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Les autorités ukrainiennes accusent la Russie d’avoir utilisé en Ukraine le missile de croisière terrestre 9M729, également désigné SSC-8 par l’OTAN, dans des frappes récentes, selon un rapport relayant les propos du ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha. D’autres sources font état d’au moins 23 lancements depuis août 2025, ce qui constituerait la première utilisation documentée de ce missile en situation de combat.

Les débris récupérés près du village de Lapaiivka, dans l’ouest de l’Ukraine, correspondraient au modèle du 9M729. Un missile lancé le 5 octobre 2025 aurait parcouru plus de 1 200 kilomètres avant d’atteindre sa cible, une portée conforme aux estimations occidentales sur les capacités de ce système.

Si cette information est confirmée, cela marquerait le passage du 9M729 au statut d’arme active de guerre après une longue controverse liée au contrôle des armements. Ce missile a été au cœur de la décision des États-Unis en 2019 de se retirer du Traité sur les Forces Nucléaires à Portée Intermédiaire (FNI), un accord de la Guerre froide interdisant les missiles terrestres américains et soviétiques dont la portée est comprise entre 500 et 5 500 kilomètres. L’ancien président Donald Trump avait accusé Moscou de violer ce traité, accusation démentie par la Russie.

Tableau du rayon d’action du missile de croisière 9M729

Conçu par le bureau d’études russe Novator, le 9M729 est un missile de croisière Kalibr à lancement terrestre, dérivé de cette famille de munitions. Les évaluations occidentales le caractérisent comme un vecteur à double capacité, pouvant embarquer une ogive conventionnelle ou nucléaire, avec un potentiel de portée allant jusqu’à 2 500 kilomètres selon la charge. Moscou affirme que son rayon d’action est bien plus limité et nie toute violation du traité FNI.

Son emploi présumé dans le conflit ukrainien confirmerait la volonté russe d’utiliser un missile considéré depuis longtemps par l’OTAN comme une menace stratégique majeure pour l’Europe, plutôt que comme une simple arme de combat. En 2019, des responsables américains faisaient état du déploiement par la Russie de plusieurs bataillons équipés de ce système, capables d’atteindre des cibles européennes à partir de leur propre territoire.

Ces missiles de croisière peuvent suivre le relief à basse altitude, ce qui réduit le temps de détection et oblige l’Ukraine à étendre son dispositif de défense antiaérienne loin du front. Des responsables ukrainiens indiquent que la lutte contre ces armes à longue portée et vol rasant consomme énormément de missiles intercepteurs, révélant des lacunes dans la couverture défensive.

Kiev soutient que si la Russie est en mesure d’atteindre l’ouest de l’Ukraine depuis ses propres camps de lancement, alors l’Ukraine doit pouvoir cibler ces sites. Les autorités réitèrent leur appel aux pays occidentaux pour qu’ils fournissent des missiles de croisière à longue portée, tels que les Tomahawk américains ou davantage de missiles Storm Shadow/SCALP EG, afin de neutraliser ces menaces avant qu’elles n’atteignent les zones habitées ukrainiennes.

L’utilisation en opération du 9M729 souligne la fragilisation des cadres de contrôle des armements qui ont structuré la sécurité européenne pendant trois décennies.

Le Traité FNI, signé en 1987 par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev, avait permis l’élimination en Europe d’une catégorie entière de missiles terrestres et le démantèlement de 2 600 vecteurs américains et soviétiques. Les États-Unis s’en sont officiellement retirés en 2019 à cause du différend autour du 9M729, avec le soutien de leurs alliés de l’OTAN. La Russie a suspendu sa participation peu après et, en 2024, a levé la moratoire qu’elle s’était imposée sur le déploiement de ces systèmes, relançant leur production.

Avec la confirmation de l’utilisation de ce missile au combat, des questions jusque-là cantonnées aux forums diplomatiques deviennent désormais opérationnelles. Les membres européens de l’OTAN doivent évaluer si leurs systèmes de défense aérienne et antimissile sont en mesure de détecter et d’intercepter de façon fiable des missiles de croisière volant à basse altitude et lancés depuis la Russie.

Le retour du 9M729 en situation de combat marque une rupture majeure avec le dispositif de contrôle des armements post-Guerre froide. Le 30 octobre 2025, l’ancien président américain Donald Trump a annoncé la reprise des essais d’armes nucléaires, mettant fin à une moratoire volontaire en vigueur depuis 1992. Cette décision survient quelques jours après que le président russe Vladimir Poutine ait célébré le succès des tests du missile 9M730 Burevestnik et du torpille autonome Poseidon.

Bien que les détails restent limités, cette évolution témoigne de l’intention de Washington de moderniser sa posture nucléaire face à la concurrence accrue de la Russie et de la Chine. Ce développement, conjugué au déploiement par Moscou d’un missile autrefois considéré comme une violation des traités internationaux, illustre un tournant vers un monde où les stratégies de dissuasion conventionnelles et nucléaires demeurent étroitement imbriquées.

Clement Charpentreau