pakhtunkhwa (KP) ont aussi provoqué de l’insatisfaction chez les membres des deux organisations. Le LeT et le JeM restent alignés sur la ligne dictée par l’armée pakistanaise et l’ISI, mais leurs cadres peinent à comprendre le silence de leurs leaders sur la position de Kaboul et du gouvernement pakistanais à l’égard des Talibans pakistanais (Tehreek-e-Taliban Pakistan, TTP) ou afghans.
Les frappes aériennes en Afghanistan et la lutte contre le TTP rencontrent une désapprobation croissante dans les rangs des groupes terroristes, qui remettent en cause la logique de combattre les Talibans alors que, selon eux, la véritable bataille devrait viser l’Inde et les puissances occidentales.
Ces derniers mois, le rapprochement entre le Pakistan et les États-Unis, perçus par les militants du LeT et du JeM comme un ennemi commun, a ravivé un malaise déjà ancien au sein de ces groupes. Cette coopération n’a pas été bien accueillie par une large partie des cadres, accentuant les tensions internes.
Ni l’armée pakistanaise ni l’ISI ne souhaitent voir ces groupes sombrer ou se désintégrer par des dissensions internes, car ils constituent leurs alliés stratégiques les plus fiables. Toutefois, ces institutions sont aujourd’hui absorbées par la gestion des conflits avec les Talibans afghans, le TTP et l’Armée nationaliste baloutche (Balochistan Liberation Army, BLA), où les pertes sont sévères.
Un responsable pakistanais souligne que l’armée est trop focalisée sur sa propre protection pour pouvoir consacrer des ressources à la relance de ses deux principaux relais, ce qui a des conséquences directes sur la fréquence et le succès des infiltrations dans la région de Jammu-et-Cachemire.
Si l’ISI poursuit ses efforts pour ranimer ces groupes, il lui sera difficile de restaurer le moral des combattants, aujourd’hui non seulement démoralisés mais profondément désabusés quant à la fiabilité de leur commandement.