Article de 682 mots ⏱️ 4 min de lecture

L’armée américaine a récemment renforcé ses procédures concernant la disparition d’un soldat, imposant des délais stricts pour informer la famille et les forces de l’ordre locales. Désormais, les proches doivent être alertés dans les huit heures, tandis que la police est avertie au plus tard dans les trois heures suivant la déclaration de disparition.

Cette nouvelle directive, émise par le secrétaire à l’Armée, Dan Driscoll, instaure notamment un nouveau statut, “absent-inconnu”, applicable dans les trois heures suivant le signalement d’un soldat disparu. Ce statut se distingue de l’Absent Without Leave (AWOL), qui désigne un soldat ayant délibérément déserté.

La mise en “absent-inconnu” déclenche une alerte de type Be-On-The-Lookout (BOLO) auprès des forces de l’ordre locales. Les responsables militaires s’engagent à tout mettre en œuvre pour localiser le soldat durant cette période.

De plus, les enquêteurs de l’armée inscrivent le soldat disparu dans la base de données nationale des personnes disparues du National Crime Information Center (NCIC), ce qui informe automatiquement les autorités civiles compétentes. Par ailleurs, une demande d’assistance “d’Attempt-To-Locate” est formulée auprès de la police locale afin de renforcer les recherches.

Des mesures inspirées par l’affaire Vanessa Guillén

Ces évolutions interviennent dans le sillage du meurtre en 2020 de Vanessa Guillén, soldate basée à Fort Hood au Texas. Cette affaire avait mis en lumière de lourdes défaillances dans la gestion des disparitions au sein de l’armée. En effet, les forces de l’ordre de la base avaient attendu près de 54 heures avant de modifier son statut et d’alerter la police civile.

Natalie Khawam Case, avocate des proches de Vanessa Guillén, a salué ces nouvelles dispositions, notamment l’obligation d’associer les autorités civiles lorsque l’armée est dans l’incapacité de mener une enquête adéquate.

Le rapport de la commission d’enquête de Fort Hood avait souligné que 92% des agents du Criminal Investigation Division (CID) de la base étaient de jeunes recrues, sans véritable expérience opérationnelle. Le rapport pointait également l’absence d’un statut approprié pour qualifier la situation des soldats disparus, ce qui avait conduit à une mauvaise classification de Vanessa Guillén en AWOL, laissant entendre à tort qu’elle avait volontairement quitté son poste.

Désormais, si un soldat reste introuvable après 48 heures, les commandants devront statuer, au regard des éléments disponibles, si son absence est volontaire ou non. S’il est estimé que le militaire a disparu de son plein gré, le statut AWOL sera appliqué, sinon il sera considérée comme “disparu”.

Selon Natalie Khawam Case, les procédures en vigueur lors de la disparition de Guillén étaient “désorganisées à tous les niveaux”. La famille avait insisté pour qu’une recherche soit immédiatement lancée dès l’absence constatée lors de la formation obligatoire.

“Il faut désormais des mécanismes de contrôle et de sanction clairs pour assurer la bonne application de ces règles. Où est la rigueur dans ce domaine ?”, a souligné l’avocate, insistant sur la nécessité d’une responsabilité effective des commandants en cas de manquement.

Une meilleure prise en compte du risque d’automutilation

La directive exige également que tout soldat manifestant un risque potentiel d’automutilation et non retrouvé dans les 48 premières heures soit systématiquement classé comme “disparu”.

Natalie Khawam Case a évoqué cette mesure comme un progrès significatif, rappelant l’affaire d’Elder Fernandes, un autre militaire de Fort Hood qui s’était suicidé après avoir été agressé sexuellement et harcelé. Fernandes avait été retrouvé hors de la base plus d’une semaine après sa disparition.

“Cette politique est tellement sensée qu’elle semble avoir été longtemps attendue. Nous assistons enfin à des ajustements et des réformes motivés par l’échec des procédures antérieures”, a conclu l’avocate.